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24/12/2010

Truman Capote : "La Traversée de l'été"

Editeur : Grasset - 2006

Grady McNeil a dix-sept ans et l'âme passionnée. Elle est secrètement amoureuse de Clyde, gardien de parking à Broadway. Alors qe ses riches parents vont passer l'été en Europe, elle se retrouve seule dans un New-York vibrant sous la canicule. Son ami d'enfance, le fantasque et fidèle Peter Bell lui tiendra compagnie. Mais, délaissant le luxe de la 5eme Avenue, elle retrouve Clyde. Ils s'aiment mais à leur façon. La fierté provocante de Grady et la nonchalance de Clyde vont peu à peu les entraîner vers de dangereux précipices. Cette saison sera toute leur vie.

Ce premier roman de Truman Capote, aux accents fitzgeraldiens, fut retrouvé 20 ans après sa mort lors d'une vente aux enchères chez Sotheby's. Il s'agissait d'un manuscrit écrit sur quatre cahiers d'écolier. Roman dont Capote fait mention dans certaines lettres adressés à ses amis, il hésita à le publier de son vivant pour finalement y renoncer. La rédaction de La Traversée de l'été semble avoir débuté au milieu des années 40, Capote a 19 ans, puis reprise en 1949 lors d'un séjour en Italie. De retour aux USA, le roman est abandonné. Capote écrit à une amie, en juin 1953 : "Quant à La traversée de l'été, il y a longtemps que je l'ai déchiré, et de toute façon, il était inachevé." En fait, le roman est abandonné dans l'un des logements new-yorkais de Truman Capote et sera récupéré, avec d'autre effets, par le propriétaire du logement lorsqu'il le débarrassera pour le relouer. Le manuscrit, acheté par la New York Public library fut finalement publié en 2006.

C'est bien un récit complet qui est publié. Mais un récit que Capote jugeait ne pas avoir mené à sa perfection.

Il s'agit d'une sorte d'East Side Story, du heurt de deux mondes qui se croisent, s'attirent sans vraiment se comprendre. Tout en finesse psychologique, avec un style d'une très grande richesse, difficile de considérer qu'il s'agit là d'un roman écrit par un jeune homme de 20 ans. Les thèmes de ce court roman sont universels : l'amour, l'amitié, la difficulté d'affronter les différences sociales, l'insouciance et le besoin d'absolu des adolescents. Ses personnages sont attachants et la montée dramatique du récit ménage une fin abrupte et inattendue.

 

L'auteur

 Abandonné à cinq ans par sa mère, le jeune Truman Capote (nom de naissance Truman Streckfus Persons) est élevé par ses tantes à la Nouvelle Orléans. Il commence à écrire à l'âge de dix ans et publie sa première nouvelle, Miriam, à vingt ans. Il se fait connaître dès son premier roman, Les Domaines hantés, paru en 1948. Après le succès du Petit Déjeuner chez Tiffany, portrait aigre-doux d'une marginale, Capote change radicalement de style. Il consacre six années à l'écriture de De Sang froid, une enquête très réaliste tiré d'un fait divers sanglant. C'est là le manifeste du "non fiction novel" (roman de non-fiction) par l'enfant terrible de la littérature américaine. Au sommet de sa gloire, mondain, alcoolique, il est aussi célèbre pour ses propos corrosifs que pour ses livres. Son roman inachevé, Prières exaucées, offre une peinture sans fard des milieux qu'il fréquente et fait scandale avant même d'être publié. Il meurt à 60 ans, rongé par une vie d'excès.

 

Extrait

 "Devant elle s'étendait un couvre-lit bleu, immense comme un ciel sans fond ; mais ce lit lui semblait étranger, un endroit qu'elle aurait juré n'avoir jamais vu. la lumière jouait sur la surface soyeuse, y dessinait des lacs et les oreillers dressaient des montagnes inexplorées. Quand Clyde l'enlaçait sur la banquette de la voiture ou dans les terrains vagues qu'ils avaient repérés en banlieue, elle n'éprouvait aucune appréhension. Mais le lit avec ses lacs, son ciel démesuré, ses étranges reliefs, l'impressionnait et l'effrayait par sa solennité.

"Tu as froid ou quoi ? demanda-t-il, tandis qu'elle se pressait contre lui comme si elle voulait le traverser.

- Ce n'est rien, juste un frisson, répondit-elle en s'écartant légèrement. Dis-moi que tu m'aimes.

- Je te l'ai déjà dit.

- Oh non ! Tu ne l'as pas dit. J'écoutais et je n'ai rien entendu.

- Laisse-moi le temps.

- Je t'en prie."

Il s'assit et regarda l'heure de la pendule de la chambre. Il était plus de cinq heures. Avec des gestes décidés, il enleva sa visière et commença à délasser ses souliers.

"Clyde, je t'en prie, dis-le moi.

- Ouais, dans un mmoment, répondit-il en souriant.

- Il ne s'agit pas de ça, répliqua-t-elle. Sans compter que ça ne me plaît pas tant. On dirait que tu parles à une pute.

- Laisse tomber, ma poule. Tu ne m'as pas amené ici pour parler d'amour.

- Tu me dégoûtes.

- Ecoutez-là ! Elle est furieuse !"

Un silence suivit, volant bas comme un oiseau blessé. Clyde le rompit.

" Tu as envie de me gifler, hein ? C'est marrant quand tu te fâches comme ça. Ca ne me déplaît pas. Tu es du genre soupe au lait, hein ?"

Il souleva Grady qui se sentit plus légère et enfouit sa tête dans le cou de l'aimé.

" Tu as encore envie que je te le dise ? murmura-t-il en lui caressant les cheveux. Je le ferai, promis juré. Mais déshabille-toi d'abord."

 

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