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19/03/2011

Eric FAYE : "NAGASAKI"

 

Editions Stock, 2010

En déplacement sur Aix en Provence en cette semaine pluvieuse de mars. Une bonne heure à tuer à la terrasse d'un bar sur le Cour Mirabeau. La perspective d'une bonne lecture accompagnée d'une boisson chaude en ces temps de frimas... Me voici arpentant les rayons des quelques belles librairies d'Aix à la recherche d'un roman assez court, sans avoir vraiment d'idée préconçue sur l'auteur et le genre. Après une bonne demi-heure sans qu'aucun titre n'attire réellement mon attention, alors que j'allais partir bredouille, mon regrd est finalement attiré par le titre en bleu  sur la couvertue noire : "Nagasaki". Est-ce le contexte de l'actualité et les malheurs du temps dont est actuellement victime le Japon ? Est-ce la caution du Grand Prix du roman de l'Académie Française portée sur le bandeau entourant le livre ? Est-ce la curiosité de découvrir un auteur inconnu de moi ? Est-ce la quatrième de couverture laissant présager quelques mystères ? En tout cas, j'avais trouvé l'ouvrage, il ne restait plus qu'à trouver la terrasse ...

Dans son  roman Nagasaki, Éric Faye s’inspire d’un fait divers japonais et nous raconte l’histoire d’un homme qui a vécu pendant un an avec une femme sans le savoir.

Nagasaki - Eric Faye

Shimura-san vit seul dans une petite maison à Nagasaki. Cinquantenaire, il correspond à «l’homme des masses», mène une vie ordinaire et sans extravagance, réglée sur une routine à laquelle il déroge peu. Il part travailler tous les matins à 8 heures dans la station météorologique de la ville, dîne souvent seul à son bureau et rentre à la maison avec sa solitude pour rejoindre son intérieur bien ordonné.

Mais depuis quelque temps, Shimura-san a remarqué des disparitions chez lui. D’abord un yogourt, puis un deuxième et du poisson. Au début, il doute de lui et se dit que c’est impossible, qu’il les a sûrement mangés et ne s’en rappelle pas. Pour confirmer ou infirmer, il décide de répertorier les niveaux et les quantités de nourriture de son frigo et de son garde-manger.

Il n’y a plus doute, quelqu’un s’est bel et bien servi, le niveau du jus de fruit a baissé de sept centimètres... Qui est donc cette personne qui est entrée chez lui pendant son absence? Grâce à une webcam installée dans sa cuisine, Shimura-san découvre alors en direct l’intruse sur son écran d’ordinateur du bureau.

Shimura-san vit seul dans une petite maison à Nagasaki. Cinquantenaire, il correspond à «l’homme des masses», mène une vie ordinaire et sans extravagance, réglée sur une routine à laquelle il déroge peu. Il part travailler tous les matins à 8 heures dans la station météorologique de la ville, dîne souvent seul à son bureau et rentre à la maison, face aux chantiers navals de Nagasaki, avec sa solitude pour rejoindre son intérieur bien ordonné.

Mais depuis quelque temps, Shimura-san a remarqué des disparitions chez lui. D’abord un yogourt, puis un deuxième et du poisson. Au début, il doute de lui et se dit que c’est impossible, qu’il les a sûrement mangés et ne s’en rappelle pas. Pour confirmer ou infirmer, il décide de répertorier les niveaux et les quantités de nourriture de son frigo et de son garde-manger.

Il n’y a plus doute, quelqu’un s’est bel et bien servi, le niveau du jus de fruit a baissé de sept centimètres... Qui est donc cette personne qui est entrée chez lui pendant son absence? Grâce à une webcam installée dans sa cuisine, Shimura-san découvre alors en direct l’intruse sur son écran d’ordinateur du bureau.

Ce court roman (108 pages) mèle adroitement une approche de la solitude poussée à l'extrême et une réflexion sur la notion de "chez-soi", d'intimité. Qui vit chez qui ? Lequel des deux personnages est le plus intime des lieux qu'il habite ? Commencée devant un frigo hanté, l'histoire se termine dans le désenchantement et la ruine des idéaux... Où l'on découvre que même les sans-abris ont une histoire et des racines ... Ces multiples entrées dans un aussi court roman en font toute sa richesse. L'écriture d'Eric Faye est sobre sans être ennuyeuse et la volonté d'en savoir un peu plus sur l'intruse nous tient en haleine jusqu'à une fin qui ne nous donnera pas toutes les clés !

Ce roman a obtenu le Grand Prix du roman de l'Académie Française en octobre 2010.

 

L'auteur

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Éric Faye, né en  décembre 1963 à Limoges ( Haute Vienne),  est un journaliste de l'agence de presse Reuters. Il publie sa première fiction, Le Général Solitude, une nouvelle, dans la revue Le Serpent à Plumes en 1992. Trois ans plus tard, il a développé cette nouvelle en un premier roman, éponyme. Ses premiers livres, parus tous deux en 1991, sont un essai sur Ismail Kadaré et un recueil d'entretiens avec cet écrivain. En 1998, son recueil de nouvelles fantastiques Je suis le gardien du phare obtient le Prix des deux magots. Son œuvre se partage entre des nouvelles, le plus souvent à caractère absurde ou teintées de fantastique, des romans (dont le roman d'anticipation Croisière en mer des Pluies, en 1999 - prix Unesco-Françoise-Gallimard), des essais et des récits, parmi lesquels Mes trains de nuit, puisés dans des voyages à travers l'Asie et l'Europe de 1982 à 2005. Il a dirigé un numéro sur Kafka (Autrement, 1996) et pris part à l'édition des œuvres d'Ismail Kadaré aux Editions Fayard

Extrait

"Dehors, le passé a commencé de jaunir. Le genre humain se racornit. Quand je parle de passé, j'entends l'époque de son arrestation, au plein de l'été, et le soir où je me suis retrouvé seul chez moi - seul comme si je m'étais fait plaquer. C'était il y a trois mois ; ce temps me paraît déjà lointain. Je crois que j'ai voulu l'oublier, et je dois dire que l'entrée en scène de l'automne, cette année, m'y a aidé. Car l'automne a pénétré jusque dans les âmes, cet automne. Il a ruisselé en nous. Imposé des silences où il n'y en avait pas encore. Certains jours, ceux qui longent à pied les chantiers navals ne perçoivent plus les coups de marteau habituels. Plus d'échos, plus un choc, plus un appel. Dans le port, les grues ne chargent ni ne déchargent guère. Ailleurs, là où dans la ville de gros travaux étaient en cours, les engins de terrassement se sont figés. Ces dinosaures de l'ère industrielle sont atteints d'un mal mystérieux. On l'a dit et répété à la télévision, il a pour nom la Crise et on ignore comment le vaincre. Les banques ne prêtent plus d'argent. Certaines n'en ont plus. Qu'est-il devenu? Nul ne le sait vraiment et cela inquiète. La stupeur gagne. Dans le bac à sable où les enfants jouaient au capitalisme, on vient d'égarer la règle du jeu.

- Putain, où l'as-tu mise ? C'est toi qui l'avais tout à l'heure !

- Jamais de la vie ! C'est toi, à l'instant encore ...

Parce que le système éternue, nous redevenons tremblants et veules, tous petits. Du silence ambiant se détachent des rumeurs, comme si le silence était un mur lépreux qui perdait de lui-même. Et ces rumeurs colportent les mots de "restructuration", "remise en question". Même chez nous, dans les services météorologiques, on évoque des compressions d'effectifs, à croire qu'il y a moins de phénomènes climatiques ou que l'on va fermer des mers, ce qui ne serait au fond que justice puisque certaines sont vides. En trois mois, cette crise a failli me faire oublier qu'une femme avait mordu la poussière bien avant nous autres et que, sans abri, elle avait "trouvé" un abri forcé à la prison de la ville. Or, son procès va s'ouvrir. J'ai reçu hier une convocation du tribunal. Cette nui, ce n'est pas la pluie qui m'empêche de fermer l'oeil mais tout autre chose ; peut-être le peur de devoir soutenir le regard de ma clandestine. A moins que son absence n'ait accentué le sentiment d'incomplétude qui empoisonne mes jours ?"

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