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30/07/2011

Daniel PICOULY : "La Lumière des Fous"

Editions du rocher - 1991

Il s'agit du premier roman publié par Daniel Picouly, aujourd'hui pillier reconnu de la littérature française et, accessoirement, animateur d'émissions branchées à la télé...

C'est une vraie claque que nous délivre ici l'auteur. Tout est violence, sans nuance ou presque. Les personnages emplis de haine et de désir de vengeance sont emportés dans un engrenage d'où la seule issue semble la mort. Et même les vieilles bigottes, tenancières d'une pension de famille ( où d'un lieu de débauche ?) ne sont pas épargnées. Aucun personnage n'emporte vraiment la sympathie sauf, peut-être la petite Lachoune, seule survivante du massacre qui, elle, n'ira pas au bout de sa logique de violence. Tout est noir. Tout est néant. Tout est vain...

 

Dans ce roman, le quotidien le plus banal semble ne pouvoir déboucher que sur un déchainement de violence. Le malaise est là ... Quel sens donner à cette débauche de sang, de hargne ? Qu'a voulu transmettre Daniel Picouly à travers cette histoire ? J'avoue ne pas avoir trouvé la réponse et rester avec une certaine gène liée à une position du lecteur qui relève du voyeurisme face à cette faune de looser que l'on suit vers un destin inéxorable.

Effectivement, il s'agit d'un roman noir et le genre ne fait pas dans la dentelle mais je trouve que celui-ci manque singulièrement de nuances et de recul, de profondeur, de distanciation peut-être ... Il me faudra aller voir d'autres  livres de Picouly pour me faire une idée juste de cet auteur.

 

L'auteur

 

Né en 1948 à Villemonble (93), il est le onzième d’une famille de treize enfants (père antillais et mère originaire du Morvan). Après des études de comptabilité, de gestion et de droit, il devient professeur d’économie à Paris

En 1992, il publie son premier roman, La Lumière des fous, grâce à l’aide de Daniel Pennac. Il obtient un grand succès en 11995avec Le Champ de personne pour lequel il obtiendra le GRand Prix des lectrices de Elle. Dans ce livre comme dans plusieurs autres, il raconte son enfance sous une forme romanesque. En 1999, il obtient le Prix Renaudot pour L'Enfant léopard et en 2005, le Prix des Romancières pour Le Coeur et la craie.

Il a joué son propre rôle en 2002 dans le film Imposture. Il a été présentateur d'une émission culturelle sur France 5, Café Picouly. De septembre 2008 à juin 2009, il a présenté Café Littéraire sur France 2, avant de revenir sur France 5 en septembre 2009 avec son Café Picouly.

Il est également président du jury francophone pour le prix du roman d'amour du Prince Maurice, les années impaires.

Extrait

Denise sentait s'iriser sous la mousseline un désir haut perché. Elle pensa à l'échelle de Jacob, au frôlement sensuel d'une aile d'ange. Ses jambes tremblaient contre les barreaux. Elle aimait cette idée d'aller se cacher comme des chats. Ivan éclaira sa montre. Il fallait activer.

- C'est là, tu verras, on sera bien. Déshabille-toi, madame.

- Déjà, mais tu pourrais ...

- Déshabille-toi ! je t'ai dit.

Cette voix Denise ne la connaissait pas. Ce n'était pas celle du jeune homme à la moto qui l'avait conduite, promenade après promenade, à compter au large le somnifère de son mari, et à préparer son sac. Elle n'avait pas laissé de lettre sur la table de nuit. Une seconde, elle en fut rassurée.

- Dépêche-toi !

La voix hurlait. La lumière de la lampe l'éblouissait. Une masse sombre avançait sur elle. Un choc violent à la poitrine. Son bustier arraché, une bretelle lui entailla la gorge sous le maxillaire avant de rompre. Elle fut projetée contre la cloison, le faisceau de la torche la poursuivait. Son nez saignait. Elle reniflait comme une gosse. Ivan regardait cette poitrine lourde avachie et ses marques de bronzage ridicules. Et elle avait emporté son petit sac !

- Déshabille-toi et allonge-toi sur le ventre, madame.

La voix était calme, et c'était pire. Un sens animal commanda à Denise d'obéir. Ivan lui noua les poignets dans le dos, et avec le même cordeau de maçon lui entrava les chevilles.

- Mais pourquoi ...

Ivan lui appliqua sur la bouche un large morceau de chatterton. Il la tira jusqu'à la fenêtre ... Elle était vraiment lourde ! ... et attacha le cordeau à la poignée. Denise était comme au poteau, et sautillait pour rester en équilibre.

- Je reviens. Je t'ai préparé quelque chose qui te plaira, madame.

Ivan redescendit rapidemment l'échelle puis l'escalier. Presque au même endroit que Denise, Lachoune attendait déjà.

- Tu es en avance, petite.

- Ca fait rien, j'avais mon livre et ma lampe de poche. J'ai pris un raccourci acrobatique. Super ! ... J'ai noté des tas de trucs ! ... Salut quand même...

Elle lui glissa un baiser furtif sur la joue. Du bout des lèvres, et sur la pointe des pieds. Elle n'était pas grande, et jouait l'affranchie, mais son coeur allait faire exploser l'inscription de son tee-shirt... Tranquille Mimile... Seize ans, première nuit. Solstice.

- Viens, petite, passe-moi ta lampe... Attends-moi en bas de l'échelle.

- Houah ! c'est super ici... Tu me laisses dans le noir, Ivan ?

- Chut ! c'est un jeu de nuit."

29/07/2011

Jean Rouaud : "Les champs d'honneur"

"Les Editions de Minuit" - 1990

Au hasard d'un chinage sur un marché de livres anciens à Grenoble, ce petit livre (187 pages) est tombé entre mes mains. Le nom de l'auteur ne m'était pas inconnu et le titre non plus. Mais rien de plus...

Au début, c'est l'histoire d'un grand-père et de sa 2CV, dans la Loire-Inférieur. Un grand-père très présent bien que distant. Une sorte d'énigme pour le narrateur. Nous sommes dans les années 60... Vient ensuite la "petite tante". Celle qui ne s'est jamais mariée, a voué sa vie aux enfants de l'école où elle était institutrice et à Dieu. C'est aussi la mort précoce du père qui laisse un grand vide dans l'enfance du narrateur. Tout cela semble bien banal. C'est de Français communs, moyens comme on dit, dont il est question ici. De ces Français qui vivent leur vie sans faire de bruit, sans laisser de traces, comme sans le faire exprès ... des Français comme on en rencontre partout, dans toutes les familles. c'est peut-être de là que vient ce sentiment d'avoir soi-même vécu des scènes proches de celles décrites dans le récit ou d'avoir cotoyé des personnages semblables à ceux du roman.

Pourtant quelques zones obscures traversent le récit : ce grand-père qui s'enferme des journées entières dans le grenier et y retourne tout. Que cherche-t-il au juste ? Et cette "petite tante", quel est le secret de sa vie ?

C'est dans la déraison de la tante en fin de vie et  dans l'évocation de l'horreur de la guerre, dans le souvenir des êtres chers morts au front durant la terrible hécatombe de 1914-1918 que les réponses surgissent. Terrible ce champs d'honneur ! Ce champs d'horreur ?

Ce livre qui semble fait de rien sinon de bribes d'histoires personnelles, se dévorre d'un trait. L'air de rien, il vous prend et vous accompagne jusqu'à ce dernier mot : "Oh, Arrêtez tout !". Et le récit reste gravé un bon moment dans notre conscience. Derrière les fureurs guerrières, il y a des hommes, des femmes, des familles qui vont devoir vivre avec les souffrances et les souvenirs....

Avec ce premier roman, l'auteur a obtenu le prix Goncourt qui récompense une écriture à la force évocatrice rare et un style littéraire magistral. Oui, vraiment, de quoi se réconcilier avec la llittérature française qui pourtant ne nous épargne guère ... Alors lorsque nous tombons sur un joyau de cette sorte, ne boudons pas notre plaisir. 

L'auteur

Jean Rouaud est un né à Campbon (Loire-Atlantique, à l'époque Loire-Inférieure le 13 décembre 1952

De 1962 à 1969, il fait ses études secondaires au lycée catholique Saint-Louis à Saint Nazaire ; il passe un baccalauréat scientifique, puis étudie les Lettres modernes à l'université de Nantes.

Après avoir obtenu une maîtrise, il occupe différents emplois provisoires, tels que pompiste ou vendeur d'encyclopédies médicales. En 1978, il est engagé à Presse-Océan et, comme il le raconte dans son livre Régional et drôle, après avoir travaillé à la sélection des dépêches de l'AFP, il est chargé de rédiger un « billet d'humeur » publié tous les deux jours sur la «une » du journal, avec la consigne de faire régional et drôle.

Il part ensuite à Paris, où il travaille dans une librairie, puis comme vendeur de journaux dans un kiosque. En 1988, il rencontre Jérôme Lindon, directeur des Editions de Minuit, qui va devenir son principal éditeur.

Son premier roman, les Champs d'Honneur, est publié en 1990 et reçoit le Prix Goncourt. Durant les années 1990, ayant pu arrêter l'activité de kiosquier, il écrit les quatre romans qui, avec Les Champs d'honneur, forment un cycle romanesque fondé sur l'histoire de sa famille et certains aspects de sa propre vie.

En 2001, il quitte les éditions de Minuit pour les Editions Gallimard. Il est l'auteur de 16 romans dont 7 portent sur l'autobiographie familiale et de plusieurs essais.

Extrait

"De fait, il fumait bien son champ de tabac à lui seul, allumant chaque cigarette avec le mégot de la précédente, ce qui, quand il conduisait, embarquait la 2CV dans un rodéo improvisé. Le mégot serré entre le pouce et l'index de la main droite, la cigarette nouvelle au coin des lèvres, il fixait attentivement la pointe rougie sans plus se soucier de la route, procédant par touches légères, tirant des petites bouffées méthodiques jusqu'à ce que s'élève au point de contact un mince filet de fumée. Alors, la tête rejetée en arrière pour ne pas être aveuglé, bientôt environné d'un nuage dense qu'il balayait d'un revers de la main, il soulevait du coude la vitre inférieure battante de la portière, jetait le mégot d'un geste vif et, toujours sans un regard pour la route, donnait un coup de volant arbitraire qui secouait les passagers en tous sens. Conscience émoussée par la vieillesse ou, après une longue existence traversée d'épreuves, un certain sentiment d'immunité. Sur la fin il n'y avait plus grand monde pour oser l'accompagner. Les cousins adolescents avaient inventé (cela arriva deux ou trois fois - on se voyait peu) de se ceindre le front d'un foulard ou d'une cravate empruntée à leurs pères et de s'installer à ses côtés en poussant le "Banzaï" des kamikazes. Le mieux était de répondre à leurs gestes d'adieu par des mouchoirs agités et de pseudo-versements de larmes. Au vrai, chacun savait que la lenteur du véhicule ne leur faisait pas courir grand risque, mais les interminables enjambements de lignes jaunes, les errances sur la voie de gauche, les bordures mordues sur lesquelles les roues patinaient, les croisements périlleux : on en descendait verdâtre comme d'un train fantôme."

24/07/2011

Une belle semaine de Jazz à Serres

Le 9eme Festival de jazz de Serres s'esr terminé aujourd'hui par un concert du Milenium Gospel Voices. En ce qui me concerne, j'avais porté mon choix sur trois concerts échelonnés tout au log de cette semaine.

Le lundi 18 juillet, j'ai découvert une jeune (26 ans) chanteuse Martiniquaise ( née d'un métissage Guadeloupe-Martinique, comme elle ne manque pas de le rappeler), Tricia Evy Quartet qui a régalé un public, malheureusement trop peu nombreux, de reprises de standarts de Bechett, Mal Tormé, Ella Fitzegerald ou Louis Armstrong. Sa reprise d'un duo Fitzgerald - Armstrong est à retenir. Mais elle sait aussi faire appel à ses racines caraïbes et la biguine n'est jamais loin, tout comme la bossa-nova et même Georges Brassens ou Serge Gainsbourg. Un jazz cool, qui ne se prend pas la tête. Une bien agréable soirée.

 

098.JPGPhotos prises lors du concert

 

 

 

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Tricia EVy interprète There's no you ( Théâtre des 3 Baudets à Paris).

 

Le mercrdi 20 juillet, grande soirée de jazz avec Edouard Bineau Wared Quartet qui invitait le saxophoniste Sébastien Texier.

Un des chocs de l'année 2010 pour la rédaction de Jazz magazine/Jazzman. Un jazz contemporain qui sait allier la plus grande élégance ( le jeu tout en nuance du pianiste Edouard Bineau) et une énergie redoutable. L'ensemble a su emporer son public dans un univers très particulier où se sont cotoyés humour ( ces gens ne se prennent pas la tête), modernité et tradition. Des pointures comme on dit ...

Photos du Concert

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Le pianiste Antoine Hervé dit de lui que c'est un "Jazz Poète", et nombre de ses pairs en font l'éloge, comme Kenny Werner qui décrit "... un musicien d'une grande profondeur ... qui combine Swing et créativité avec brio ..." ou Steve Swallow qui le classe dans "la brève liste des pianistes qui ont quelque chose de particulier à nous dire et les moyens de le faire ... au toucher et à la technique remarquable ..."

Un grand moment de jazz à Serres lors de cette soirée.


Jazz sur le Vif : "Wared Quartet" du pianiste... par francemusique

Janvier 2011 - Studio Charles Trenet de France Musique.


Enfin, vendredi 22 juillet, pour terminer ce tryptique, mon choix s'est porté sur le Klezmer Kaos. Là, nous sommes dans l'éruptif, le festif. La jeune clarinettsite et chanteuses Islandaise Heida Bjorg Johannsdottir et sa bande de joyeux lurons nous conduit des légendes islandaises aux fêtes d'Europe centrale avec un entrain et une fougue communicatifs. Entre compositions personnelles et musique traditionnelle klezmer, tout un univers décapant...

Le klezmer est une tradition musicale des Juifs ashkénazes (d’Europe centrale et de l'Est). Tant qu'ils n’avaient pas une autre activité principale et ne jouaient qu’occasionnellement, les klezmorim étaient principalement des musiciens itinérants, qui ont participé aux mouvements migratoires des juifs d’Europe. À l’instar de la langue yiddish, les klezmorim se sont nourris des musiques des pays qu’ils traversaient, dans lesquels ils ont aussi laissé des influences.  Ces musiciens aux conditions de vie précaires jouaient dans les fêtes et cérémonies populaires (parfois chrétiennes).

On retrouve dans la musique klezmer l'influence des musiques d'Europe centrale, d’Europe de l'est, des Balkans et des musiques tzigane et turque. Aux États-Unis la musique klezmer a intégré des éléments du jazz puis des musiques actuelles.


Photos du concert

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Encore un bon cru pour ce Festival de Jazz qui chaque année sait se renouveler et fêtera ses 10 ans en 2012. Belle performance pour l'équipe de Gilles dans ce petit village de Serres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rapahël CONFIANT : "Eau de Café".

Editions Grasset - 1991

 

Nous sommes au nord de la Martinique. Le village de Grand Anse tourne ostensiblement le dos à l'océan Atlantique dont il se méfie car elle n'est que pourvoyeuse d'ennuis, de mauvaises nouvelles et de maléfices. Du fond de ses entrailles peuvent jaillir malheur et dévastation.

Le narrateur retourne dans ce village de ce village où il a vécu sa petite enfance, dans la boutique de sa marraine "Eau de Café". l'évocation des personnages qui fréquentent la boutique et ... la marraine est l'occasion de dresser des portraits hauts en couleur d'une population bigarée où se côtoient, se mêlent et s'entremèlent les blancs et les nègres, les indiens et les filles surgies de la mer.... On y croise Thimoléon, le héraut de la négraille, le "gavroche de la négritude", le blanc créole De Cassagnac, et ses secrets inavouables, partagé entre deux races, René-Couli, prêtre hindou déraciné et égorgeur de boeuf à l'abattoir municipal.

Maix c'est bien Eau de Café la véritable héroîne du roman. Elle détient le "savoir" mais refuse d'en révéler l'origine. c'est aussi la petite Antilia, enfant apparue "de nulle part", à moins que ce soit de la mer. Les habitants la croient donc maudite. mais les relations entre eaude café ey Antilia ne cachent-elles pas un lourd secret ?

Le tout raconté dans une langue savoureuse, ce français des Antilles, nourri à la sève créole. Mais derrière le burlesque de certaines scènes, derrière l'humour on sent bien que Raphaël Confiant règle quelques comptes et bouscule ces êtres chers. Il les repousse dans leurs derniers retranchements et ose déranger l'ordre ancestral des choses. Ordre qu'il refuse d'admettre sans broncher. Cette recherche le conduira vers des rives où flirtent les passions et la déraison. Un retour initiatique au pays natal...

L'auteur

 

 Raphaël Confiant est  né lev25 janvier 1951 au Lorrain en Martinique.

Raphaël Confiant provient, par sa mère, d'une famille de petits distillateurs mulâtres de la commune du Lorrain (région Nord-Atlantique de la Martinique). Son arrière-grand-père, Louis Augustin, et son grand-père, François Augustin, possédaient une petite distillerie de rhum au quartier Macédoine ainsi qu'une cinquantaine d'hectares plantées en canne à sucre. Cette distillerie fut contrainte de fermer ses portes au milieu des années 1950. Raphaël Confiant y a passé ses toutes premières années, "dans l'odeur du rhum" comme il l'écrit dans son autobiographie RAVINES DU DEVANT-JOUR (éditions Gallimard). Du côté paternel, on est originaire de la ville c'est-à-dire de Fort-de-France : le grand-père est un Noir et la grand-mère une Chinoise. Cette dernière a dirigé un commerce de demi-gros à la rue Antoine-Siger, à Fort-de-France, presqu'en face du Grand Marché et non loin de la fameuse "Rue des Syriens" ou rue François-Arago. Raphaël Confiant a vécu dans ce quartier du centre-ville une partie de son enfance avant d'aller habiter le quartier Coridon où ses deux parents (Fernand et Amanthe), lui professeur de mathématiques, elle institutrice, avaient construit leur maison. À chaque vacances, petites ou grandes, l'auteur était envoyé chez ses tantes au Lorrain, lieu qui nourrit l'essentiel de son imaginaire, même si Fort-de-France y occupe une part non négligeable.

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix En Provence (section "Relations Internationales") et d'anglais à la Faculté des Lettres de cette même ville, il obtient en 1986 un DEA en linguistique à l'Université de Rouen avant de présenter un Doctorat en Langues et Cultures Régionales à l'Université des Antilles et de la Guyane, en 1994.

Écrivain reconnu tant en créole qu'en français, il écrit dans les deux langues. Il est actuellement maître de conférences à l'Université des Antilles et de la Guyane.

Militant de la cause créole dès les années 1970, il participe avec jean bernabé et Patrick Chamoiseau  à la création du mouvement de la créolité. Raphaël Confiant fut l'un des piliers du GÉREC (Groupe d'Etudes de Recherches en Espace Créole), créé en 1973, avec des créolistes comme Robert Damoiseau, Marijosé Saint-Louis, Robert Fontès, Gerry L'Etang et bien d'autres. Outre son important travail universitaire, le GÉREC s'est aussi battu pour l'ouverture d'une licence et d'un master de créole à l'Université des Antilles et de la Guyane ainsi que du CAPES de créole. R. Confiant fut en pointe dans la lutte pour ce CAPES qui depuis une dizaine d'années permet désormais de recruter des enseignants du secondaire en créole. Il fut le maître d'oeuvre des 11 Guides du CAPES de créole qui furent publiés en 2001 et 2002 aux éditions Ibis Rouge

Raphaël Confiant est le premier Martiniquais à avoir publié un roman en créole : Bitako-a (1985) aux éditions du GEREC. Il a été membre du premier journal entièrement en créole des Petites Antilles, Grif An Tè, qui a duré 4 ans et a publié 52 numéros. Il a également publié le premier dictionnaire du créole martiniquais (éditions Ibis Rouge, 2007). Depuis trente ans, il multiplie les travaux en et autour de la langue et la culture créole, s'intéressant aux devinettes créoles, aux proverbes, aux contes ainsi qu'au versant didactique de cette question puisqu'il est maître de conférences en langues et cultures régionales à l'Université des Antilles et de la Guyane.

En 1988, après avoir publié 5 livres en créole, Raphaël Confiant passe au français et publie Le Nègre et l'Amiral (éditions Grasset), roman traitant de la Deuxième Guerre mondiale aux Antilles, qui est un succès éclatant. Suivront une trentaine d'ouvrages dont beaucoup seront couronnés par des prix (Prix Novembre pour Eau de Café en 1991 ; Prix Casa de Las Amricas pour Ravines du Devant-Jour en 1993 ; Prix de l'Agence Française de Développement en 2010 pour L'Hôtel du Bon Plaisir, etc.).

En 1989 paraît un manifeste littéraire intitulé ÉLOGE DE LA CREOLITÉ, signé par Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Le mouvement littéraire dit "de la Créolité" vient d'être lancé et connaîtra un succès français, puis européen et enfin mondial. Traduit dans une quinzaine de langues, ce manifeste est aujourd'hui étudié dans la plupart des universités des États-Unis et du Canada. Il faut replacer ce concept dans l'histoire des idées et de la littérature de la Martinique. En effet, à la fin du XIXe siècle, une cinquantaine d'années après l'abolition de l'esclavage, surgit le premier courant littéraire antillais que l'on peut qualifier de manière neutre de "régionaliste" ou de manière critique de "doudouiste" avec des poètes tels que Daniel Thaly ou Osman Duquesnay. Ensuite, dans les années 1930, et cela jusqu'aux années 1960, régnera le mouvement de la Négritude d'Aimé Césaire, suivi de 1960 à 1985 par le mouvement de l'Antillanité d'Édouard Glissant. La Créolité est donc le dernier né des mouvements littéraires martiniquais.

Au contraire du régionalisme, la Créolité chante la totalité du réel antillais et pas seulement la mer bleue, le sable blanc et les colibris. Elle s'intéresse aux quimboiseurs, aux djobeurs, aux coupeurs de canne, aux femmes de mauvaise vie, etc., brisant ainsi le cliché des îles paradisiaques. Au contraire de la Négritude, la Créolité écarte toute connotation raciale ou raciologique : "créole" vient du latin creare qui signifie "créer/se créer" et désigne les nouvelles réalités des Amériques suite à la conquête européenne, en particulier dans l'archipel des Antilles. Au contraire de l'Antillanité, la Créolité ne se résume pas à ce seul archipel puisqu'elle vise, dans un premier temps, à englober les zones créolophones des îles du Cap Vert et de l'océan Indien (Maurice, Seychelles, Réunion), puis dans un second temps, les populations mixtes apparues dans les banlieues des grandes métropoles du monde occidental (Paris, Londres, New-York etc...).

Après ses études de Sciences politiques et d'anglais à Aix-en-Provence (France), Raphaël Confiant part, en 1974, enseigner l'anglais pendant un an en Algérie où il rencontre l'écrivain Daniel Boukman. Puis, il rentre à la Martinique où il militera dans le mouvement d'obédience nationaliste "Les Patriotes non-alignés" avant d'intégrer le MODEMAS (Mouvement des Démocrates et Ecologistes Martiniquais pour la Souveraineté) dont il deviendra le vice-président, le président étant Garcin Malsa, l'actuel maire de la ville de Saint-Anne. Il quittera ce mouvement pour celui dénommé "BATIR LE PAYS MARTINIQUE", organisation autonomiste dirigée par l'actuel maire du Lamentin, Pierre Samot, avant d'en démissionner au début des années 2000 avec une quinzaine d'autres membres parmi lesquels Louis Boutrin. Depuis lors, Raphaël Confiant est un militant souverainiste sans affiliation partisane particulière mais il a pris une part active dans la campagne de la consultation référendaire du 10 janvier 2010 sur un éventuel octroi de l'autonomie à la Martinique, consultation qui a été perdue par les partisans du "OUI" dont l'écrivain faisait partie.

Raphaël Confiant est aussi un militant journalistique et écologique de la première heure. Au plan journalistique, il a participé à la création de GRIF AN TE, d'ANTILLA, de KARIBEL, de LA TRIBUNE DES ANTILLES. Au plan écologique, il a été parmi les fondateurs de l'ASSAUPAMAR (Association pour la Protection de l'Environnement de la Martinique) et est actuellement membre de l'association "ECOLOGIE URBAINE". Il est aujourd'hui membre du comité directeur du mouvement "Bâtir le Pays Martinique"

En 2007, avec Louis Boutrin, il publiera deux livres pour dénoncer l'empoisonnement des terres antillaises par un dangereux pesticide utilisé dans les bananeraies, le chlordécone : Chronique d'un empoisonnement annoncé et Chlordécone : 12 mesures pour sortir de la crise.

Proche du mouvement des Indigènes de la République , il soutient en 2008 leur appel à la Marche décoloniale du 8 mai et appelle en janvier 2009 les « différents gouvernements à rompre sans délai toute relation diplomatique avec l’entité sioniste » suite à la guerre de Gaza de 2008-2000.

 

Extrait

Visite de De Gaulle à la Martinique en 1960

"Un grand vent parcourut le bourg de Grand-Anse, annonçant la venue d'un homme que nous portions tous dans notre coeur sans le connaître et mettant un baume sur ce qui d'habitude désagrémente notre existence. La première à claironner la nouvelle fut l'ancienne femme du Syrien qui, bien que tombée dans la plus extrême malaisance, entretenait toujours quelque rapport avec sa parentèle émigrée à la ville. Elle farauda à la Rue-Devant, plus haillonneuse et gueusarde que jamais, une pipe en terre à moitié allumée à la bouche :

"La Madone n'a pas pu guérir mon gros-pied, messieurs et dames de la compagnie, tellement le quimbois que des nègres méchants m'ont envoyé était puissant mais aujourd'hui, qu'ils tremblent dans leur caleçon ! Je serai la première à le toucher après monsieur le préfet et là, je serai guérie. Guérie !"

Ces propos plongèrent les galope-chopine des bars de la Rue-Derrière dans une rude perplexité. certains émirent la supposition que le pape lui-même s'apprêtait à fouler le sol de la martinique ; d'autres, plus modestes, penchaient pour quelque Monseigneur de France ou de navarre. Pas un qui songeât à Papa de Gaulle alors que la plupart avaient rejoint ses troupes à l'île de la Dominique au péril de leur vie.

"N'écoutez pas cette négresse-là, rigola Dachine. Elle cherhce à affrioler un homme parce que cela fait bien quinze ans qu'elle n'a pas été chevauchée.

- Hé ! Qui veut partir en bordée avec cette cochonne ? Allons, un peu de courage, les hommes, il suffira tout juste de la savonner et de vous laisser ensorceler par sa douceur", lui rétorque-t-on.

Toutefois, lorsque, le lendemain, on découvrit que la bougresse s'était coiffée, lavée, habillée de manière pimpante d'une robe de calicot moiulante et surtout qu'elle avait peinturé ses lèvres en rouge, le monde comprit qu'elle ne bêtisait point."

17/07/2011

Jan KARSKI : "Mon témoignage devant le monde - Histoir d'un etat Clandestin"

Editions Robert Laffont - 2010

 

Résistant catholique Polonais, Jan Karski, de son vrai nom Jan Kozielewski, a assité à la mise en place de la solution finale et il fut un des premiers à en parler. Il est l'auteur du Rapport Karski sur le gouvernement clandestin polonais et sur la réalité de la Solution finale. Rapport livré aux puissances occidentales durant la Seconde Guerre Mondiale. C'est à Washington, qu'en 1943, il fit le récit de ce qu'il avait vu dans le ghetto de Varsovie que la Résistance Juive du ghetto lui avait fait visiter, mais aussi au camp d'Izbica Lubelska où il avait été déporté et d'où il s'était échappé.

Récit palpitant et passionnant de la réalité du vécu d'un Résistant qui nous décrit, sous couvert parfois ( lorsque le récit est écrit, en 1944,  la guerre n'est pas terminée), le détail de ce qu'est la vie d'un homme qui a choisi de ne pas accepter que son pays soit sous la botte de l'occupant, quel qu'il soit ! Comme il le dira lui-même, il fut "le premier membre actif de la résistance polonaise à avoir la chance de pouvoir publier ce que je sais de son histoire".

Silencieux durant de longues années après la publication de cet ouvrage, ce n'est qu'en 1981, à l'invitation d'Elie Wiesel, que l'ancien émissaire secret de la Résistance polonaise sortira de l'oubli. Il témoigne alors publiquement lors de la Conférence Internationale des libérateurs des camps de concentration. Il raconte comment il a tenté (vainement) d'alerter les puissances occidentales sur la réalité de la politique d'extermination menée par les nazis contre le peuple juif. Lors de cette intervention de 1981, il dira : " Quand la guerre s'est achevée, j'ai appris que ni les gouvernements, ni les leaders, ni les savants, ni les écrivains n'avaient su ce qu'il était arrivé aux Juifs. Ils étaient surpris. Le meurtre de six millions d'êtres innocents était un secret". Pourtant, lui, savait et leur avait dit, comme il en témoigne dans son ouvrage !

Ce livre doit se lire aussi à la lumière de cette terrible réalité : Karski savait et il a fait le travail que la Résistance polonaise lui avait confié, livrer la réalité aux occidentaux. Mais de qu'en avaient-ils tiré ? Quels enseignements ? Quelles décisions ? Quelles actions ?

Claude Landzmann fit de nouveau appel à la mémoire de Jan Karski pour son film "Shoah", en 1985. Ce témoignage permit à Karski de sortir de l'oubli dans son propre pays où son ouvrage était interdit. Il est depuis couvert d'honneur à travers tous les pays. Fait citoyen d'honneur d'Israêl en 1994, il avait été reconnu "Juste parmi les nations" en 1982. Après guerre, il s'engage dans le combat contre le communisme soviétique et enseigne les relations internationales à l'Université de Georgetown à Washington. Il devint citoyen des Etats-Unis en 1952. Il décède en 2000 à Washingtion D.C.

Extrait

"Deux jours plus tard, je me rendis au ghetto de Varsovie avec pour guide le leader du Bund accompagné par un combattant de la résistance juive. Les Allemands avaient, bien entendu, choisi le quartier le plus misérable de Varsovie comme emplacement du ghetto. Les maisons étaient délabrées et n'avaient pas plus de deux ou trois étages. Les rues étaient étroites, avec un semblant de pavé et de trottoir. De grandes brêches avaient été ouvertes dans cet alignement de masures par les bombardements allemands de septembre 1939 et on voyait encore, ça et là, des amas de décombres. Un mur de briques d'environ huit pieds de haut avait été construit autour de cet espace désolé dont les "Aryens" avaient été évacués et où plus de quatre cent mille Juifs avaient été enfermés de force.

Je portais des vêtements usés et une casquette rabattue sur les yeux. Je m'efforçais de paraître le plus petit possible. A mes côtés, marchaient deux habitants typiques du ghetto, couverts de haillons, à demi morts de faim. Nous avions pénétré dans le ghetto par un passage secret.

A l'extérieur du mur se trouvait un large espace découvert qui faisait presque le tour du ghetto. Une des maisons qui s'y élevaient était construite de telle sorte que sa porte d'entrée donnait dans le quertier aryen tandis qu'une porte de sa cave menait directement dans le ghetto. Cette maison de la rue Muranowska permit à beaucoup de Juifs de rester en contact avec le monde extérieur. A condition d'être très prudent et de connaître parfaitement le dédale des caves, c'était relativement aisé. En vérité, en ce temps-là, cette maison était devenue comme une version moderne du fleuve Styx, qui reliait le monde des vivants avec le monde des morts. Maintenant que le ghetto de Varsovie n'existe plus, maintenant qu'il a été détruit dans l'héroïque "défense" que mes amis en avaient promis, je peux évoquer cette maison et ses caves sans mettre quiconque en danger : d'autant qu'elle ne sert plus à rien.

Est-il encore nécessaire de décrire le ghetto de Varsovie après tout ce qu'on en a dit ? Etait-ce un cimetière ? Non, car ces corps se mouvaient encore, pris souvent d'une agitation violente ; ils étaient encore vivants, mais à part la peau qui les recouvrait, les yeux et la voix, il n'y avait plus rien d'humain dans ces formes palpitantes. Partout, c'était la faim, la souffrance, l'horrible puanteur des cadavres en décomposition, les plaintes déchirantes des enfants à l'agonie, les cris de désespoir d'un peuple se débattant dans une lutte effroyablement inégale."

 

La folie Xénophobe de l'UMP

Début juillet, l’UMP a dévoilé ses nouvelles propositions en matière d’immigration, à l’occasion d’une convention de ce parti. Le contenu des mesures soumises au débat confirme la surenchère répressive et xénophobe que la droite française alimente, depuis le débat sur l’Identité Nationale en passant par le discours anti Roms de Grenoble de Nicolas Sarkozy. La logique générale des propositions est d’entretenir une suspicion permanente envers les immigrés.

Reconduite au "pays des Droits de l'Homme" ....

Un des objectifs serait par exemple d’« Augmenter le taux effectif de reconduite dans les pays d’origine, par un renforcement de la capacité des centres de rétention administrative. La politique de reconduites à la frontière pourrait être plus efficace grâce à un conditionnement – au niveau européen – de l’aide au développement et de la délivrance de visas en fonction de la coopération des pays d’origine. » Et avant même d’avoir commis la moindre infraction, tout étranger est soupçonné à priori de vouloir déroger à la loi. Pour éviter cela l’UMP propose que « Dans le cas d’une demande de visa présentant un risque, les autorités consulaires françaises pourront proposer au demandeur de verser une caution. Cette caution ne serait restituée qu’au retour dans le pays d’origine, constaté par les autorités consulaires. »

Les propositions de la droite vont même jusqu’à vouloir « Assurer une meilleure répartition locale des nouveaux immigrants grâce à un partenariat entre commune, préfecture et les bailleurs sociaux pour équilibrer les origines nationales au sein d’une même zone. » Ce qui créerait un véritable arbitraire institutionnel où la destination des étrangers serait décidée par les administrations, très probablement en fonction des critères de « réussite économique » qui doivent diriger l’immigration choisie pour répondre aux besoins des bassins d’emplois locaux.

La logique de l’immigration choisie, à laquelle l’UMP veut associer patronat et syndicats doit aussi s’étendre à travers la généralisation des « Contrats d’Accueil et d’Intégration et faire payer aux employeurs de travailleurs immigrés une partie de ces contrats (formation linguistique et culturelle pour favoriser l’intégration). Conditionner les prestations sociales au respect des obligations scolaires et des obligations des Contrats d’Accueil et d’Intégration. »

L’UMP propose également de renforcer les dispositifs de contrôle et de surveillance des frontières à l’échelle européenne, de renforcer la coordination des politiques d’immigration. Mais elle met également en avant les dispositions qui réintroduisent de fait une logique de gestion de l’immigration à l’échelle nationale : « « muscler » Schengen en lui donnant un pilotage politique et mettre en place des critères d’évaluation et de contrôle des membres de cet espace commun. Un Etat qui ne respecterait pas les règles communes n’aurait pas vocation à rester membre de l’espace Schengen. » Ce qui illustre l’étendue de la crise de l’Union européenne, qui se développe aussi bien à l’échelle économique qu’à différents échelons institutionnels.

Cette convention, qui a pour objectif de mettre l’UMP en ordre de marche pour les échéances de 2012 témoigne de la fuite en avant délirante de dirigeants politiques, de plus en plus illégitimes et rejetés par la population. Des surenchères xénophobes qui renforcent le Front National. Face à cela, la gauche doit s’opposer frontalement à cette politique et ne faire aucune concession sur ce terrain.

 

Communiqué de "Gauche Unitaire". 7/16/2011

 
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