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20/08/2011

Gregory Mcdonald : "Rafael, derniers jours".

Editions Fleuve Noir 1996. 1991 pour l'édition originale aux Etats-Unis, sous le titre "Brave"

 

Ce livre est une claque. Dès les premières pages il vous prend aux boyaux et ne vous lâche plus jusqu'à la dernière ligne. Et même, le livre refermé, ce personnage de Rafael continue à hanter le lecteur et sa conscience. Illettré, alcoolique eu dernier degré, père de trois enfants, sans travail ni perspective d'en avoir jamais, Rafael survit à Morgantown, un bidonville au bord d'une décharge publique. Nous sommes aux Etats-Unis à la fin du XXeme siècle, quelque part  à proximité de Big Dry Lake, en Arizona. Dans ce trou, en contrebas de l'autoroute, quelques familles survivent entre débrouille, alcool et quelques subsides tirés de la revente d'objets extraits de la décharge.

rafael derniers jours - leconseildulibraire

Au hasard d'une discussion de bistrot, Rafael apprend qu'un type recherche un volontaire pour tourner dans un film en échange de 30 000 dollars. Mais il s'agit de jouer sa vie, ou plutôt sa mort dans un snuff film. Espérant sauver sa famille, Rafael accepte. Il ne lui reste plus que trois jours à vivre. Trois jours de galères, d'amour, de bonheur, d'espoir... et de misère humaine au-delà du tolérable. Trois jours au long desquels nous allons le suivre, l'accompagner plus exactement dans sa vie quotidienne.

Le roman est court, l'écriture concise, dans l'urgence de dire mais toute en finesse sans grossir le trait. Il est surtout d'une grande actualité. Nous sommes là dans le réel de l'Amérique de Reagan et de Bush, cette Amérique de la bonne conscience qui refuse de regarder ceux qui sont restés au bord du chemin. Et pourtant, après la crise des subprimes, combien sont-ils aujourd'hui, les laissés pour compte du rêve américain ? Les scènes les plus violentes ne sont pas celles qui décrivent ce que va subir Rafael pendant le tournage du film, mais bien celles décrivant la violence sociale dont il est victime. Pour ce roman Gregory Mcdonald a reçu en 1997 le Trophée 913 du meilleur roman étranger et Jean françois Merle, la même année, le Trophée 813 du meilleur traducteur.

Ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par et avec Johnny Depp dans le rôle principal et Marlon Brando, sous le titre "Brave". Un ratage total. Plein de lourdeurs, avec un Johnny Depp bien trop lisse pour le rôle. Fuyez le film, précipitez-vous sur le livre !

 

L'auteur

Gregory Mcdonald est né le 15 février 1937 dans le Massachusetts, à Shrewsbury et décédé le 7 septembre 2008 à Pulasky dans le Tennessee.

Il étudie à Harvard avant d'entre au  Boston Globe où il restera  pendant sept ans (1966-1973) avant de se consacrer à la littérature.

Son premier roman, Running Scared, publié en 1964 à l'âge de 27 ans, ayant été très controversé, Mcdonald ne publie le second, Fletch, qu'en 1974. La série des 'Fletch', centrée autour du détective Fletcher, compte huit autres titres, publiés entre 1976 à 1986, tous traduits en français.

Mcdonald a publié d'autres romans policiers (les séries des FlynnSon of Fletch et Skylar) et des romans généralistes, pour la plupart inédits en français.

Le public anglo-saxon connaît surtout Gregory Mcdonald grâce au personnage de Fletcher. Les deux premiers romans de la série ont obtenu lePrix edgar Allan Poe en 1975 et 1977, et l'acteur Chevy Chase a par deux fois incarné Fletcher à l'écran.

En France, son roman le plus lu est sans doute Rafael, derniers jours. Il fut président des Mystery Writters of America et est l'auteur d'une trentaine de romans.

 

Extrait

"En gravissant la butte, hors de vue de Morgantown, Rita et Rafael se tenaient par la main. Il serrait le plastique sous son bras.

Tout en marchant, Rafael réfléchissait à lui-même, à cet endroit, et à ses habitants. Quand il était enfant, s'il y avait une bière ou la moitié d'une bière qui traînait, il la buvait. Si on avait un alccol plus fort sous la main - presque toujours de la vodka - et si quelqu'un tombait ivre mort avant d'avoir terminé la bouteille, il s'asseyait n'importe où et buvait au goulot jusqu'à ce que lui aussi soit ivre mort. S'il en restait, il partageait avec ses frères et ses amis. Et eux aussi, sans cesse, buvaient tout ce qu'ils pouvaient trouver. Il ne se souvenait pas quand cela avait commencé ; il ne se souvenait pas ne l'avoir jamais fait. C'était sa vie, tout comme ses yeux qui le cuisaient constamment, ses migraines ininterrompues, les plaques sur sa peau, son nez qui coulait, sa toux chronique, ses articulations douloureuses, les lendemains difficiles. Les désagréments de la gueule de bois allaient de pair avec ceux que provoquait le manque d'alcool. Il savait très bien que ses yeux le bruleraient, qu'il aurait la migraine, que sa peau le gratterait, que son nez coulerait, que ses articulations seraient douloureuses, qu'il n'y avait plus de futur quand il avait bu, mais quand il était en train de boire ou quand il était ivre, toutes ces sensations étaient moins fortes.

Il ne s'en souvenait pas. Non, la plupart des gens qu'il croisait à Big Dry lake n'avaient ni le nez ni les yeux qui coulaient, ils n'avaient pas d'allergies visibles, ils n'éternuaient ou ne toussaient pas constamment, et ils ne semblaient pas bourrés. La plupart d'entre eux avaient un boulot. Et ils ne vivaient pas ici, ici, dans cet endroit qui s'appelait Morgantown.

Et la plupart savaient, ou croyaient savoir, de quoi serait fait leur avenir.

Pour la première fois, Rafael prenait conscience de tout cela.

Il sentait maintenant qu'il contrôlait enfin sa vie, et même sa propre mort. Il en éprouvait un immense soulagement."

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