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09/10/2008

Lire en Fête. J'ai aimé : "Une si longue lettre" de MARIAMA BE

Ce petit livre fut publié en 1979 au Sénégal. Il est disponible aux Editions Le Serpent à Plumes, collection "Motifs".

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"Une si longue lettre" est considérée comme une oeuvre majeure de la littérature africaine pour ce qu'elle dit de la condition des femmes sur ce continent. Un ouvrage qui ose aborder des sujets tabous comme les castes, l’éducation sexuelle, le corps des femmes. 27 ans après la mort de son auteur, c’est toujours un livre majeur.

Ce roman, à la fois poignant et réaliste, décrit l'existence d'une femme, mère et épouse africaine ; un parcours vécu de l'intérieur : pamphlet politique, diatribe militante, chronique familiale et amoureuse, confidences à une amie,... "Une si longue lettre" est tout cela à la fois. L'intelligence et la générosité du personnage central font de ce roman un texte exemplaire, un cri lancé aux hommes et à leur mauvaise foi égoïste.

Et pourtant, la lutte féministe selon Mariama Bâ n'a rien de fanatique ; il ressort du texte que les hommes sont d'essentiels partenaires pour qu'une nation se construise et qu'un pays se développe. Les personnages masculins ne sont donc pas représentés comme des monstres, mais toujours comme des êtres faibles, esclaves de leurs passions et cédant aux pressions sociales et familiales, aux archaïques traditions et à un enseignement coranique suranné. Ainsi, "Une si longue lettre", résonne comme un appel progressiste à la réconciliation, une conquête pacifiste des droits primordiaux de la moitié de l'humanité.


L'histoire

Ramatoulaye est institutrice, mère de douze enfants et veuve depuis peu. Son époux, Modou Fall, a succombé à une crise cardiaque. Ramatoulaye pleure un mari qu'elle avait refusé de quitter cinq ans plus tôt, alors qu'il venait d'épouser une jeune fille, abandonnant sa première femme et leur progéniture. Elle le pleure car elle n'avait cessé de l'aimer, en dépit des souffrances et des infidélités, en dépit de sa polygamie. Un système que son amie Aïssatou a courageusement refusé, préférant quitter son mari et son pays, emmenant avec elle ses enfants. C'est à elle qu'est destinée la longue missive de Ramatoulaye, des confidences que tous doivent pouvoir entendre.
Le récit du veuvage de Ramatoulaye est entrecoupé de passages dans lesquels elle se remémore le passé : sa rencontre avec Modou et son obstination amoureuse (sa mère lui avait choisi un autre mari), les difficultés dans l'éducation des enfants, la rapacité des belles-familles, le manque d'ouverture de la société (illustré dans le système rigide des castes ou dans le rejet des africains non sénégalais).



L'auteur

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Mariama Bâ a été élevée par ses grands-parents dans un milieu musulman traditionnel. Son père était ministre de la santé au Sénégal en 1956. Issue d’une famille traditionnelle et musulmane, Mariama Bâ intègre une école française après la mort de sa mère et se fait remarquer par des résultats distingués qui lui permettent intégrer l’École Normale de Rufisque en 1943, qu’elle quitte munie d’un diplôme d’enseignement en 1947. Après douze ans durant lesquelles elle exerce sa profession, elle demande sa mutation au sein de l’Inspection régionale de l’enseignement, sa santé devenue fragile.

Ayant donné naissance à neuf enfants, elle obtient le divorce de son conjoint, le député Obèye Diop. Suite à son expérience du mariage, Mariama Bâ s’engage pour nombre d’associations féminines en propageant l’éducation et les droits des femmes. À cette fin, elle prononce des discours et publie des articles dans la presse locale. Elle décède deux ans après la publication de son premier roman "Une si longue lettre" et avant la parution de son second "Le Cheval écarlate".

Aujourd'hui, une école porte son nom à Goré, au Sénégal.

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Les premières lignes

"Aïssatou,

J'ai reçu ton mot. En guise de réponse, j'ouvre ce cahier, point d'appui dans mon désarroi : notre longue pratique m'a enseigné que la confidence noie la douleur.
Ton existence dans ma vie n'est point un hasard. Nos grands-mères dont les concessions étaient séparées par une tapade échangeaient journellemnt des messages. Nos mères se disputaient la garde de nos oncles et tantes. Nous, nous avons usé pagnes et sandales sur le même chemin caillouteux de l'école coranique. Nous avons enfoui, dans les mêmes trous, nos dents de lait, en implorant Fée-Souris de nous les restituer plus belles.
Si les rêves meurent en traversant les ans et les réalités, je garde intacts mes souvenirs, sel de ma mémoire.
Je t'invoque. Le passé renaît avec son cortège d'émotions. Je ferme les yeux. Flux et reflux de sensations : chaleur et éblouissement, les feux de bois ; délice dans notre bouche gourmande, la mangue verte pimentée, mordue à tour de rôle. Je ferme les yeux. Flux et reflux d'images ; visage ocre de ta mère constellé de goutelettes de sueur, à la sortie des cuisines ; procession jacassante des fillettes trempées, revenant des fontaines.
Le même parcours nous a conduites de l'adolescence à la maturité où le passé féconde le présent.
Amie, amie, amie ! Je t'appelle trois fois. Hier, tu as divorcé. Aujourd'hui, je suis veuve."


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Entrez dans cette lettre, il vous en restera beaucoup.

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