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04/12/2010

Nazim Hikmet : "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?"

Publié aux Editions de Minuit - 1980

 

C'est au hasard d'une visite sur un marché de bouquinistes à Grenoble au printemps dernier, que je suis tombé sur ce petit ouvrage de Nazim Hikmet, poète révolutionnaire turc dont j'avais déjà lu "La Joconde et Si-Ya-Ou", un autre de ses textes majeurs.  "Benerdji", dont l'écriture s'est étalée sur 3 ans  fut publié à Istanbul en 1932. Il est l'oeuvre d'un jeune poète de 30 ans qui a déjà publié plusieurs recueils de poésie. Mais il est surtout l'oeuvre d'un poète engagé qui a participé activement à la vie politique de son pays dans les années 20. Le thème : " Ce livre, qui a été écrit contre l'impérialisme et qui (...) parle de tous ceux qui ont sacrifié leur vie afin d'abattre l'impérialisme, ( explique) dans quelles conditions un révolutionnaire aura acquis le droit de se tuer", selon l'auteur lui-même.

Il entreprend l'écriture du texte en 1930, à la sortie de son premier séjour en prison et alors qu'il vient d'être exclu du Parti Communiste Turc suite à des intrigues internes. C'est la même année que le grand poète Vladimir Maïakovski se donne la mort.

Le rapport de l'individu à la Révolution et à sa propre vie est posé en grand ! C'est le sens du texte "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?". Une réflexion poétique sur l'importance de l'engagement dans un contexte général et sur le comportement de l'individu face à cet engagement...

 

Pourquoi Bénerdji s’est-il suicidé ?

 

L'auteur

 

 « Je suis né en 1902
Je ne suis jamais revenu sur le lieu de ma naissance
Je n'aime pas me retourner »

Et le « géant aux yeux bleus » ne revint jamais à Salonique... Nâzim, enfant, est bercé par la poésie de son grand-père Pacha, un haut fonctionnaire ottoman, et par sa mère, Djélilé, artiste férue de culture française.

Révolté par l'occupation d'Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l'indépendance et enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il a tout juste vingt ans quand il part à Moscou, en 1922.

Il retourne en Turquie en 1924, après la guerre d'indépendance, mais, victime de persécutions, car c'est désormais un « rouge », il repart à Moscou en 1926 et multiplie les allers-retours.

Moscou bouillonne alors. Il y fait la rencontre de Maïakovski et des futuristes russes, dont l'influence bouleverse sa poésie, et travaille avec Meyerhold.

Communiste parce qu'il aime tout, passionnément, la liberté, son pays, son peuple et ses femmes, il devient le génie en exil de l'avant-garde turque. De retour en Turquie, il est condamné en 1938 à vingt-huit ans d'emprisonnement, car il a publié, en 1936, un éloge de la révolte, L'Epopée de Sheik Bedrettin, ou le combat d'un paysan contre les forces de l'Empire ottoman. Il est libéré en 1949 grâce à l'action d'un comité international de soutien, formé à Paris par ses camarades Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Paul Robeson.

C'est avec ce dernier et Pablo Neruda qu'il partage en 1950 le Prix mondial de la paix. In absentia, car Hikmet, affaibli par une longue grève de la faim ainsi que de graves problèmes cardiaques, ne peut se déplacer à Varsovie, où la cérémonie a lieu.

Hikmet est constamment surveillé. Il échappe miraculeusement à deux tentatives de meurtre, mais ne parvient pas à être exempté du service militaire, qu'on lui demande d'effectuer à cinquante ans. C'est la guerre froide, et il milite contre la prolifération de l'armement nucléaire. Que faire si ce n'est fuir, se réfugier en Union soviétique, laissant femme et enfants ?

Devenu membre très actif du Conseil mondial de la paix, le poète chante l'Internationale, mais ne tait pas son rejet du stalinisme. Le « communiste romantique » célèbre la lutte, synonyme de vie, une liberté que ronge, selon lui, l'autorité.

Citoyen polonais suite à la perte, immense, de la nationalité turque, il voyage partout, pour tromper l'exil. En Europe, en Afrique et en Amérique du Sud seulement, car les Etats-Unis lui refusent un visa.

Nâzim Hikmet meurt à Moscou en 1963.

 

Extrait

J'ai reçu la lettre que voici de Benerdji. Je la publie telle quelle :

"Quand on te remettra

          cette

             lettre,

depuis longtemps peut-être

             j'aurais dit :

                point,

                    c'est fini.

Et, cette fois-ci,

         ce ne sera pas une pierre

                     lancée par mes amis,

mais une saloperie de balle

                                           que j'aurai reçue à la tête.

Je sais bien,

Nâzim,

il ne faut pas devant la mort

poser pour la galerie,

                idiot comme Hamlet

                      comique comme Werther.

Mais que puis-je faire d'autre,

                Nâzim,

                 comment m'en sortir ?

Prendre une belle pose

         et se tuer,

             c'est bien beau, en vérité...

Tiens,

mon voisin du palier s'est éveillé,

                      l'eau coule dans l'évier,

                                                   il se lave le visage...

Il descend en sifflotant

                 les escaliers,

                       il est sorti...

Et moi...".

 

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