logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

02/10/2011

Didier DAENINCKX : "Hors Limites"

Editions Julliard - Colletion L'atelier Julliard, dirigée par Jean Vautrin - 1992

 

Cet ouvrage est composé de trois nouvelles d'une centaine de pages chacune : Hors Limite, Back Street et La Particule. Trois cités, trois banlieues, trois fleuves. Que ce soit au bord de la Seine, de la Tamise ou de l'Escaut la vie est dure pour les laissés pour compte de la société. Dans la jungle des villes, chacun y va de son propre instinct de survie pour nager dans ce monde où la mort rôde.  Il y a là des bandes de gamins mis au ban de la société, des Jamaïcains réfugiés au milieu d'autres exclus, tout un monde " hors limites ", un monde dur, âpre, violent et souvent généreux. De Saint Denis à Valenciennes, en passant par Londres, les personnages de ces trois nouvelles errent entre petits larcins, trafics en tous genres , le tout sur fond de rêve d'une vie meilleure.

Comme dans chacun de ses ouvrages, Didier Daeninckx nous propose des textes engagés au sens le plus noble du terme. Engagés dans leur temps, reflets de la noirceur sociale qui nous entoure, loin du nombrilisme ambiant des écrivains à succès. On comprend que la plus grande des violences, c'est bien celle de cette société à l'égard des exclus, des parias ...

Hors limites

 

L'auteur

Didier Daeninckx est né le 27 avril 1949 à Saint denis en seine Saint Denis (93) . Il est issu d'une famille modeste. Il prend résolument le parti d'orienter son œuvre vers une critique sociale et politique au travers de laquelle il aborde certains dossiers du moment (la politique des charters, le révisionnisme, etc.) et d'autres d'un passé parfois oublié (le massacre des Algériens à paris le 17 octobre 1961). Cette enquête historique le conduit parfois à quitter le domaine policier pour un réalisme social que souligne la sobriété de son style.


À 17 ans, il devient ouvrier imprimeur, puis animateur culturel et enfin journaliste local. C'est au cours d'une période de chômage qu'il écrit un premier roman qui passe complètement inaperçu, Mort au premier tour (1982), où l'on voit apparaître le personnage névrosé de l'inspecteur Cadin. Le second, Meurtres pour mémoire (1984) qui, bien avant le procès Papon, place sous les feux de la rampe la répression sanglante de la manifestation FLN du 17 octobre 19611, est en revanche bien accueilli. Cet ouvrage publié dans la Série Noire lui ouvre les portes de la notoriété.

Suivent la même année le Géant inachevé, toujours avec Cadin, dans lequel il s'attaque à la corruption du milieu politique, et Le der des der, dédié à son grand-père anarchiste et déserteur en 1917, où il dénonce la pratique du fusillé pour l'exemple. Dans Lumière noire (1987), où Cadin apparaît peu, il prend pour cible la politique de reconduction par charters des Maliens expulsés hors des frontières.

Au travers de ses nouvelles (En margeZapping), il trace une chronique douce-amère du monde contemporain, « un regard de localier » plus habitué des événements qui ne font pas la une des journaux, mais remplissent les colonnes de faits divers, quand ils ne passent pas complètement inaperçus (Yvonne, la madone de la Plaine).

Avec Le chat de Tigali (1988) il publie son premier livre pour la jeunesse, une histoire dénonçant le racisme.

Dans La mort n’oublie personne (1988), considéré comme son ouvrage le plus abouti, il s'éloigne du roman policier et raconte l'histoire tragique d'un jeune résistant condamné pour meurtre après la guerre. En 1990, Cadin est à bout de souffle et il se suicide dans Le Facteur fatal.

Le prix Paul Féval de Littérature populaire lui est attribué en 1994 pour l'ensemble de son œuvre. Ses romans sont aujourd'hui traduits dans une vingtaine de langues.

Avec Cannibale (1998), il réveille le souvenir des « zoos humains » de la Troisième République, en racontant l'histoire des Kanaks exposés comme des animaux dans un zoo lors de l'exposition coloniale de 19311. Il dit s'être intéressé à la Nouvelle Calédonie à la mort du leader indépendantiste Eloi Machoro. Il revient sur ce thème avec Le Retour d'Ataï (2002) qui évoque la revendication du peuple kanak de voir revenir au pays la tête du grand chef Ataï. Il parraine le Salon du Livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras.

Convaincu qu'en oubliant le passé, on se condamne à le revivre, Didier Daeninckx s'attache au problème de la mémoire historique en dénonçant avec obstination ce qu'il considère comme relevant du négationnisme. Il poursuit cette démarche hors de ses romans notamment dans le cadre d'Amnistia.net, un site internet « d'information et d'enquêtes », dont il est l'un des principaux animateurs.

Extrait

"Santos croisa le chenal juste avant le point kilométrique 35 et coupa le moteur dès qu'ils furent en vue des installations de stationnement des péniches méthanières. Il se tourna vers Eric et Gégé, étouffant sa voix.

- Sortez les rames. On va finir sans le moteur, à cause des rondes... De ton côté, Eric, soulève le plastique, elles sont sous les sièges, en deux morceaux.

Les lumières de la centrale électrique scintillaient, derrière le pont rails. Eric glissa la rame dans la fourche et attendit que Gégé soit prêt pour commencer à pagayer. Santos manoeuvrait la barre tandis que Chris scrutait le fleuve à plat ventre sur la proue, la tête au-dessus de l'eau noire. Ils virèrent à bâbord pour contourner la pointe du port pétrolier et accéder aux darses disposées comme les dents d'un peigne en fin de boucle. Les lampadaires éclairaient violemment les façades des entrepôts alignés au bord des quais. Au fond du site des projecteurs blancs découpaient la nuit, mettant en valeur le fronton du bâtiment de la direction et de celui des douanes. Une pancarte à moitié arrachée couinait au gré du vent et cognait contre le warf : "MM. les Mariniers sont priés de se présenter aux bureaux dès l'arrivée au port avec les documents de bord". Ils furent à découvert sur une centaine de mètres avant d'être masqués par le meccano géant bleu de la cimenterie et les pyramides de charbon. Les phares d'une voiture qui s'engageait sur la route de Môle Central balayèrent l'arrière des constructions, projetant leurs ombres étirées à la surface du canal qu'ils empruntaient. Ils posèrent les rames sur le caillabotis et laissèrent mourir la trajectoire du bateau contre les pneus protecteurs. Eric se dressa sur la pointe des pids.

- C'est là ton île Magique ?"

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique