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25/11/2008

JO 2018 : point de vue

Je viens de recevoir ce point de vue d'un habitant d'Embrun, dans les Hautes Alpes, sur la candidature aux JO de 2018. Je trouve l'argumentation pertinente...

"Pourquoi je suis contre une candidature haut-alpine aux Jeux Olympiques 2018
Bien qu'ayant grandi dans les HautesAlpes,je n'ai pas connu la ruée vers l'or blanc qui a marqué le territoire
dans les années 60. Je n'ai connu que la suite logique : un département où 80%1 de l'économie est touristique.
Je n'ai connu que le rythme schizophrénique d'une ville qui jongle entre les « saisons mortes » et les « rushs
touristiques ».

Aujourd'hui, quelques entrepreneurs fous attisent l'intensité de ce rythme maladif sous couvert d'oxygénation
de l'économie locale. Mais en réalité, c'est une asphyxie sociale et écologique qui se fomente insidieusement.
Le dernier projet de cette fuite en avant ? La candidature de Pelvoux à l'organisation des Jeux Olympique
2018 !

Le contexte haut alpin
Les années soixante : l'an 00 de la nouvelle économie. Les stations champignons poussent comme les villes
du pétrole. Appâtés par le gain, les investisseurs se saisissent du nouveau créneau. Le territoire se transforme
à une vitesse fulgurante. Pourtant, au bout de 20 ans, les champignons sont à maturité. Cette colonisation est
notamment freinée par l'enclavement de la vallée de la Durance. C'est cette spécificité qui explique
l'évolution distincte entre les vallées autoroutières des Alpes du Nord et celles du Sud. Ici, l'enclavement fut
déterminant, notamment pour l'installation des parcs des Ecrins et du Queyras. Nous allons moins vite,
moins loin, moins haut que les Alpes du Nord. Mais nous n’avons rien à envier aux vallées goudronnées de
la Savoie et de la Haute Savoie. Ni à l’Eurostar assurant une ligne directe Londres / Bourg StMaurice.
Encore moins aux stations boulevards où des nantis de tous pays viennent parader. Nous n’avons rien à
envier à une région dont la culture locale n’est plus qu’un produit d’offices du tourisme.

Cependant pas d'inquiétudes ! Le développement et l'urbanisation vont bon train chez nous aussi. En 1999,
on pouvait compter 46 761 logements secondaires2 soit 45.5% de la totalité des logements des HautesAlpes!
Un record national qui est une vraie gloire quand on sait que certains habitants locaux n’arrivent pas à se
loger. Si nous accueillons les JO à Pelvoux en 2018, ceux qui vont vraiment se frotter les mains sont : les
promoteurs immobiliers, les lobbies autoroutiers et les actionnaires du tourisme de masse. C’est parce que je
ne veux pas que les HautesAlpes deviennent un musée, ou un supermarché que je m’oppose aux JO.

La candidature Nature
Ne pouvant rivaliser avec la notoriété d'Annecy ou de Grenoble (villes également candidates à l'accueil des
JO), Pelvoux mise 100% de sa candidature sur le créneau de l'environnement…
Non contents d'avoir vendu l'écologie au grenelle de l'environnement, les tartuffes du développement durable
s'affairent à dépolitiser l'écologie et à exploiter le marketing du « BIOECONATURE
». Ici un crapauduc pour vendre une autoroute, là des agrocarburants pour vendre des courses de 4x4, ici encore des « compensations carbone » pour vendre de l'héliski, la conscience tranquille…

Bref, dans un département où l'on lisait récemment « pendons les écolos tant qu'il reste des arbres », l'écologie comme produit semble faire consensus à tous les niveaux.

Dans le dossier de presse de la candidature de Pelvoux, on trouve 14 fois les mots "nature" et "naturel". La
rédactrice y prophétise un enterrement de "la hache de guerre pour fumer le calumet de la paix…". On
croirait l'organisation d'un rassemblement hippy.

Mais ouvrons donc la coquille « écologique » de cette grande messe de la « nature intacte », pour en étudier
le contenu.

1 Le « parrain d’exception » du comité de candidature, Luc Alphand, est exemplaire de par ses
participations répétées au « ParisDakar». Cramer du pétrole sous le nez d’une population affamée :
« naturel » et « humaniste »!

2 Dans le cadre du soutien de Marseille, plusieurs tonnes de neige ont été descendues de
Montgenèvre pour installer une piste de ski au bord de la mer. Une initiative verte, locale et durable ! A n’en
pas douter.

3 Une autre démonstration de l'excellence environnementale hautalpine est sûrement la Croisière
Blanche. A l'heure où l'humanité scie la branche sur laquelle elle est assise à cause des émissions de CO2, la
course de 4x4 (symbole de domination de la nature s'il en est) est à n'en pas douter de bonne augure !
4 Unaspect étonnant de cette conception de l'écologie : faire venir plusieurs milliers de personnes
par avion, souvent de l'autre bout du monde. Faisons confiance, les billets d'avions seront en papier recyclé!

Mais ne cristallisons pas notre critique sur ce façadisme et ces syllogismes. Concrètement, que vont nous
apporter les JO ? Certainement ce qu’ils ont amené à Grenoble en 68 : autoroutes, rocades, rondspoints
et échangeurs saturés de véhicules. Ou encore : une vitrine pour vendre la région « au monde entier », afin
d'aguicher la clientèle russe ou japonaise. L'accueil des J.O., c'est donc ouvrir la porte à l'international de
luxe, et la fermer aux populations modestes de la région. C'est également faire exploser le taux de résidences
secondaires, engendrant un délitement progressif de la vie sociale locale. C'est aussi faire monter les loyers,
déjà comparables à ceux de grandes villes. C'est à terme la régression de l'agriculture, sous la pression de
l'urbanisation. C'est la mutation lente mais certaine d'un territoire d'habitat et de vie, vers un territoire
dortoir. C’est enfin la prostitution d’une montagne qui n’a pour moi pas de prix !

La carotte des retombées économiques régulièrement agitée semble, par ailleurs, être plus un feu de paille
qu'une poule au oeufs d'or. Lors d'un débat sur les JO, en 2007 à la foire Bio de Crots, un intervenant italien
(Renzo Ribetto) a exposé les (mé)faits des JO de Turin sur la vallée de Chisone. « L'emploi promis aux
autochtones, confié en réalité à des multinationales. Les routes mal dimensionnées qui scindent le territoire,
les paysages définitivement détruits, les territoires pollués (rivières, déchets)… sont autant de constats que
le Piémontais résumait par la remarque : "Les profits des JO vont à ceux qui sont déjà riches. Ceuxci
volent aux citoyens leur belle terre, aujourd'hui détruite". »3

Le fric est reparti avec la vague, comme il était venu, laissant ici et là quelques vestiges de béton comme à
Grenoble en 1968 : « Par exemple, le tremplin à ski de SaintNizier du Moucherotte 6millions de francs de
l'époque, 280 000 m3 de terrassement construit à un endroit très rarement enneigé, et qui s'est transformé
depuis belle lurette en tas de béton abandonné avec vue sur Grenoble. Ou la piste de bobsleigh de l'Alpe
d'Huez – 3000 m3 de béton coulé , curieusement construite en face sud et également abandonnée depuis
1972 ; « sa destruction coûtant trop cher » »4

Du pain et des jeux

La nocivité du développement économique à grands coups de shoot événementiel est importante à pointer du
doigt, mais ce n'est pas tout. Le sens même des JO pose question. « Du pain et des jeux », s'indignait Juvénal à Rome, contre la "bonne gouvernance" impériale. Ce qui fait rêver dans les JO c'est l'ambiance d'osmose apolitique. Un apolitisme qui a fait ses preuves au cours de
l'histoire :
« La cérémonie d’ouverture [des JO de Berlin] se déroula le 1er août 1936 devant les 100 000 spectateurs
du Stade Olympique de Berlin qui assistèrent dans un premier temps au défilé des brigades de la jeunesse
hitlérienne. Alors que la Marche d’hommage de Richard Wagner fut entonnée par l’orchestre, le Chancelier
Adolf Hitler pénétra dans le stade sous le salut nazi des spectateurs et rejoint dans les tribunes le […]
président du Comité International Olympique, ainsi que les membres du comité d’organisation. »5

Plus tard, d'autres régimes totalitaires s'illustrèrent par l'accueil des jeux, comme l'Union soviétique en 1980,
ou la Chine en 2008.

Moins loin, ce sont plus de 7000 soldats qui se portèrent garants de la paix sociale pour les JO de Grenoble
en 1968. Les JO de Turin nous ont également donné un avant goût de l'infrastructure policière et militaire
nécessaire à l'accueil des dieux de l'Olympe.

Par ailleurs, une ultime nuisance générée par ce type d'événement est à signaler : le matraquage publicitaire
des partenaires commerciaux. La campagne de communication du comité de soutien de la candidature nous
en dévoile les prémisses : 50% de la surface de leur dernier prospectus6 est dédiée aux sponsors.

Pour conclure

« Pendant 30 ans le Queyras(7) avait 10 ans de retard, aujourd'hui il a 10 ans d'avance », réalisent
aujourd'hui certains acteurs de la vie locale, au constat des effets néfastes du tourisme intensif.
Si j'ai pris la peine de vous faire partager mes convictions c'est parce que je suis attaché à ce territoire. A ces
montagnes des Alpes et ce soleil de la Provence. A ce pastoralisme ancré dans ces vallées, comme la terre
dans les nervures des mains paysannes. A un certain tourisme, local et spécifique, loin des tours operators. A
ces habitants qui s'adaptent à la montagne, et non l'inverse."


1 80 % du PIB provient du tourisme Conseil
régional PACA, 2004
2 Statistiques INSEE
3 Article de la Feuille Embrunaise, septembre 2007
4 Extrait de: « Les saignées des anneaux » Benoit Récens – Jan 2008
5 Historique de la cérémonie d'ouverture selon l'encyclopédie Wikipedia
6 Prospectus d'invitation à une petite sauterie, le 3 octobre http://www.gap2018.fr/
7 Le Queyras est une zone particulièrement enclavée.

21:00 Publié dans C'est dit | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Hautes Alpes, JO, 2018 | |  Facebook | |

Commentaires

Vos convictions sont les miennes ; non que je sois particulièrement connaisseuse du sujet "sports d'hiver" et autres lieux enneigés, mais parce que les méfaits énumétés sont les mêmes partout : ceux d'une mégalomania profitable au grand luxe et destructrice du vivrier.

Merci pour cette note. Monique

Écrit par : monique | 26/11/2008

Je trouve déplorable de promotionner le sport automobile, les stations de sports d'hiver, ... et de publier des notes anti JO, dont la plupart des arguments sont bidons.

Quelques exemples, Luc Alphand n'est pas le parrain de la candidature de Pelvoux Ecrins 2018....

La croisière blanche à Orcières n'a rien à voir avec la candidature .....

Le projet Pelvoux Ecrins prévoit justement de ne pas construire d'infrastructures qui passé les jeux seraient des friches...

Informez vous avant de diffamer !

www.pelvouxecrins2018.com

Écrit par : zazeg | 30/11/2008

Je ne pense pas, dans ce blog, promotionner ni le sport automobile ( j'ai simplement salué un jeune sportif haut-alpin), ni les stations de sport d'hiver. D'ailleurs, je ne vois pas en quoi le fait de promotionner certaines stations peut être contradictoire avec le refus des JO. Certaines stations jouent le jeu d'un tourisme familial et raisonné.
Ceux qui font aujourd'hui la promotion des Jo dans les Hautes Alpes en laissant croire que cela n'aura aucune incidence financière et environnementale pour le département sont au mieux naïfs, au pire ..... Comment penser qu'il soit possible, dans nos vallées qui ne sont équipées ni en infrastructures routières, ni en infrastructures ferriviaires, de faire venir des centaines de milliers de personnes; les héberger correctement, leur permettre de se déplacer entre les différents sites... sans que cela ne rejaillisse sur l'environnement ? A qui peut on faire croire que nous sommes à l'ère des JO en kit, démontables après utilisation ?

Quant au parrainage par Luc Alphand. Voici un extrait du bulletin municipal de Pelvoux :
"Les partenaires
- La Région PACA,
- La ville de Marseille
- La Communauté de Communes du Pays des Ecrins,
- Le Conseil général 05
- Le Conseil général 04
- OJO 2018 (Objectif Jeux Olympiques 2018), association regroupant des entreprises, des collectivités, des associations, des sportifs, clubs et citoyens des Hautes-Alpes
- les champions Haut-Alpins (Luc Alphand, Pierre Vaultier, Nicolas Bonnet, Coraline Hugues, Patricia Chauvet, Stéphane Passeron, Carole Merle, Christine Rossi….)
- Les maires des communes italiennes ayant accueilli les Jeux Olympiques de Turin en 2006".

C'est pas moi qui le dit !

Et puis, c'est très curieux que dès que quelqu'un apporte des arguments il soit accusé de diffamer. Désolé, messieurs mais la liberté de penser, cela existe encore !

Mais derrière tout cela, la vraie question réside bien dans la vision que l'on a du développement économique souhaité pour les Hautes Alpes. Tant que l'on s'orientera vers le tout tourisme, le tout neige et le tout hiver, il est clair que l'on devra bien se satisfaire des petits boulots, de la saisonnalité, de la précarité, ...

Phil

Écrit par : phil | 30/11/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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