07/02/2010

L'Hécatombe

Je viens de redécouvrir, au hasard de l'écoute d'une compilation de Georges Brassens, cette chanson : l'Hécatombe. Il n'y va pas de main morte avec les pandores, comme il les appelle, le Georges ! Affirmant qu'il les "adore sous forme de macchabées", encourageant les "mégères gendarmicides", et jugeant qu'il s'agissait de la "plus belle hécatombe de tous les temps" et terminant par " ces furies leur auraient même coupé les choses, par bonheur ils n'en avaient pas" !

Souvenons nous, il n'y a pas si longtemps de groupes de jeunes rappeurs condamnés pour outrage et provocation à la violence contre les forces de l'ordre. Si Brassens avait osé écrire cette chanson sous l'ère sarkozyste, il y a fort à parier qu'il aurait subi le même sort.

Alors de boudons pas notre plaisir. Paroles et musiques !

L'Hécatombe

Au marché de Briv'-la-Gaillarde
A propos de bottes d'oignons
Quelques douzaines de gaillardes
Se crêpaient un jour le chignon
A pied, à cheval, en voiture
Les gendarmes mal inspirés
Vinrent pour tenter l'aventure
D'interrompre l'échauffourée

Or, sous tous les cieux sans vergogne
C'est un usag' bien établi
Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes
Tout le monde se réconcilie
Ces furies perdant tout' mesure
Se ruèrent sur les guignols
Et donnèrent je vous l'assure
Un spectacle assez croquignol

En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber
Moi, j'bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées
De la mansarde où je réside
J'exitais les farouches bras
Des mégères gendarmicides
En criant: "Hip, hip, hip, hourra!"

Frénétiqu' l'un' d'elles attache
Le vieux maréchal des logis
Et lui fait crier: "Mort aux vaches,
Mort aux lois, vive l'anarchie!"
Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau

La plus grasse de ses femelles
Ouvrant son corsage dilaté
Matraque à grand coup de mamelles
Ceux qui passent à sa portée
Ils tombent, tombent, tombent, tombent
Et s'lon les avis compétents
Il paraît que cette hécatombe
Fut la plus bell' de tous les temps

Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas


Georges Brassens - Hécatombe
envoyé par bisonravi1987.

Marguerite Duras : "L'Amant de la Chine du Nord"

Nombreux sont ceux qui ont découvert Marguerite Duras et son écriture, si particulière, si essentielle, avec son roman "L'Amant", porté à l'écran en son temps. Ce roman, paru en 1984, comptait l'histoire charnelle entre la jeune fille encore adolescente et son amant chinois dans l'Indochine coloniale d'avant guerre ...

En 1990, Marguerite Duras apprend que cet homme, l'amant chinois, est mort depuis des années. Elle éprouve alors le besoin de revenir sur cette histoire d'amour improbable entre le riche fils de famille chinois et elle, jeune adolescente pauvre d'à peine 15 ans.

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"J'ai abandonné le travail que j'étais en train de faire. J'ai écrit l'histoire de l'amant de la Chine du Nord et de l'enfant : Elle n'était pas encore là dans L'Amant, le temps manquait autour d'eux. J'ai écrit ce livre dans le bonheur fou de l'écrire. je suis restée un an dans ce roman, enfermée dans cette année-là de l'amour entre le Chinois et l'enfant".

"L"Amant de la Chine du Nord" est publié en 1991 aux éditions Gallimard.

 

L'auteur

Marguerite Duras, pseudonyme de Marguerite Germaine Marie Donnadieu, est une écrivaine et cinéaste française, née le 4 avril 1914 à Gia Dinh, faubourg au nord de Saïgon alors en Indochine.

Ses parents se sont portés volontaires pour travailler dans les colonies de Cochinchine. Son père, Henri Donnadieu, est directeur de l'école de Gia Dinh, près de Saïgon. Sa mère, Marie, y est institutrice. Ils ont trois enfants : Pierre, Paul et Marguerite. Gravement malade, son père part se faire hospitaliser en métropole où il meurt en 1921.

Bénéficiant d'un congé administratif, son épouse, retourne en métropole avec ses trois enfants. Ils habitent pendant deux ans dans la maison familiale du Platier, dans la commune de Pardaillan, près de Duras, dans le Lot et Garonne. En juin 1924, Marie Donnadieu repart avec ses enfants pour rejoindre sa nouvelle affectation à Phnom Penh, au Cambodge. Elle ne veut pas y rester et est envoyée à Vinh Long, puis à Sadec et à Saïgon. En 1928, elle rompt avec cette vie de nomade en achetant une des terres que l'administration coloniale incite à posséder. Trompée dans son acquisition, elle en sort ruinée et reprend l'enseignement. Cette expérience marquera profondément Marguerite et va lui inspirer nombre d'images fortes de son œuvre (Un barrage contre le Pacifique, L'Amant, L'amant de la Chine du Nord, L'Eden cinéma).

En 1930, Marie Donnadieu trouve une pension et un lycée à Saïgon, pour que sa fille suive des études secondaires au lycée Chasseloup Laubat de Saigon. Son baccalauréat de philosophie acquis, Marguerite quitte l'Indochine en 1932, et poursuit ses études en France

Son œuvre se distingue par sa diversité et sa modernité qui renouvelle le genre romanesque et bouscule les conventions théâtrales et cinématographiques, ce qui fait de Marguerite Duras une créatrice importante, mais parfois contestée, de la seconde moitié du XXe siècle.

En 1950, elle est révélée par un roman d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le pacifique. Associée au mouvement du Nouveau Roman elle publie ensuite régulièrement des romans qui font connaître sa voix particulière avec la déstructuration des phrases, des personnages, de l'action et du temps, et ses thèmes comme l'attente, l'amour, la sensualité féminine ou l'alcool. Par exemple  Le Marin de Gibraltar (1952), Les Petits Chevaux de tarquinia (1953), Moderato Cantabile (1958), le ravissement de Lol V. Stein(1964) ou Le Vice-Consul(1966). Elle rencontre un immense succès public avec L'Amant, Prix Goncourt en 1984, autofiction sur les expériences sexuelles de son adolescence dans l'Indochine des années trente, qu'elle réécrira en 1991 sous le titre de L'Amant de la Chine du Nord.

Elle écrira aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme Le Square paru en 1955 et représenté en 1957, et pour le cinéma : elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film d'Alain Resnais Hiroshima mon amour dont elle publie la transcription en 1960. Elle réalisera elle-même des films originaux comme India Song, en 1975, ou Le Camion en 1977 avec Gérard Depardieu.

Elle décède le 3 mars 1996 à Paris.

 

Extrait

"Ils traversent toute l'étendue de la ville insomniaque, accablée par la chaleur de la nuit. Il n'y a aucun vent.

Elle dort. Le Chinois écoute le chauffeur chanter un chant de la mandchourie, sauvage et doux, hurlant et murmuré.

Il la porte sur le lit.

Il éteint la lumière.

Il fume l'opium dans la pénombre de la chambre.

De la musique arrive comme chaque nuit, des chants chinois, loin. Et puis ensuite tard dans la nuit, très bas, arrivent les trains du Duke Ellington qui traversent la rue, les portes des chambres. Et puis ensuite encore plus tard et plus bas et plus seule, cette Valse Désespérée du commencement de l'histoire d'amour."

 

 
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