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28/08/2011

Andrée CHEDID : "A la mort, à la vie"

Editions Flammarion - 1992

 

Il s'agit d'un recueil de 17 nouvelles publiées dans diverses revues (Autrement, Brèves, Serpent à Plumes, Nouvelles Nouvelles, Mediterraneants, Triolet...) par Andrée CHEDID. Entre ironie et tragédie, André CHEDID, l'air de rien, plante le décor d'un monde assez désenchanté où seuls le plaisir des mots et l'espoir en une humanité meilleure semblent surnager.

Les nouvelles sont d'une grande simplicité de construction mais c'est ce qui les rend si fortes, si touchantes. Tranches de vie, situations dramatiques, simple plaisir des mots font le terreau de l'écriture de la poétesse Andrée CHEDID. C'est toujours un très grand plaisir de se plonger dans ces courts textes qui nous mènent  de France au Liban, en passant par l'Egypte ou la Palestine occupée. L'âne Saf-Saf dernier compagnon de l'ancêtre dont les enfants sombrent dans la cupidité, la rencontre de Wallace et Pauline, le gardien de phare et son histoire tragique, la femme en rouge et son terrible secret, l'amour de deux frères que nul ne saura séparer, le soldat Israélien embarqué dans une expédition punitive impossible à concevoir, etc... La mort est là, qui rode dans chacune de ces nouvelles mais la vie est souvent la plus forte. Pas toujours malheureusement ...

Entre vie intérieure et rapport au monde marqué d'humanisme, les textes d'Andrée CHEDID sont comme autant de traces des travers et de la grandeur des hommes. Un vrai plaisir de lecture.

 

L'auteur


Née au Caire le 20 mars 1920, d'une famille d'origine libanaise, l'écrivain était partie vivre au Liban à l'âge de 22 ans, avant de s'installer à Paris en 1946. Licenciée de lettres de l'université américaine du Caire, élevée dans trois langues, l'arabe, l'anglais et le français, elle écrit très jeune de la poésie et publie ses premiers textes en anglais, avant de choisir le français. Poète de Double pays, titre d'un de ses recueils, Andrée Chedid concevait son art comme l'expression à la fois d'une vie intérieure et d'un rapport au monde.

Dès 1952, avec Le Sommeil délivré, elle choisit de s'exprimer aussi à travers le roman. Inspirée de son Orient natal, son œuvre romanesque campe, dans un style à la fois sobre et lyrique, des drames individuels et collectifs, pour dire sa foi en l'homme : La Cité fertile (1972), Les Marches de sable (1981), La Maison sans racines (1985), L'Enfant multiple (1989), Le Message (2000).

Deux de ses célèbres romans, Le Sixième Jour (1960) et L'Autre (1969) ont été portés à l'écran. Son œuvre, extrêmement variée (elle a publié des recueils de poésie, des romans, des livres pour enfants, écrit des pièces de théâtre et aussi des chansons pour son fils chanteur Louis et son petit-fils Matthieu) est inspirée en partie par sa double attache orientale et française.

Andrée Chedid a publié au total une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles, et ses poèmes sont réunis dans deux volumes : Textes pour un poème (1949-1970) et Poèmes pour un texte (1970-1991). Elle a reçu de très nombreux prix littéraires, notamment l'Aigle d'or de la poésie (1972) et le Goncourt de la nouvelle en 1979 pour Le Corps et le Temps. Officier de la Légion d'honneur, elle était mariée au professeur Louis Antoine Chedid.

 

Extrait

 

"Nous étions cinq, ce matin-là. Cinq jeunes militaires de dix-huit à vingt-deux ans, casqués, bottés, en uniforme kaki, le fusil-mitrailleur en bandouillère. Les yeux sans cesse mobiles et fureteurs, nous arpentions à longueur de journée les ruelles, poussant parfois une porte du bout du canon pour surprendre ceux qui préparaient un mauvais coup.

Une fois de plus, la ville traversait une période de tension. L'avant-veille, un attentat avait fait un mort et six blessés ; une patrouille avait surpris puis capturé le poseur de bombe.

- Ces salauds, je leur ferai payer, vociféra le chef.

Se dirigeant vers la proche banlieue, il avançait à grandes enjambées, à la tête de notre groupe. De temps en temps, il se retournait :

- Dépêchez-vous ! Il faut leur faire peur très vite. Ca les empêchera de recommencer.

- On a déjà capturé le coupable, répliquai-je.

- Il a tout avoué durant l'interrogatoire. Nous savons où se trouve sa maison ; nous y allons !

- Pour quoi faire, puisque l'homme est derrière les barreaux ?

Sans ralentir la marche, le chef, me fixant par dessus son épaule, hocha la tête ; il n'avait que faire de mes arguments !  De petite taille, notre capitaine se haussait du buste à chaque mouvement. Son ceinturon, trop serré, faisait ressortir l'embonpoint des hanches qui s'évasaient à partir d'un dos étriqué. Sa casquette, très enfoncée sur la tête, dissimulait son front, ses yeux. Son col toujours boutonné, ses manches jamais retroussées, il ne découvrait ni son cou ni ses bras, même en temps de repos. On aurait dit que la partie charnelle de son apparence, celle qui ne relevait pas de l'empreinte militaire, le gênait et qu'il cherchait - se greffant à sa fonction - à n'être qu'un uniforme, qu'un équipement.

- Toi, David, arrête de poser des questions. Obéis aux ordres, comme les autres, me lança-t-il.
Le chef avançait en martelant le sol, en soulevant des nuages de poussière dans lesquels nous nous engloutissions à sa suite. Sa voix se fit tonitruante :

- Où cela mène-t-il d'hésiter, de discuter ? Nulle part ! Crois-moi, David, un jour c'est à toi qu'on finira par poser des questions. L'indignation lui coupait le souffle ; il s'immobilisa durant quelques secondes et me fit face :

- Enfin, avec qui es-tu ? Peux-tu me le dire ?

- Tantôt ici, tantôt là-bas... Avec la justice murmurai-je."

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