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28/08/2011

Andrée CHEDID : "A la mort, à la vie"

Editions Flammarion - 1992

 

Il s'agit d'un recueil de 17 nouvelles publiées dans diverses revues (Autrement, Brèves, Serpent à Plumes, Nouvelles Nouvelles, Mediterraneants, Triolet...) par Andrée CHEDID. Entre ironie et tragédie, André CHEDID, l'air de rien, plante le décor d'un monde assez désenchanté où seuls le plaisir des mots et l'espoir en une humanité meilleure semblent surnager.

Les nouvelles sont d'une grande simplicité de construction mais c'est ce qui les rend si fortes, si touchantes. Tranches de vie, situations dramatiques, simple plaisir des mots font le terreau de l'écriture de la poétesse Andrée CHEDID. C'est toujours un très grand plaisir de se plonger dans ces courts textes qui nous mènent  de France au Liban, en passant par l'Egypte ou la Palestine occupée. L'âne Saf-Saf dernier compagnon de l'ancêtre dont les enfants sombrent dans la cupidité, la rencontre de Wallace et Pauline, le gardien de phare et son histoire tragique, la femme en rouge et son terrible secret, l'amour de deux frères que nul ne saura séparer, le soldat Israélien embarqué dans une expédition punitive impossible à concevoir, etc... La mort est là, qui rode dans chacune de ces nouvelles mais la vie est souvent la plus forte. Pas toujours malheureusement ...

Entre vie intérieure et rapport au monde marqué d'humanisme, les textes d'Andrée CHEDID sont comme autant de traces des travers et de la grandeur des hommes. Un vrai plaisir de lecture.

 

L'auteur


Née au Caire le 20 mars 1920, d'une famille d'origine libanaise, l'écrivain était partie vivre au Liban à l'âge de 22 ans, avant de s'installer à Paris en 1946. Licenciée de lettres de l'université américaine du Caire, élevée dans trois langues, l'arabe, l'anglais et le français, elle écrit très jeune de la poésie et publie ses premiers textes en anglais, avant de choisir le français. Poète de Double pays, titre d'un de ses recueils, Andrée Chedid concevait son art comme l'expression à la fois d'une vie intérieure et d'un rapport au monde.

Dès 1952, avec Le Sommeil délivré, elle choisit de s'exprimer aussi à travers le roman. Inspirée de son Orient natal, son œuvre romanesque campe, dans un style à la fois sobre et lyrique, des drames individuels et collectifs, pour dire sa foi en l'homme : La Cité fertile (1972), Les Marches de sable (1981), La Maison sans racines (1985), L'Enfant multiple (1989), Le Message (2000).

Deux de ses célèbres romans, Le Sixième Jour (1960) et L'Autre (1969) ont été portés à l'écran. Son œuvre, extrêmement variée (elle a publié des recueils de poésie, des romans, des livres pour enfants, écrit des pièces de théâtre et aussi des chansons pour son fils chanteur Louis et son petit-fils Matthieu) est inspirée en partie par sa double attache orientale et française.

Andrée Chedid a publié au total une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles, et ses poèmes sont réunis dans deux volumes : Textes pour un poème (1949-1970) et Poèmes pour un texte (1970-1991). Elle a reçu de très nombreux prix littéraires, notamment l'Aigle d'or de la poésie (1972) et le Goncourt de la nouvelle en 1979 pour Le Corps et le Temps. Officier de la Légion d'honneur, elle était mariée au professeur Louis Antoine Chedid.

 

Extrait

 

"Nous étions cinq, ce matin-là. Cinq jeunes militaires de dix-huit à vingt-deux ans, casqués, bottés, en uniforme kaki, le fusil-mitrailleur en bandouillère. Les yeux sans cesse mobiles et fureteurs, nous arpentions à longueur de journée les ruelles, poussant parfois une porte du bout du canon pour surprendre ceux qui préparaient un mauvais coup.

Une fois de plus, la ville traversait une période de tension. L'avant-veille, un attentat avait fait un mort et six blessés ; une patrouille avait surpris puis capturé le poseur de bombe.

- Ces salauds, je leur ferai payer, vociféra le chef.

Se dirigeant vers la proche banlieue, il avançait à grandes enjambées, à la tête de notre groupe. De temps en temps, il se retournait :

- Dépêchez-vous ! Il faut leur faire peur très vite. Ca les empêchera de recommencer.

- On a déjà capturé le coupable, répliquai-je.

- Il a tout avoué durant l'interrogatoire. Nous savons où se trouve sa maison ; nous y allons !

- Pour quoi faire, puisque l'homme est derrière les barreaux ?

Sans ralentir la marche, le chef, me fixant par dessus son épaule, hocha la tête ; il n'avait que faire de mes arguments !  De petite taille, notre capitaine se haussait du buste à chaque mouvement. Son ceinturon, trop serré, faisait ressortir l'embonpoint des hanches qui s'évasaient à partir d'un dos étriqué. Sa casquette, très enfoncée sur la tête, dissimulait son front, ses yeux. Son col toujours boutonné, ses manches jamais retroussées, il ne découvrait ni son cou ni ses bras, même en temps de repos. On aurait dit que la partie charnelle de son apparence, celle qui ne relevait pas de l'empreinte militaire, le gênait et qu'il cherchait - se greffant à sa fonction - à n'être qu'un uniforme, qu'un équipement.

- Toi, David, arrête de poser des questions. Obéis aux ordres, comme les autres, me lança-t-il.
Le chef avançait en martelant le sol, en soulevant des nuages de poussière dans lesquels nous nous engloutissions à sa suite. Sa voix se fit tonitruante :

- Où cela mène-t-il d'hésiter, de discuter ? Nulle part ! Crois-moi, David, un jour c'est à toi qu'on finira par poser des questions. L'indignation lui coupait le souffle ; il s'immobilisa durant quelques secondes et me fit face :

- Enfin, avec qui es-tu ? Peux-tu me le dire ?

- Tantôt ici, tantôt là-bas... Avec la justice murmurai-je."

20/08/2011

Gregory Mcdonald : "Rafael, derniers jours".

Editions Fleuve Noir 1996. 1991 pour l'édition originale aux Etats-Unis, sous le titre "Brave"

 

Ce livre est une claque. Dès les premières pages il vous prend aux boyaux et ne vous lâche plus jusqu'à la dernière ligne. Et même, le livre refermé, ce personnage de Rafael continue à hanter le lecteur et sa conscience. Illettré, alcoolique eu dernier degré, père de trois enfants, sans travail ni perspective d'en avoir jamais, Rafael survit à Morgantown, un bidonville au bord d'une décharge publique. Nous sommes aux Etats-Unis à la fin du XXeme siècle, quelque part  à proximité de Big Dry Lake, en Arizona. Dans ce trou, en contrebas de l'autoroute, quelques familles survivent entre débrouille, alcool et quelques subsides tirés de la revente d'objets extraits de la décharge.

rafael derniers jours - leconseildulibraire

Au hasard d'une discussion de bistrot, Rafael apprend qu'un type recherche un volontaire pour tourner dans un film en échange de 30 000 dollars. Mais il s'agit de jouer sa vie, ou plutôt sa mort dans un snuff film. Espérant sauver sa famille, Rafael accepte. Il ne lui reste plus que trois jours à vivre. Trois jours de galères, d'amour, de bonheur, d'espoir... et de misère humaine au-delà du tolérable. Trois jours au long desquels nous allons le suivre, l'accompagner plus exactement dans sa vie quotidienne.

Le roman est court, l'écriture concise, dans l'urgence de dire mais toute en finesse sans grossir le trait. Il est surtout d'une grande actualité. Nous sommes là dans le réel de l'Amérique de Reagan et de Bush, cette Amérique de la bonne conscience qui refuse de regarder ceux qui sont restés au bord du chemin. Et pourtant, après la crise des subprimes, combien sont-ils aujourd'hui, les laissés pour compte du rêve américain ? Les scènes les plus violentes ne sont pas celles qui décrivent ce que va subir Rafael pendant le tournage du film, mais bien celles décrivant la violence sociale dont il est victime. Pour ce roman Gregory Mcdonald a reçu en 1997 le Trophée 913 du meilleur roman étranger et Jean françois Merle, la même année, le Trophée 813 du meilleur traducteur.

Ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par et avec Johnny Depp dans le rôle principal et Marlon Brando, sous le titre "Brave". Un ratage total. Plein de lourdeurs, avec un Johnny Depp bien trop lisse pour le rôle. Fuyez le film, précipitez-vous sur le livre !

 

L'auteur

Gregory Mcdonald est né le 15 février 1937 dans le Massachusetts, à Shrewsbury et décédé le 7 septembre 2008 à Pulasky dans le Tennessee.

Il étudie à Harvard avant d'entre au  Boston Globe où il restera  pendant sept ans (1966-1973) avant de se consacrer à la littérature.

Son premier roman, Running Scared, publié en 1964 à l'âge de 27 ans, ayant été très controversé, Mcdonald ne publie le second, Fletch, qu'en 1974. La série des 'Fletch', centrée autour du détective Fletcher, compte huit autres titres, publiés entre 1976 à 1986, tous traduits en français.

Mcdonald a publié d'autres romans policiers (les séries des FlynnSon of Fletch et Skylar) et des romans généralistes, pour la plupart inédits en français.

Le public anglo-saxon connaît surtout Gregory Mcdonald grâce au personnage de Fletcher. Les deux premiers romans de la série ont obtenu lePrix edgar Allan Poe en 1975 et 1977, et l'acteur Chevy Chase a par deux fois incarné Fletcher à l'écran.

En France, son roman le plus lu est sans doute Rafael, derniers jours. Il fut président des Mystery Writters of America et est l'auteur d'une trentaine de romans.

 

Extrait

"En gravissant la butte, hors de vue de Morgantown, Rita et Rafael se tenaient par la main. Il serrait le plastique sous son bras.

Tout en marchant, Rafael réfléchissait à lui-même, à cet endroit, et à ses habitants. Quand il était enfant, s'il y avait une bière ou la moitié d'une bière qui traînait, il la buvait. Si on avait un alccol plus fort sous la main - presque toujours de la vodka - et si quelqu'un tombait ivre mort avant d'avoir terminé la bouteille, il s'asseyait n'importe où et buvait au goulot jusqu'à ce que lui aussi soit ivre mort. S'il en restait, il partageait avec ses frères et ses amis. Et eux aussi, sans cesse, buvaient tout ce qu'ils pouvaient trouver. Il ne se souvenait pas quand cela avait commencé ; il ne se souvenait pas ne l'avoir jamais fait. C'était sa vie, tout comme ses yeux qui le cuisaient constamment, ses migraines ininterrompues, les plaques sur sa peau, son nez qui coulait, sa toux chronique, ses articulations douloureuses, les lendemains difficiles. Les désagréments de la gueule de bois allaient de pair avec ceux que provoquait le manque d'alcool. Il savait très bien que ses yeux le bruleraient, qu'il aurait la migraine, que sa peau le gratterait, que son nez coulerait, que ses articulations seraient douloureuses, qu'il n'y avait plus de futur quand il avait bu, mais quand il était en train de boire ou quand il était ivre, toutes ces sensations étaient moins fortes.

Il ne s'en souvenait pas. Non, la plupart des gens qu'il croisait à Big Dry lake n'avaient ni le nez ni les yeux qui coulaient, ils n'avaient pas d'allergies visibles, ils n'éternuaient ou ne toussaient pas constamment, et ils ne semblaient pas bourrés. La plupart d'entre eux avaient un boulot. Et ils ne vivaient pas ici, ici, dans cet endroit qui s'appelait Morgantown.

Et la plupart savaient, ou croyaient savoir, de quoi serait fait leur avenir.

Pour la première fois, Rafael prenait conscience de tout cela.

Il sentait maintenant qu'il contrôlait enfin sa vie, et même sa propre mort. Il en éprouvait un immense soulagement."

19/08/2011

Une révolution technologique : BOOK

21:30 Publié dans Faut rigoler | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : humour, book, technologie, livre | |  Facebook | |

18/08/2011

Ce n'est pas moi qui le dit !

15/08/2011

Léonardo PADURA : " Passé parfait"

 

Editions Métailié - 2001 pour la traduction française. Roman publié à la Havane en 1991.

La Havane, Cuba, hiver 1989. Un homme a disparu : Rafael Morin. Un  des pontes de l'industrie cubaine et du régime. Un homme encensé par tous, l'image parfaite du jeune Cubain dévoué à la cause de la Révolution qui a su monter les échelons du régime pour accéder aux plus hautes responsabilités. Homme comblé, ancien camarade de classe de Mario Conde mais aussi ancien rival qui lui a ravi la belle Tamara. Pour Mario Conde, chargé de mener l'enquête pour faire la lumière sur cette disparition, c'est un retour douloureux sur un temps disparu, celui de la jeunesse insouciante. C'est aussi un retour  sur une autre période  de l'histoire cubaine, celle du milieu des années 70, celle du Cuba prospère grâce au soutien du camp socialiste alors, qu'en cette fin de décennie 1980, avec la chute des pays socialiste de l'est européen, c'est le doute qui s'installe à la fois sur les perspectives économiques mais aussi sur l'avenir même du régime castriste.

Tout cela constitue la toile de fond, par petites touches, par de brèves allusions, du roman de Leonardo Padura. Un roman de la nostalgie, du temps qui passe, des occasions ratées et de l'amitié. Cette amitié entre Mario Conde et Carlos le Flaco, cloué sur son fauteuil roulant, entretenue à grandes rasades de rhum et de repas concoctés par Josephina, la mère du Flaco. Repas fantasmés par l'auteur dans un Cuba soumis aux restrictions alimentaires.

Ne cherchons pas dans les romans de Padura une critique lourde du régime castriste. Tout est en nuance. C'est le quotidien de la Havane qui est décrit au fil des pages mais aussi l'état d'esprit de ces Cubains qui survivent dans le souvenir le Révolution, qui ne comprennent pas que certains profitent de leur position au sein du régime pour, non pas s'enrichir car tout est relatif, mais  détourner le bien commun à leur profit et/ou fuire le pays.

On sort des romans de Padura avec regret. On voudrait que cela continue encore même si l'enquête est résolue. On voudrait  suivre Mario Conde lors de ses virées nocturnes dans les bars de la Havane, assister à ses discussions avec la Flaco sur les mérites ou les insuffisances de l'équipe locale de basse-ball, savoir comment va se terminer son histoire avec la belle Tamara. Le style incomparable de Padura nous relève de l'envoûtement. On y est bien et on ne veut pas en sortir. Et ce Mario Conde avec ses interrogations sur la vie, ses contradictions, ses incertitudes est si attachant. Sans nul doute l'un des plus beaux personnages de roman policier jamais créé.

Ce roman a reçu le prix des Amériques insulaires en 2002. C'est le premier volet d'une tétralogie intitulée "Les quatre saisons", constituée, outre Passé Parfait, par Electre à La Havane et L'Automne à Cuba, avant-dernier et dernier roman du projet.

 

L'auteur.

Leonardo Padura Fuentes est  né en 1955 dans le quartier populaire de la Mantilla à la Havane (Cuba) où il vit encore. Journaliste et écrivain, il est auteur de romans policiers dont le héros est le lieutenant Mario Conde. Ses textes sont subtilement profonds. Tous ses livres sont traduits en France aux éditions Métailié. Scénariste pour le cinéma, essayiste, nouvelliste, Leonardo Padura a trouvé avec le roman noir un genre tout indiqué pour distiller une vraie réflexion sur "ce pays si chaud et hétérodoxe où il n'y a jamais rien eu de pur", selon la formule de son impayable Mario Conde - un flic "hétérosexuel macho-stalinien", alcoolo et désabusé, vengeur des petits et des faibles, qui déboule en 1991 dans Passé parfait. "Leonardo nous a ouvert la porte, estime son ami le journaliste et écrivain Amir Valle. Il nous a fait comprendre que nous pouvions écrire sur des questions quotidiennes taboues, avec honnêteté, sans verser dans le racolage. » (Cuba les masques L'EXPRESS 23/02 au 01/03/2011). Leonardo Padura est un enfant rebelle de la révolution castriste. Il en a accepté la discipline, il est parti couper la canne à sucre chaque année et est allé couvrir la guerre en Angola, en 1985, comme journaliste pour Juventud Rebelde. Il a ensuite vu le mur de Berlin tomber, « puis l’Urss, et tout s’est arrêté. Tous nos rêves se sont évanouis, nous avons dû faire l’apprentissage d’une nouvelle survie. La seule chose qui reste des trente ans de présence soviétique, ce sont des prénoms, Vladimiro ou Karina.» Ni dissident, ni complaisant, Leonardo Padura tient un discours courageux, et prend les mêmes risques dans ses livres, où on ne peut guère le prendre en défaut.

Mais comment fait-il pour suivre cette voie étroite sans tomber dans aucun des travers de l’opposition frontale, ni dans la moindre facilité complice ? « Chaque fois que j’écris, je fais attention pour que rien ne puisse être utilisé politiquement, ni en faveur, ni contre le régime cubain. J’essaie de donner une vision sociale qui soit l’expression de ce que les gens sentent, et qu’ils ne sont pas toujours en mesure d’exprimer. C’est pourquoi j’habite ici, loin du centre, loin du Malecon et de la mer, pour être plus proche de mes compatriotes. » Et du cœur de Cuba.

Leonardo Padura Fuentes Sebastian Faulks at the 2008 Festival Della Letteratura, Mantona Italy.

 

Extrait

 

"Une fois satisfaite l'envie pressante d'eau froide qui l'avait sorti di lit, le Conde commença cette matinée du dimanche en évoquant avec plaisir le souvenir de son grand-père. Le dimanche, c'était le jour des combats dans les enceintes les plus fréquentées du public. C'est pour des raisons comme celle-là qu'il aimait le dimanche matin. Pas l'après-midi, interminable et vide après la sieste, quand il se sentait fatigué et encore somnolent jusqu'au soir ; pas non plus le soir, où tout était bondé. La maison du Flaco demeurait son éternel refuge. Mais quelque chose en particulier rendait le dimanche soir dense et ennuyeux : il n'y avait même plus de match de bass-ball et la menace palpable du lundi entravait l'éventualité de s'accrocher à une bouteille de rhum. Ce n'était pas le cas du matin. Le dimanche matin, les gens du quartier flânaient dans les rues en effervescence, comme dans cette nouvelle qu'il avait écrite lorsqu'il était au lycée. On pouvait parler avec tout le monde. les amis et les parents qui vivaient ailleurs venaient toujours voir la famille, et il devenait même possible de monter une équipe de bass-ball à main nue : on finissait les doigts enflés, haletant pour arriver à la première base. On pouvait encore organiser une partie de dominos, ou simplement discuter au coin de la rue, jusqu'à ce que le soleil chasse tout le monde. Mario Conde, mû par un sentiment ancestral qui échappait à la raison, et du fait du nombre de dimanches qu'il avait passé avec son grand-père Rufino ou avec sa bande de vauriens joueurs de bass-ball, jouissait comme aucun de ses amis de cette oisiveté dominicale dans le quartier. Après avoir pris son café, il sortait acheter le pain et le journal ; généralement, il ne rentrait pas avant l'heure tardive du déjeuner. Les femmes de sa vie n'avaient jamais compris ce rituel immuable et contrariant : mais enfin il n'y a pas moyen que tu passes un seul dimanche à la maison ! protestaient-elles. Avec la quantité de choses qu'il y a à faire. Mais le dimanche pour le quartier, leur disait-il sans laisser place à la discussion. C'est la réponse qu'elles reprenaient lorsque, plus tard, un ami demandait : Et Condé, il est sorti ?

Ce dimanche-là, il se leva avec la soif d'un dragon dont le feu viendrait de s'éteindre et le souvenir de son grand-père en tête. Il sortit sous le porche après avoir déposé la cafetière sur le fourneau. Il portait encore son pantalon de pyjama et un vieux manteau molletonné ; il observait les rues, plus tranquilles que certains autres dimanches, à cause du froid. Le ciel s'était dégagé pendant la nuit, mais une brise gênante et coupante soufflait. Il calcula qu'il devait faire moins de seize degrés, et que ce serait peut-être la matinée la plus froide de l'hiver. Comme d'habitude, il regrettait de devoir travailler un dimanche. Il se souvint que ce jour-là il avait prévu de voir le Conejo et ensuite de déjeuner chez sa soeur. De la main il salua Cuco, le boucher : Comment va la vie, mon petit Conde ? lui aussi avait du travail en ce dimanche matin."


05/08/2011

Escapade dans le Dauphiné.

 

Après notre virée en Italie au mois de juillet, nous sommes partis pour une courte escapade, en ce mois d'août, dans le Dauphiné, entre les villages médiévaux de Crémieu (Isère) et de Pérouges (Ain).

Le village de Crémieu est situé à proximité de Lyon. Donc à la limite nord-ouest du département de l'Isère. Les monuments, nombreux, témoignent du riche passé historique de cette petite ville qui mérite un détour, hors des sentiers battus.

En entrant dans la vieille ville, nous nous retrouvons sur une place où se cotoient la mairie, l'office du tourisme, quelques restaurants et cette curieuse construction qui n'est n'est rien d'autre qu'une fontaine à balancier construite en 1823 en l'honneur du Duc d'Angoulème, dernier Dauphin de France, sur l'emplacement d'un puits médiéval. On remarque le système de balancier à la droite de la fontaine.

 

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En portant nos regards sur la droite de la place, nous nous trouvons face au couvent des Augustins dont la cloître date du XVII eme siècle.

 

 

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Fondé en 1317, il fut ensuite aggrandi. A la Révolution Française, le cloître servit de prison !

 

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L'église attenante, ancienne chapelle du convent, est intéressante par les fresques qu'elle enferme, mises à jour récemment. Ces fresques augustiniennes, de l'avis des experts, sont uniques en France.

 

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En passant par les petites ruelles aux façades médiévales ( belles maisons et anciennes échoppes), puis en empruntant des escaliers serpentant entre les jardins, on arrive au Château delphinal. Construit au XIIIeme siècle, réédifié au XIVeme siècle, aujourd'hui propriété privée, il ne se visite pas. Il possède la spécificité d'être à l'intérieur des remparts de la ville et non à l'extérieur comme c'est la plupart du temps le cas.

 

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De l'entrée (fermée) du château, belle vue sur les toits de l'église et du couvent des Augustins.

 

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En redescendant par les petites ruelles, nous nous retrouvons face à la magnifique halle de Crémieu. Avec le développement de la ville basse et de l'activité économique du bourg, le besoin de la construction d'une halle pour accueillir le marché se fit sentir. La construction, du XVeme siècle, abrite encore le marché le mercredi matin. C'est la deuxième de France par son importance : 1200 m2.

 

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A l'époque elle servait d'entrepos et de marché régulateur aux grains. D'ailleurs il reste les traces visibles de cette activité dans une partie de la halle : les auges, vasques creusées dans la pierre, utilisées comme mesures à grain.

 

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Une porte ouverte, un couloir sombre, un peu de curiosité et on découvre une cour intérieure avec cette magnifique architecture.

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Les remparts, vus de l'extérieur intègrent la façade de l'ancien couvent (aujourd'hui mairie) et l'église en une belle unité.

 

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Il semble bien que l'origine de Crémieu remonte à la construction, sur la colline Saint Hyppolite, d'un prieuré bénédictin au XIIeme siècle. Il n'en reste plus aujourd'hui que des ruines. Mais c'est un lieu de promenade agréable ...

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... qui offre une très belle vue sur le bourg de Crémieu : la ville basse, le château et l'église.

 

 

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Avant de quitter Crémieu, deux adresses recommandables.

Un restaurant, tout d'abord : Tante Agathe. Situé dans les remparts, à côté de la Mairie, face à la fameuse fontaine à balancier, ce petit restaurant propose une cuisine plus provençale (avec l'accent) que dauphinoise mais de bon goût et à un prix abordable. Le personnel est sympathique ce qui ne gâche rien...

Une fabrique de bières  : "Les Ursulines".

Installée dans l'église désaffectée de l'ancien couvent des Ursulines, elle propose une gamme de bières assez complète allant d'une très légère blonde, an passant par une blanche que j'ai trouvée un peu fade, une ambrée et une brune. Pour ceux qui aiment les bières légères, ils y trouveront leur bonheur. En ce qui me concerne, seule la bière ambrée a satisfait mon palais. C'est la seule à avoir un certain caractère.

Le lieu vaut le détour. Il permet de déguster une  bière rafraîchissante après la visite du village et de découvrir un cadre bien aménagé. L'accueil y est très sympathique et les jeunes qui vous proposent la dégustation sont des passionnés...

Notre virée s'est poursuivie vers Pérouges. A une demi-heure de Crémieu mais dans l'Ain. Pérouges, classé parmi les "Plus Beaux Villages de France" mérite le détour. C'est un magnifique village médiéval extraordinairement conservé. Mieux, il n'est pas totalement occupé par les échoppes touritiques contrairement à d'autres villages de même type. Voici quelques photos de ce bel endroit ...

On entre à Pérouges par la Porte d'en haut et la beauté des habitations nous saisit.

 

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Chaque ruelle offre le même spectacle de ces maisons médiévales impeccablement conservées.... Que ce soit dans la Rue des Rondes qui fait le tour du village...

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ou dans les autres ruelles, telle la Rue des Princes ...

 

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Et en ce mois d'août, le moins que l'on puisse dire, c'est que les touristes ne se marchent pas dessus !

 

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On termine par le lieu central de Pérouges, la place du Tilleul où on peut se désaltérer, manger, acheter des souvenirs à des prix prohibitifs !

 

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On peut, bien entendu, y déguster la spécialité de Pérouges, la galette au sucre. Vendue au prix scandaleux de 17,60 euros ! Il s'agit d'une simple galette recouverte de sucre et de beuure et cuite au four, dont la recette aurait été inventée à l'Hostellerie de Pérouges en 1902. C'est bon avec un verre de cidre, mais cela ne justifie en rien ce prix ...

Photo de la galette au sucre

 

Nous avions prévu de dormir en chambre d'hôtes mais en cette période estivale, rien de libre. Il a bien fallu se rabattre sur l'hôtellerie traditionnelle. A Pérouges, c'est hors de prix. Nous voici donc à l'Hôtel "La Cour des Lys" à Meximieux, petite ville au pied de la colline de Pérouges. Installé dans ce qui semble être un ancien relai des Postes, les chambres y sont  à un prix abordable, mais bruyantes. Un parquet qui craque, des chambres mal insonnorisées, le bruit des cuisines jusqu'à fort tard ... Et un petit déjeuner moyen.

Autre problème, à Meximieux, au mois d'août, tout est fermé. Nous nous sommes donc replié sur le seul resto ouvert, dans le centre commercial Intermarché, à la Pizzeria "Pizzburger" où nous avons mangé correctement. La Cour des Lys faisait restaurant mais à des prix assez inabordables !

Nous ne garderons pas un souvenir inoubliable de cette soirée à Meximieux.

Le lendemain, départ pour La Balme les Grottes, pour la visite des ... grottes.

L'entrée imposante de la grotte est occupée par une petite chapelle édifiée au XIIIeme siècle.

 

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Les grottes de la Balme furent de tous temps un lieu de refuge. Des traces ont été retrouvées d'une présence préhistorique à l'époque des magdaléniens, soit entre 14000 et 10000 ans avant J.C., ainsi qu'une ossuaire chasséen ( 4300 à 3500 avant J.C.) et des objets datant de l'âge de fer (700 à 400 avant J.C.). Pour marquer cette présence, une reconstitution a été installée à l'entrée de la grotte.

 

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Des personnages célèbres sont également venus aux grottes de la Balme. Mandrin, le célèbre contrebandier du XVIIIeme siècle, s'y serait caché (?) et François 1er y est venu en pélerinage ( à la chapelle). Son passage est immortalisé par un peintre du XIXeme siècle qui a représenté le souverain à cheval en 1882. La peinture n'a fait l'objet d'aucun travail de rénovation. Elle s'est conservée en l'état dans l'une des salles obscures de la grotte.

 

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La visite dure 1h15 à travers les stalactites et stalagmites, les draperies et autres colonnes calcaires.

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Le voile de la mariée ...

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Le moine

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L'entrée de la rivière souterraine. C'est de là que les spéléologues partent effectuer leurs explorations. L'un d'entre eux y a d'ailleurs laissé la vie. A ce jour nul ne sait encore d'où vient cette rivière car personne n'est parvenu à remonter assez loin vers sa source. Au début du XXeme siècle, une barque conduisait les visiteurs pour une promenade sur cette rivière souterraine jusqu'à ce que l'une d'elle chavire et fasse 15 morts. Les visites embarquées furent alors abandonnées.

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L'une des grandes richesses de cette grotte réside dans la présence de gourds magnifiques, retenues deau naturelles formées par les concrétions calcaires.

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Souvenirs des temps où la région était recouverte pas une mer chaude, la présence de coraux sur les parois de la grotte.
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La grotte est habitée par une colonie de chauve-souris dont nous avons pu voir quelques specimens assez furtivement ainsi que par une sorte de crevette transparente qui vit dans les eaux de la grotte.
Après cette visite intéressante mais sportvie (plusieurs passages sont assez étroits et on monte et descend en permanence les escaliers), c'était l'heure du repas. A 50 mètres des grottes, un bon restaurant "Le Mandrin", spécialisé dans la cuisine des grenouilles est à recommander. Effectivement, les cuisses de grenouiilles y sont succulentes. Il propose aussi une salade au Saint Marcellin (fromage local) et des escargots bien cuisinés. Tout cela accompagné d'un vin blanc du Bugey ... Une bonne adresse, avec une belle terrasse ombragée, à l'entrée du village.

 
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