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29/07/2010

Jorge AMADO : "CACAO"

Editions Stock 2010

Une plantation de cacao, au sud de Bahia, au Brésil : le "Domaine Fraternité". Nous sommes dans les années 1930. Un monde d'ouvriers agricoles, véritables esclaves des temps modernes, réduits à la misère. Seuls le tafia et les femmes distraient leur vie rythmée par la récolte des fruits des cacaoyers. Sergipano, le narrateur, issu de la classe moyenne mais déclassé suite à la mort de son père, à cause d’un oncle ambitieux et sans scrupules, n'a d'autre choix que de se "louer" au Colonel Mané-la-Peste, le propriétaire de la plantation. C'est ainsi qu'il débarque au "Domaine Fraternité".

Le jeune homme va faire l'expérience de l'exploitation, de la fraternité qui lie les ouvriers de la plantation.On suit les aventures de Sergipano et de ses compères d’infortune, affamés, comme Colodino, Joao Grilho ou Honorio l’homme de main qui réussit à manipuler le propriétaire car il a des informations compromettantes le concernant. On rencontre aussi des femmes qui font « la vie », c'est-à-dire qu’elles vendent leurs corps aux hommes qui trouvent à leurs cotés le peu de distraction de leur vie de labeur. Et l’existence de Magnolia, de Mariette ou d’autres filles très jeunes n’a rien à envier à celles de leurs compagnons d’infortune.


Jorge Amado nous décrit un monde coloré, au langage cru, direct et sans fioritures. Il évoque, dans ce roman, la naissance de la conscience de classe. "J'ai essayé de raconter dans ce livre, avec un minimum de littérature au profit d'un maximum d'honnêteté, le vie des travailleurs dans le sud de l'Etat de Bahia" précise Jorge Amado.

 

Ce court roman intense, le second de l’auteur, plonge le lecteur au sein du Brésil des années 1930, au milieu de la moiteur des cacaoyères et de la violence sociale de ce pays.
Cacao
L'auteur
Jorge Amado naît en 1912 à Ferradas, dans une plantation de cacao du Sergipe, au sud de la province brésilienne de Bahia, "terre violente" que les planteurs se disputent arme au poing. Les Jésuites de Bahia, chez qui il entre en internat à dix ans, voient en lui une vocation de futur novice. Trois ans plus tard, ils disent une messe d'action de grâces lorsqu'il s'enfuit après s'être proclamé athée et bolcheviste. On le retrouve, deux ans après, travaillant dans un journal, puis à Rio de Janeiro où il étudie le droit.
 
C'est en 1931, après l'arrivée au pouvoir du dictateur Getulio Vargas, que Jorge Amado, journaliste débutant, publie son premier roman, Le Pays du Carnaval. Il a dix-neuf ans. Il refusera jusqu'au début des années 90 que soit traduit O País do Carnaval. Sans doute parce qu'ensuite, tout au long de son existence, il refusera le scepticisme condescendant qui caractérise Paulo Rigger, personnage principal du livre: "Tout le pessimisme qui transparaît dans ce roman est complètement artificiel. C'est une attitude naïvement littéraire."
 
C'est la même année qu'il se met à militer très activement au Parti Communiste, alors interdit au Brésil. Sa vie, dès lors, n'est qu'une suite d'exils, d'errances et de retours. Emprisonné une douzaine de fois, ses livres brûlés et interdits, contraint de s'exiler en Argentine en 1941, puis de retour à Bahia en 1943 lorsque le Brésil se range aux côtés des Alliés contre l'Axe, élu député communiste en 1945, de nouveau contraint de s'exiler en 1948 lorsque le Parti Communiste est ré-interdit, réfugié en France, expulsé de France et interdit de séjour pendant 16 ans, militant itinérant dans les démocraties populaires durant la guerre froide, revenu au Brésil après avoir reçu le prix Lénine ...
 
Il ne faut donc pas s'étonner que ses premiers livres reflètent son engagement; Cacao, Suor, qui décrivent la misère et l'oppression des classes populaires brésiliennes. Pourtant à partir de Bahia de Tous les Saints (1935) et de Mar Morto (1936), le souffle épique l'emporte sur l'aspect militant, sans pourtant le diminuer mais en échappant au communisme romantique des écrits de jeunesse. 
 
C'est 1954 qui marque le véritable tournant: il décide de s'éloigner du parti pour écrire Gabriela, girofle et cannelle et n'être enfin plus qu'un «anti-docteur par excellence; l'anti-érudit, trouvère populaire, écrivaillon de feuilletons de colportage, intrus dans la cité des lettres, un étranger dans les raouts de l'intelligentsia». Il chantera désormais Bahia, les fêtes chez les amis, les chansons de Vinicius de Moraes, la cuisine afro-bahianaise à l'huile de palme et au lait de coco, la cachaça, la vatapà et les moquecas dont les noms sont déjà des voyages, et les femmes, toutes les femmes; professionnelles, occasionnelles, «dames putes», filles de famille ou patriotes qui se donnent gracieusement aux anti-fascistes et que, dans ses «Navigations de cabotage», il appelle toutes d'un seul nom, Maria: «Maria chacune, toutes, passagères embarquées aux escales, ombres fugaces sur les quais du port, de port en port, ronde du vieux marin».
 
Cet "anti-docteur" a pourtant reçu tous les prix imaginables, sauf le Nobel. Il est le romancier le plus célèbre de et dans son pays, traduit dans plus de quarante langues, et avec quelques footballeurs, le Brésilien le plus connu à l'étranger, sans doute, et c'est le paradoxe, grâce aux dictatures qui l'ont contraint à vivre si longtemps en exil. Immensément populaire au Brésil, symbole du syncrétisme brésilien né de la nécessité où se sont trouvés les Noirs, pour pouvoir conserver leurs dieux, de les faire fusionner avec la religion catholique, véritable légende vivante (pour son quatre-vingtième anniversaire, des foules s'étaient massées place du Pelhourino, à Bahia, pour un concert d'hommage et d'amitié donné par Gilberto Gil, Maria Bethania, Caetana Veloso). Jorge Amado est décédé en 2001.
Extrait
" Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi les bordels sont pleins d'images de saints. Rue du Bourbier, c'était ainsi. L'image de Notre-Seigneur de Bonfim, toutes les maisons la possédaient. Antonieta, avant de se coucher avec un homme, faisait sa prière. Elles croyaient en la sorcellerie et faisaient des promesses. Elles maudissaient la vie qu'elles menaient et en même temps remeciaient tous les jours le Créateur de les avoir mises au monde. Le frère Bento parlait contre elles dans ses sermons du dimanche. Mais le frère Bento, comme me l'expliqua Zéfa, était client de l'épouse du docteur Renato.
Pauvres filles, qui pleuraient, priaient et se soûlaient dans la rue du Bourbier. Pauvres ouvrières du sexe. Quand viendra-t-il, le jour de votre libération ?
Que de trésors de tendresse perdus, combien de bonnes mères et de bonnes travailleuses ! Pauvres malheureuses, à qui les dignes épouses refusent même le droit au royaume du ciel. Mais les riches n'ont pas honte de la prostitution. Ils se contentent de mépriser les infortunées. Ils oublient que ce sont eux qui les ont amenées là.
Je songe au jour où la rue du Bourbier se lèvera, lacèrera les images des saints, s'occupera des cuisines des riches. Ce jour-là, elles pourront même avoir des enfants."

Commentaires

Quel trésor lui-même et quel chemin, aussi bien intérieur qu'extérieur !
Merci pour cette lecture.
Monique

Écrit par : monique | 29/07/2010

c super

Écrit par : badabou | 22/05/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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