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21/11/2011

J.M. Coetzee : "Disgrâce"

Editions du seuil - 2001. ( 1999 pour l'édition originale en Afriqe du Sud)

 

J.M. Coetzee a obtenu le Prix Nobel de littérature quatre ans après la parution de ce roman. Après lecture, on peut penser que chef d'oeuvre n'a pas été pour rien dans l'obtention de cette distinction. Nous sommes à l'Université du Cap, en cette fin du XXeme siècle, où enseigne, sans beaucoup de passion ni de conviction, le professeur David Lurie, quinquagénaire, deux fois divorcé, qui comble ses besoins sexuels auprès d'une prostituée. C'est plus pratique ! Jusqu'au jour où il rencontre une de ses étudiantes, la séduit et entame une relation avec elle.

Mais la jeune étudiante l'accuse de harcèlement sexuel et David Lurie est contraint à la démission tout en rejetant toute notion de culpabilité. Il décide alors de se réfugier auprès de sa fille Lucy qui vit sur une petite exploitation dans la région du Cap-oriental. Une nouvelle vie commence loin des préoccupations citadines de son ancienne existance. Pourtant la retraite vire au drame. Coupable, la bourgeoisie sud-africaine l'est sans aucun doute et on ne tire pas un trait aussi facilement sur les crimes de l'apartheid.

Dans une Afrique du Sud libérée de l'apartheid mais pas de ses démons, où les anciennes victimes peuvent à leur tour se conduire en bourreaux, la culpabilité refusée par Lurie au Cap lui revient en plaine face comme en témoigne l'attitude de sa fille prête à accepter beaucoup pour expier les crimes passés de sa caste sociale...

Une écriture simple, sans disgression. On va à l'essentiel. Des dialogues ciselés à la perfection. Un roman sombre et prodigieux qui interroge la société sud-africaine post apartheid mais aussi nos certitudes sur la barrière parfois ténue entre le statut de victime et celui de coupable. Jusqu'où leur faut-il aller dans l'acceptation de l'inacceptable pour que les anciens bourreaux puissent espérer vivre avec leurs victimes ? Le destin de David Lurie préfigure-t-il celui de l'Afrique du Sud ? L'espoir réside-t-il dans la jeune génération prête à payer le prix fort pour avoir le droit de vivre, malgré tout, dans ce pays ?

Ce roman a été adapté au cinéma par Steve Jacobs avec John Malkovitch, qui interprêtait le rôle de David Lurie et Jessica Haines dans le rôle de Lucy. Le film a obtenu le prix de la critique internationale au Festival de Toronto en 2008.

 

L'auteur

John Maxwell Coetzee est né au Cap, en Afrique du Sud, le 9 Février 1940, l'aîné de deux enfants. Sa mère était une enseignante en école primaire. Son père a été formé comme un avocat, mais n'a pratiqué comme tel que par intermittence; au cours des années 1941-1945 il a servi avec les forces sud-africaines en Afrique du Nord et en Italie. Bien que les parents n'étaient pas d'origine britannique, la langue parlée à la maison était l'anglais.

Coetzee a reçu son éducation primaire à Cape Town et dans la ville voisine de Worcester. Pour ses études secondaires, il a fréquenté une école, au Cap, dirigée par un ordre catholique, les Frères Maristes. Il entra à l'université de Cape Town en 1957 où,  en 1960 et 1961, il a obtenu successivement un diplôme d' anglais et de mathématiques. Il a passé les années 1962-1965 en Angleterre,  comme programmeur informatique tout en faisant des recherches pour une thèse sur le romancier anglais Ford Madox Ford.

En 1963, il épousa Philippa Jubber (1939-1991). Ils ont eu deux enfants, Nicolas (1966-1989) et Gisela (n. 1968).

En 1965, Coetzee est entré à l'Université du Texas à Austin, et en 1968, a obtenu un doctorat en anglais, la linguistique et les langues germaniques. Sa thèse de doctorat portait sur ​​Samuel Beckett.

Pendant trois ans (1968-1971) Coetzee fut professeur adjoint d'anglais à l'Université d'État de New York à Buffalo. Après une demande de résidence permanente aux États-Unis refusée, il revient à l'Afrique du Sud. De 1972 à 2000, il occupe une série de postes à l'Université de Cape Town, le dernier d'entre eux en tant que professeur émérite de littérature.

Entre 1984 et 2003, il a également enseigné fréquemment aux États-Unis: à la State University de New York, l'Université Johns Hopkins, l'Université de Harvard, Stanford University et l'Université de Chicago, où pendant six ans, il a été membre du Comité des affaires sociales.

Coetzee a commencé l'écriture de fiction en 1969. Son premier livre, Dusklands, a été publié en Afrique du Sud en 1974. Au cœur du Pays (1977) a remporté l'AIIC Prix, et a été publié en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.Waiting for the Barbarians (1980 ) a été reconnu par la critique internationale. Sa réputation a été confirmée par Life & Times of Michael K (1983), qui a remporté en Grande-Bretagne, le Booker Prize. Elle a été confirmée par Foe (1986), l'âge du Fer (1990), Le Maître de Pétersbourg (1994), et Disgrâce(1999), qui remporta à nouveau le Booker Prize.

Coetzee a également écrit deux mémoires romancée, Boyhood (1997) et de la Jeunesse(2002). La vie des animaux (1999) est une conférence romancée, plus tard absorbée dans Elizabeth Costello (2003). Écriture blanche (1988) est un ensemble d'essais sur le Sud, la littérature et la culture africaines. Doubler le Point (1992) se compose de textes et d'entretiens avec David Attwell.  Shores Stranger (2001) recueille ses essais littéraires.

Coetzee a également été  traducteur du néerlandais et de la littérature afrikaans.

En 2002, ilémigre en Australie. Il vit avec sa compagne Dorothée  à Adélaïde, en Australie du Sud, où il occupe un poste honorifique à l'Université d'Adélaïde. Il obtint le Prix Noble de littérature en 2003, pour l'ensemble de son oeuvre.

 

Extrait

"Petrus a emprunté un tracteur. Où ? Il n'en a pas la moindre idée. Il y a attelé la vieille charrue à soc rotatif qui rouillait derrière l'étable depuis des années, bien avant Lucy. En quelques heures il a labouré toute sa terre. Tout ça vite fait, bien fait ; rien de commun avec l'Afrique. Au bon vieux temps, c'est-à-dire il y a dix ans, il aurait mis des journées entières avec une vieille charrue tirée par des boeufs.

Face à ce Petrus d'un genre nouveau, quelles chances Lucy a-t-elle de s'en sortir ? Petrus est arrivé comme homme à tout faire, pour bêcher, porter, arroser. Aujourd'hui, il est bien trop occupé pour ces travaux-là. Où Lucy va-t-elle trouver quelqu'un pour bêcher, porter et arroser ? Si on était dans une partie d'échecs il dirait que Lucy est échec et mat. Si elle était un rien raisonnable, elle laisserait tomber : elle irait au Crédit agricole, règlerait ses affaires, remettrait la ferme entre les mains de Petrus et reviendrait au monde civilisé. Elle pourrait ouvrir une pension pour chiens en banlieue ; elle pourrait envisager de prendre aussi des chats. Elle pourrait même reprendre ce qu'elle et ses amis faisaient aux beaux jours de leur vie de hippies : tissage traditionnel, ethnique, décoration de poteries, ethnique aussi, vannerie, ethnique toujours ; elle vendrait des perles de bois aux touristes.

Vaincue. Il n'est pas difficile d'imaginer Lucy dans dix ans d'ici : une femme trop grosse, le visage marqué de rides de tristesse, attifée de vêtements démodés depuis longtemps, parlant à ses chiens et chats, seule à table. Pas brillant comme vie. Mais cela vaudrait mieux que de passer ses journées à redouter l'agression suivante, quand les chiens ne suffiront pas à la protéger et que personne ne répondra à un appel téléphonique."

disgrace

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