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07/02/2009

"La Paix des Braves"

Je viens de terminer la lecture de :

"La Paix des Braves" de jean Claude CARRIERE - Edition Le Pré aux Clercs - 1989 - Récit

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Jean Claude Carrière nous raconte dans ce récit fait de courtes séquences sa guerre d'Algérie en ces années 1960-1961 lorsque "les deux adversaires se disent vainqueurs" et qu'on "attend une solution politique" après que De Gaulle ait appelé à "une paix des braves". Pendant vingt-huit mois, de 1958 à 1962, Jean-Claude Carrière sera troufion en Algérie. Il est nommé responsable de missions spéciales, et à ce titre intervient régulièrement dans la vie quotidienne des habitants.

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Pour l’armée française, il s’agit alors, dans le langage officiel, de « pacifier » l’Algérie. Mais comment ne pas voir aussi qu’on torture dans la pièce d’à côté, à l’aide de la sinistre « gégène » (diminutif donné à la génératrice de campagne qui, avec de l’eau et des gourdins, sert à faire parler les Algériens lors d’interrogatoires diversement musclés) ?

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Jean-Claude Carrière rentre « effondré », dira-t-il, de son service militaire.

Le récit s'ouvre sur la promesse fait par l'auteur à un colonel de ne jamais parler de ce quil "pourrait voir ou entendre pendant son séjour réglementaire en Algérie". Promesse qui lui permettra, selon le colonel, d'avoir "une guerre intéressante".

C'est ce serment que 27 ans plus tard, Jean Claude Carrière rompt en écrivant ce récit. Le silence devenant parole... et nous offre une succession de séquences comme autant d'images de cette guerre qui ne voulait pas dire son nom. Images parfois surréalistes !

"La paix des braves" - de tous ses livres celui pour lequel Carrière avoue d’ailleurs une préférence. L’expression « paix des braves » est du général de Gaulle, en 1960, alors qu’il veut croire l’Algérie « pacifiée ». On connaît la suite. « La guerre tue toute curiosité, écrit Carrière trente ans plus tard, dans ce récit, surtout quand on est forcé de la faire, ce qui est presque toujours le cas des soldats. On espère vaguement que de cette vie entre parenthèses, si on en sort un jour, il ne restera strictement rien, pas même une trace. » Pourtant, la trace qu’elle laissera chez Carrière sera très vive. À l’aide de courts chapitres et d’un style tout en ellipses et suggestions, la guerre est montrée au ras du sol (au ras des bottines du simple soldat) dans toute son absurdité.

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Extrait.

"Dimanche.
Notre colonel - brave homme, cinquante-cinq ans, breton, catholique - aime le ski. L'hiver, en Algérie, la neige tombe assez fréquemment. Sur les hauteurs, elle peut tenir plusieurs semaines. Sur le Djudjura, par exemple.
Assez souvent, le dimanche, après la première messe, le colonel part de la ville avec une escorte - une douzaine d'hommes et un sergent. Généralement, ce sont les baroudeurs d'élite, comme on les appelle, le sempiternel coiffeur, maigre et mou, le cuistot, quelques secrétaires, tous les tire-au-cul qui ronchonnent parce qu'on les a tirés du lit. Nous omntons dans un camion, parfois dans deux jepps, et en route.
Arrivés au pied de la montagne, il faut installer deux hommes de garde auprès des véhicules, avec des fusées d'alarme ( c'est le règlement), et continuer à pied jusqu'à la neige. Un soldat porte sur son épaule les skis du colonel, un autre les bâtons. On garde un oeil inquiet sur le paysage. Le colonel s'avance en tête, le pistolet à la ceinture. Des bouffées le précèdent.
Il parvient à l'endroit qu'il a choisi, qu'il commence à connaître. Pendant qu'il attache ses skis, qu'il saisit ses bâtons, je dispose les hommes le long de la piste qui n'existe pas, dans la neige vierge. Placés de cinquante mètres en cinquante mètres, ils tiennent leurs armes braquées sur la montagne silencieuse. Ils ont le dos tourné à la piste. le canon des armes tremble de froid.
Quand tout est prêt, quand toutes les dispositions sont prises ( comme on dit), je fais un signal et le colonel s'élance pour une petite descente tranquille. Il descend correctement, un peu raide, sans se presser, gardé par des soldats postés, immobiles, qui surveillent avec attention les abords au cas où.
Parvenu au bas de la piste, il remonte lentement, puis il redescend. Il recommence encore une fois, ou deux. Quelquefois, quand le souffle lui manque un peu, il ne remonte pas jusqu'en haut.
Une fois, il est tombé. dans ces cas-là, il ne faut pas lui porter secours, sauf blessure. Il est important de ne pas quitter son poste. Le colonel, d'ailleurs, se relève tout seul. Rien de grave. Il repart en douceur.
Ca dure une heure, une heure et demie. Quand il en a assez, je regroupe les hommes, en rappelant d'abord les plus haut postés. Ils ont eu généralement très froid, et moi aussi, tandis que le colonel est tout rouge et transpire presque. Nous rejoignons les véhicules, auprès desquels les hommes de garde nous attendent, toujours transis, et nous rentrons à la caserne, où nous arrivons parfois en retard pour le déjeuner."


Qui est jean Claude CARRIERE ?

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Né dans un petit village du Sud de la France, il a fait des études classiques, qui l'ont conduit à l'ENS de Saint-Cloud. Encore étudiant, il publie son premier roman, "Lézard", et rencontre Jacques Tati et Pierre Étaix. Il écrit, d'après les films de Tati, "Les Vacances de monsieur Hulot", et "Mon Oncle", deux livres illustrés par Pierre Étaix.

Ils réalisent alors, ensemble, deux courts-métrages, "Rupture" et "Heureux Anniversaire". Ce dernier remporte un Oscar à Hollywood. L'année suivante, ils écrivent "Le Soupirant" (prix Louis Delluc), puis "Yoyo", "Tant qu'on a la santé" et "Le Grand Amour". À plusieurs reprises, ils travaillent encore ensemble, pour des films et pour des livres.

En 1963, Jean-Claude Carrière rencontre Luis Buñuel, avec qui il travaille pendant vingt ans ("Belle de Jour", "Le Charme discret de la bourgeoisie", etc). Il collabore aussi avec Milos Forman ("Valmont"), Volker Schlöndorff ("Le Tambour"), Andrej Wajda ("Danton"), Louis Malle ("Viva Maria", "Milou en Mai"), Jacques Deray ("La Piscine", "Borsalino"), Jean-Paul Rappeneau ("Cyrano de Bergerac").

À la télévision, il est l'auteur d'une quinzaine de films, parmi lesquels trois 7 d'Or ( "La Controverse de Valladolid", entre autres).

Au théâtre, après "L'Aide-mémoire", sa première pièce, il a travaillé pendant trente ans avec Peter Brook, écrivant en particulier "Le Mahabharata."

Enfin, il n'a jamais cessé d'écrire et de publier des livres. Parmi les plus récents, on peut citer "Le Dictionnaire amoureux de l'Inde", "Le Vin bourru", et deux essais récents, publiés par Odile Jacob: "Fragilité" et "Tous en scène".

Il a écrit des livrets d'opéra, des chansons. Il a créé et présidé pendant dix ans l'Ecole Nationale de cinéma, la FEMIS. Il est aussi président du Printemps des Comédiens, festival de théâtre de Montpellier et membre du conseil d'administration du musée Guimet. Il est officier de la Légion d'Honneur.


Ciné-Théatre "La Paix des Braves", d'après le livre de Jean-Claude Carrière.
Mise en scène de Laurence hamery avec Régis Florès et réalisé par Sébastien Marque.
Voici la bande-annonce, des extraits et un bout de making of.

Commentaires

JC Carrière occupe une place privilégiée dans ma biblio...
c'est aussi un conteur captivant
bonne soirée

Écrit par : henri | 14/02/2009

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