logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

20/08/2011

Gregory Mcdonald : "Rafael, derniers jours".

Editions Fleuve Noir 1996. 1991 pour l'édition originale aux Etats-Unis, sous le titre "Brave"

 

Ce livre est une claque. Dès les premières pages il vous prend aux boyaux et ne vous lâche plus jusqu'à la dernière ligne. Et même, le livre refermé, ce personnage de Rafael continue à hanter le lecteur et sa conscience. Illettré, alcoolique eu dernier degré, père de trois enfants, sans travail ni perspective d'en avoir jamais, Rafael survit à Morgantown, un bidonville au bord d'une décharge publique. Nous sommes aux Etats-Unis à la fin du XXeme siècle, quelque part  à proximité de Big Dry Lake, en Arizona. Dans ce trou, en contrebas de l'autoroute, quelques familles survivent entre débrouille, alcool et quelques subsides tirés de la revente d'objets extraits de la décharge.

rafael derniers jours - leconseildulibraire

Au hasard d'une discussion de bistrot, Rafael apprend qu'un type recherche un volontaire pour tourner dans un film en échange de 30 000 dollars. Mais il s'agit de jouer sa vie, ou plutôt sa mort dans un snuff film. Espérant sauver sa famille, Rafael accepte. Il ne lui reste plus que trois jours à vivre. Trois jours de galères, d'amour, de bonheur, d'espoir... et de misère humaine au-delà du tolérable. Trois jours au long desquels nous allons le suivre, l'accompagner plus exactement dans sa vie quotidienne.

Le roman est court, l'écriture concise, dans l'urgence de dire mais toute en finesse sans grossir le trait. Il est surtout d'une grande actualité. Nous sommes là dans le réel de l'Amérique de Reagan et de Bush, cette Amérique de la bonne conscience qui refuse de regarder ceux qui sont restés au bord du chemin. Et pourtant, après la crise des subprimes, combien sont-ils aujourd'hui, les laissés pour compte du rêve américain ? Les scènes les plus violentes ne sont pas celles qui décrivent ce que va subir Rafael pendant le tournage du film, mais bien celles décrivant la violence sociale dont il est victime. Pour ce roman Gregory Mcdonald a reçu en 1997 le Trophée 913 du meilleur roman étranger et Jean françois Merle, la même année, le Trophée 813 du meilleur traducteur.

Ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par et avec Johnny Depp dans le rôle principal et Marlon Brando, sous le titre "Brave". Un ratage total. Plein de lourdeurs, avec un Johnny Depp bien trop lisse pour le rôle. Fuyez le film, précipitez-vous sur le livre !

 

L'auteur

Gregory Mcdonald est né le 15 février 1937 dans le Massachusetts, à Shrewsbury et décédé le 7 septembre 2008 à Pulasky dans le Tennessee.

Il étudie à Harvard avant d'entre au  Boston Globe où il restera  pendant sept ans (1966-1973) avant de se consacrer à la littérature.

Son premier roman, Running Scared, publié en 1964 à l'âge de 27 ans, ayant été très controversé, Mcdonald ne publie le second, Fletch, qu'en 1974. La série des 'Fletch', centrée autour du détective Fletcher, compte huit autres titres, publiés entre 1976 à 1986, tous traduits en français.

Mcdonald a publié d'autres romans policiers (les séries des FlynnSon of Fletch et Skylar) et des romans généralistes, pour la plupart inédits en français.

Le public anglo-saxon connaît surtout Gregory Mcdonald grâce au personnage de Fletcher. Les deux premiers romans de la série ont obtenu lePrix edgar Allan Poe en 1975 et 1977, et l'acteur Chevy Chase a par deux fois incarné Fletcher à l'écran.

En France, son roman le plus lu est sans doute Rafael, derniers jours. Il fut président des Mystery Writters of America et est l'auteur d'une trentaine de romans.

 

Extrait

"En gravissant la butte, hors de vue de Morgantown, Rita et Rafael se tenaient par la main. Il serrait le plastique sous son bras.

Tout en marchant, Rafael réfléchissait à lui-même, à cet endroit, et à ses habitants. Quand il était enfant, s'il y avait une bière ou la moitié d'une bière qui traînait, il la buvait. Si on avait un alccol plus fort sous la main - presque toujours de la vodka - et si quelqu'un tombait ivre mort avant d'avoir terminé la bouteille, il s'asseyait n'importe où et buvait au goulot jusqu'à ce que lui aussi soit ivre mort. S'il en restait, il partageait avec ses frères et ses amis. Et eux aussi, sans cesse, buvaient tout ce qu'ils pouvaient trouver. Il ne se souvenait pas quand cela avait commencé ; il ne se souvenait pas ne l'avoir jamais fait. C'était sa vie, tout comme ses yeux qui le cuisaient constamment, ses migraines ininterrompues, les plaques sur sa peau, son nez qui coulait, sa toux chronique, ses articulations douloureuses, les lendemains difficiles. Les désagréments de la gueule de bois allaient de pair avec ceux que provoquait le manque d'alcool. Il savait très bien que ses yeux le bruleraient, qu'il aurait la migraine, que sa peau le gratterait, que son nez coulerait, que ses articulations seraient douloureuses, qu'il n'y avait plus de futur quand il avait bu, mais quand il était en train de boire ou quand il était ivre, toutes ces sensations étaient moins fortes.

Il ne s'en souvenait pas. Non, la plupart des gens qu'il croisait à Big Dry lake n'avaient ni le nez ni les yeux qui coulaient, ils n'avaient pas d'allergies visibles, ils n'éternuaient ou ne toussaient pas constamment, et ils ne semblaient pas bourrés. La plupart d'entre eux avaient un boulot. Et ils ne vivaient pas ici, ici, dans cet endroit qui s'appelait Morgantown.

Et la plupart savaient, ou croyaient savoir, de quoi serait fait leur avenir.

Pour la première fois, Rafael prenait conscience de tout cela.

Il sentait maintenant qu'il contrôlait enfin sa vie, et même sa propre mort. Il en éprouvait un immense soulagement."

15/08/2011

Léonardo PADURA : " Passé parfait"

 

Editions Métailié - 2001 pour la traduction française. Roman publié à la Havane en 1991.

La Havane, Cuba, hiver 1989. Un homme a disparu : Rafael Morin. Un  des pontes de l'industrie cubaine et du régime. Un homme encensé par tous, l'image parfaite du jeune Cubain dévoué à la cause de la Révolution qui a su monter les échelons du régime pour accéder aux plus hautes responsabilités. Homme comblé, ancien camarade de classe de Mario Conde mais aussi ancien rival qui lui a ravi la belle Tamara. Pour Mario Conde, chargé de mener l'enquête pour faire la lumière sur cette disparition, c'est un retour douloureux sur un temps disparu, celui de la jeunesse insouciante. C'est aussi un retour  sur une autre période  de l'histoire cubaine, celle du milieu des années 70, celle du Cuba prospère grâce au soutien du camp socialiste alors, qu'en cette fin de décennie 1980, avec la chute des pays socialiste de l'est européen, c'est le doute qui s'installe à la fois sur les perspectives économiques mais aussi sur l'avenir même du régime castriste.

Tout cela constitue la toile de fond, par petites touches, par de brèves allusions, du roman de Leonardo Padura. Un roman de la nostalgie, du temps qui passe, des occasions ratées et de l'amitié. Cette amitié entre Mario Conde et Carlos le Flaco, cloué sur son fauteuil roulant, entretenue à grandes rasades de rhum et de repas concoctés par Josephina, la mère du Flaco. Repas fantasmés par l'auteur dans un Cuba soumis aux restrictions alimentaires.

Ne cherchons pas dans les romans de Padura une critique lourde du régime castriste. Tout est en nuance. C'est le quotidien de la Havane qui est décrit au fil des pages mais aussi l'état d'esprit de ces Cubains qui survivent dans le souvenir le Révolution, qui ne comprennent pas que certains profitent de leur position au sein du régime pour, non pas s'enrichir car tout est relatif, mais  détourner le bien commun à leur profit et/ou fuire le pays.

On sort des romans de Padura avec regret. On voudrait que cela continue encore même si l'enquête est résolue. On voudrait  suivre Mario Conde lors de ses virées nocturnes dans les bars de la Havane, assister à ses discussions avec la Flaco sur les mérites ou les insuffisances de l'équipe locale de basse-ball, savoir comment va se terminer son histoire avec la belle Tamara. Le style incomparable de Padura nous relève de l'envoûtement. On y est bien et on ne veut pas en sortir. Et ce Mario Conde avec ses interrogations sur la vie, ses contradictions, ses incertitudes est si attachant. Sans nul doute l'un des plus beaux personnages de roman policier jamais créé.

Ce roman a reçu le prix des Amériques insulaires en 2002. C'est le premier volet d'une tétralogie intitulée "Les quatre saisons", constituée, outre Passé Parfait, par Electre à La Havane et L'Automne à Cuba, avant-dernier et dernier roman du projet.

 

L'auteur.

Leonardo Padura Fuentes est  né en 1955 dans le quartier populaire de la Mantilla à la Havane (Cuba) où il vit encore. Journaliste et écrivain, il est auteur de romans policiers dont le héros est le lieutenant Mario Conde. Ses textes sont subtilement profonds. Tous ses livres sont traduits en France aux éditions Métailié. Scénariste pour le cinéma, essayiste, nouvelliste, Leonardo Padura a trouvé avec le roman noir un genre tout indiqué pour distiller une vraie réflexion sur "ce pays si chaud et hétérodoxe où il n'y a jamais rien eu de pur", selon la formule de son impayable Mario Conde - un flic "hétérosexuel macho-stalinien", alcoolo et désabusé, vengeur des petits et des faibles, qui déboule en 1991 dans Passé parfait. "Leonardo nous a ouvert la porte, estime son ami le journaliste et écrivain Amir Valle. Il nous a fait comprendre que nous pouvions écrire sur des questions quotidiennes taboues, avec honnêteté, sans verser dans le racolage. » (Cuba les masques L'EXPRESS 23/02 au 01/03/2011). Leonardo Padura est un enfant rebelle de la révolution castriste. Il en a accepté la discipline, il est parti couper la canne à sucre chaque année et est allé couvrir la guerre en Angola, en 1985, comme journaliste pour Juventud Rebelde. Il a ensuite vu le mur de Berlin tomber, « puis l’Urss, et tout s’est arrêté. Tous nos rêves se sont évanouis, nous avons dû faire l’apprentissage d’une nouvelle survie. La seule chose qui reste des trente ans de présence soviétique, ce sont des prénoms, Vladimiro ou Karina.» Ni dissident, ni complaisant, Leonardo Padura tient un discours courageux, et prend les mêmes risques dans ses livres, où on ne peut guère le prendre en défaut.

Mais comment fait-il pour suivre cette voie étroite sans tomber dans aucun des travers de l’opposition frontale, ni dans la moindre facilité complice ? « Chaque fois que j’écris, je fais attention pour que rien ne puisse être utilisé politiquement, ni en faveur, ni contre le régime cubain. J’essaie de donner une vision sociale qui soit l’expression de ce que les gens sentent, et qu’ils ne sont pas toujours en mesure d’exprimer. C’est pourquoi j’habite ici, loin du centre, loin du Malecon et de la mer, pour être plus proche de mes compatriotes. » Et du cœur de Cuba.

Leonardo Padura Fuentes Sebastian Faulks at the 2008 Festival Della Letteratura, Mantona Italy.

 

Extrait

 

"Une fois satisfaite l'envie pressante d'eau froide qui l'avait sorti di lit, le Conde commença cette matinée du dimanche en évoquant avec plaisir le souvenir de son grand-père. Le dimanche, c'était le jour des combats dans les enceintes les plus fréquentées du public. C'est pour des raisons comme celle-là qu'il aimait le dimanche matin. Pas l'après-midi, interminable et vide après la sieste, quand il se sentait fatigué et encore somnolent jusqu'au soir ; pas non plus le soir, où tout était bondé. La maison du Flaco demeurait son éternel refuge. Mais quelque chose en particulier rendait le dimanche soir dense et ennuyeux : il n'y avait même plus de match de bass-ball et la menace palpable du lundi entravait l'éventualité de s'accrocher à une bouteille de rhum. Ce n'était pas le cas du matin. Le dimanche matin, les gens du quartier flânaient dans les rues en effervescence, comme dans cette nouvelle qu'il avait écrite lorsqu'il était au lycée. On pouvait parler avec tout le monde. les amis et les parents qui vivaient ailleurs venaient toujours voir la famille, et il devenait même possible de monter une équipe de bass-ball à main nue : on finissait les doigts enflés, haletant pour arriver à la première base. On pouvait encore organiser une partie de dominos, ou simplement discuter au coin de la rue, jusqu'à ce que le soleil chasse tout le monde. Mario Conde, mû par un sentiment ancestral qui échappait à la raison, et du fait du nombre de dimanches qu'il avait passé avec son grand-père Rufino ou avec sa bande de vauriens joueurs de bass-ball, jouissait comme aucun de ses amis de cette oisiveté dominicale dans le quartier. Après avoir pris son café, il sortait acheter le pain et le journal ; généralement, il ne rentrait pas avant l'heure tardive du déjeuner. Les femmes de sa vie n'avaient jamais compris ce rituel immuable et contrariant : mais enfin il n'y a pas moyen que tu passes un seul dimanche à la maison ! protestaient-elles. Avec la quantité de choses qu'il y a à faire. Mais le dimanche pour le quartier, leur disait-il sans laisser place à la discussion. C'est la réponse qu'elles reprenaient lorsque, plus tard, un ami demandait : Et Condé, il est sorti ?

Ce dimanche-là, il se leva avec la soif d'un dragon dont le feu viendrait de s'éteindre et le souvenir de son grand-père en tête. Il sortit sous le porche après avoir déposé la cafetière sur le fourneau. Il portait encore son pantalon de pyjama et un vieux manteau molletonné ; il observait les rues, plus tranquilles que certains autres dimanches, à cause du froid. Le ciel s'était dégagé pendant la nuit, mais une brise gênante et coupante soufflait. Il calcula qu'il devait faire moins de seize degrés, et que ce serait peut-être la matinée la plus froide de l'hiver. Comme d'habitude, il regrettait de devoir travailler un dimanche. Il se souvint que ce jour-là il avait prévu de voir le Conejo et ensuite de déjeuner chez sa soeur. De la main il salua Cuco, le boucher : Comment va la vie, mon petit Conde ? lui aussi avait du travail en ce dimanche matin."


30/07/2011

Daniel PICOULY : "La Lumière des Fous"

Editions du rocher - 1991

Il s'agit du premier roman publié par Daniel Picouly, aujourd'hui pillier reconnu de la littérature française et, accessoirement, animateur d'émissions branchées à la télé...

C'est une vraie claque que nous délivre ici l'auteur. Tout est violence, sans nuance ou presque. Les personnages emplis de haine et de désir de vengeance sont emportés dans un engrenage d'où la seule issue semble la mort. Et même les vieilles bigottes, tenancières d'une pension de famille ( où d'un lieu de débauche ?) ne sont pas épargnées. Aucun personnage n'emporte vraiment la sympathie sauf, peut-être la petite Lachoune, seule survivante du massacre qui, elle, n'ira pas au bout de sa logique de violence. Tout est noir. Tout est néant. Tout est vain...

 

Dans ce roman, le quotidien le plus banal semble ne pouvoir déboucher que sur un déchainement de violence. Le malaise est là ... Quel sens donner à cette débauche de sang, de hargne ? Qu'a voulu transmettre Daniel Picouly à travers cette histoire ? J'avoue ne pas avoir trouvé la réponse et rester avec une certaine gène liée à une position du lecteur qui relève du voyeurisme face à cette faune de looser que l'on suit vers un destin inéxorable.

Effectivement, il s'agit d'un roman noir et le genre ne fait pas dans la dentelle mais je trouve que celui-ci manque singulièrement de nuances et de recul, de profondeur, de distanciation peut-être ... Il me faudra aller voir d'autres  livres de Picouly pour me faire une idée juste de cet auteur.

 

L'auteur

 

Né en 1948 à Villemonble (93), il est le onzième d’une famille de treize enfants (père antillais et mère originaire du Morvan). Après des études de comptabilité, de gestion et de droit, il devient professeur d’économie à Paris

En 1992, il publie son premier roman, La Lumière des fous, grâce à l’aide de Daniel Pennac. Il obtient un grand succès en 11995avec Le Champ de personne pour lequel il obtiendra le GRand Prix des lectrices de Elle. Dans ce livre comme dans plusieurs autres, il raconte son enfance sous une forme romanesque. En 1999, il obtient le Prix Renaudot pour L'Enfant léopard et en 2005, le Prix des Romancières pour Le Coeur et la craie.

Il a joué son propre rôle en 2002 dans le film Imposture. Il a été présentateur d'une émission culturelle sur France 5, Café Picouly. De septembre 2008 à juin 2009, il a présenté Café Littéraire sur France 2, avant de revenir sur France 5 en septembre 2009 avec son Café Picouly.

Il est également président du jury francophone pour le prix du roman d'amour du Prince Maurice, les années impaires.

Extrait

Denise sentait s'iriser sous la mousseline un désir haut perché. Elle pensa à l'échelle de Jacob, au frôlement sensuel d'une aile d'ange. Ses jambes tremblaient contre les barreaux. Elle aimait cette idée d'aller se cacher comme des chats. Ivan éclaira sa montre. Il fallait activer.

- C'est là, tu verras, on sera bien. Déshabille-toi, madame.

- Déjà, mais tu pourrais ...

- Déshabille-toi ! je t'ai dit.

Cette voix Denise ne la connaissait pas. Ce n'était pas celle du jeune homme à la moto qui l'avait conduite, promenade après promenade, à compter au large le somnifère de son mari, et à préparer son sac. Elle n'avait pas laissé de lettre sur la table de nuit. Une seconde, elle en fut rassurée.

- Dépêche-toi !

La voix hurlait. La lumière de la lampe l'éblouissait. Une masse sombre avançait sur elle. Un choc violent à la poitrine. Son bustier arraché, une bretelle lui entailla la gorge sous le maxillaire avant de rompre. Elle fut projetée contre la cloison, le faisceau de la torche la poursuivait. Son nez saignait. Elle reniflait comme une gosse. Ivan regardait cette poitrine lourde avachie et ses marques de bronzage ridicules. Et elle avait emporté son petit sac !

- Déshabille-toi et allonge-toi sur le ventre, madame.

La voix était calme, et c'était pire. Un sens animal commanda à Denise d'obéir. Ivan lui noua les poignets dans le dos, et avec le même cordeau de maçon lui entrava les chevilles.

- Mais pourquoi ...

Ivan lui appliqua sur la bouche un large morceau de chatterton. Il la tira jusqu'à la fenêtre ... Elle était vraiment lourde ! ... et attacha le cordeau à la poignée. Denise était comme au poteau, et sautillait pour rester en équilibre.

- Je reviens. Je t'ai préparé quelque chose qui te plaira, madame.

Ivan redescendit rapidemment l'échelle puis l'escalier. Presque au même endroit que Denise, Lachoune attendait déjà.

- Tu es en avance, petite.

- Ca fait rien, j'avais mon livre et ma lampe de poche. J'ai pris un raccourci acrobatique. Super ! ... J'ai noté des tas de trucs ! ... Salut quand même...

Elle lui glissa un baiser furtif sur la joue. Du bout des lèvres, et sur la pointe des pieds. Elle n'était pas grande, et jouait l'affranchie, mais son coeur allait faire exploser l'inscription de son tee-shirt... Tranquille Mimile... Seize ans, première nuit. Solstice.

- Viens, petite, passe-moi ta lampe... Attends-moi en bas de l'échelle.

- Houah ! c'est super ici... Tu me laisses dans le noir, Ivan ?

- Chut ! c'est un jeu de nuit."

29/07/2011

Jean Rouaud : "Les champs d'honneur"

"Les Editions de Minuit" - 1990

Au hasard d'un chinage sur un marché de livres anciens à Grenoble, ce petit livre (187 pages) est tombé entre mes mains. Le nom de l'auteur ne m'était pas inconnu et le titre non plus. Mais rien de plus...

Au début, c'est l'histoire d'un grand-père et de sa 2CV, dans la Loire-Inférieur. Un grand-père très présent bien que distant. Une sorte d'énigme pour le narrateur. Nous sommes dans les années 60... Vient ensuite la "petite tante". Celle qui ne s'est jamais mariée, a voué sa vie aux enfants de l'école où elle était institutrice et à Dieu. C'est aussi la mort précoce du père qui laisse un grand vide dans l'enfance du narrateur. Tout cela semble bien banal. C'est de Français communs, moyens comme on dit, dont il est question ici. De ces Français qui vivent leur vie sans faire de bruit, sans laisser de traces, comme sans le faire exprès ... des Français comme on en rencontre partout, dans toutes les familles. c'est peut-être de là que vient ce sentiment d'avoir soi-même vécu des scènes proches de celles décrites dans le récit ou d'avoir cotoyé des personnages semblables à ceux du roman.

Pourtant quelques zones obscures traversent le récit : ce grand-père qui s'enferme des journées entières dans le grenier et y retourne tout. Que cherche-t-il au juste ? Et cette "petite tante", quel est le secret de sa vie ?

C'est dans la déraison de la tante en fin de vie et  dans l'évocation de l'horreur de la guerre, dans le souvenir des êtres chers morts au front durant la terrible hécatombe de 1914-1918 que les réponses surgissent. Terrible ce champs d'honneur ! Ce champs d'horreur ?

Ce livre qui semble fait de rien sinon de bribes d'histoires personnelles, se dévorre d'un trait. L'air de rien, il vous prend et vous accompagne jusqu'à ce dernier mot : "Oh, Arrêtez tout !". Et le récit reste gravé un bon moment dans notre conscience. Derrière les fureurs guerrières, il y a des hommes, des femmes, des familles qui vont devoir vivre avec les souffrances et les souvenirs....

Avec ce premier roman, l'auteur a obtenu le prix Goncourt qui récompense une écriture à la force évocatrice rare et un style littéraire magistral. Oui, vraiment, de quoi se réconcilier avec la llittérature française qui pourtant ne nous épargne guère ... Alors lorsque nous tombons sur un joyau de cette sorte, ne boudons pas notre plaisir. 

L'auteur

Jean Rouaud est un né à Campbon (Loire-Atlantique, à l'époque Loire-Inférieure le 13 décembre 1952

De 1962 à 1969, il fait ses études secondaires au lycée catholique Saint-Louis à Saint Nazaire ; il passe un baccalauréat scientifique, puis étudie les Lettres modernes à l'université de Nantes.

Après avoir obtenu une maîtrise, il occupe différents emplois provisoires, tels que pompiste ou vendeur d'encyclopédies médicales. En 1978, il est engagé à Presse-Océan et, comme il le raconte dans son livre Régional et drôle, après avoir travaillé à la sélection des dépêches de l'AFP, il est chargé de rédiger un « billet d'humeur » publié tous les deux jours sur la «une » du journal, avec la consigne de faire régional et drôle.

Il part ensuite à Paris, où il travaille dans une librairie, puis comme vendeur de journaux dans un kiosque. En 1988, il rencontre Jérôme Lindon, directeur des Editions de Minuit, qui va devenir son principal éditeur.

Son premier roman, les Champs d'Honneur, est publié en 1990 et reçoit le Prix Goncourt. Durant les années 1990, ayant pu arrêter l'activité de kiosquier, il écrit les quatre romans qui, avec Les Champs d'honneur, forment un cycle romanesque fondé sur l'histoire de sa famille et certains aspects de sa propre vie.

En 2001, il quitte les éditions de Minuit pour les Editions Gallimard. Il est l'auteur de 16 romans dont 7 portent sur l'autobiographie familiale et de plusieurs essais.

Extrait

"De fait, il fumait bien son champ de tabac à lui seul, allumant chaque cigarette avec le mégot de la précédente, ce qui, quand il conduisait, embarquait la 2CV dans un rodéo improvisé. Le mégot serré entre le pouce et l'index de la main droite, la cigarette nouvelle au coin des lèvres, il fixait attentivement la pointe rougie sans plus se soucier de la route, procédant par touches légères, tirant des petites bouffées méthodiques jusqu'à ce que s'élève au point de contact un mince filet de fumée. Alors, la tête rejetée en arrière pour ne pas être aveuglé, bientôt environné d'un nuage dense qu'il balayait d'un revers de la main, il soulevait du coude la vitre inférieure battante de la portière, jetait le mégot d'un geste vif et, toujours sans un regard pour la route, donnait un coup de volant arbitraire qui secouait les passagers en tous sens. Conscience émoussée par la vieillesse ou, après une longue existence traversée d'épreuves, un certain sentiment d'immunité. Sur la fin il n'y avait plus grand monde pour oser l'accompagner. Les cousins adolescents avaient inventé (cela arriva deux ou trois fois - on se voyait peu) de se ceindre le front d'un foulard ou d'une cravate empruntée à leurs pères et de s'installer à ses côtés en poussant le "Banzaï" des kamikazes. Le mieux était de répondre à leurs gestes d'adieu par des mouchoirs agités et de pseudo-versements de larmes. Au vrai, chacun savait que la lenteur du véhicule ne leur faisait pas courir grand risque, mais les interminables enjambements de lignes jaunes, les errances sur la voie de gauche, les bordures mordues sur lesquelles les roues patinaient, les croisements périlleux : on en descendait verdâtre comme d'un train fantôme."

24/07/2011

Rapahël CONFIANT : "Eau de Café".

Editions Grasset - 1991

 

Nous sommes au nord de la Martinique. Le village de Grand Anse tourne ostensiblement le dos à l'océan Atlantique dont il se méfie car elle n'est que pourvoyeuse d'ennuis, de mauvaises nouvelles et de maléfices. Du fond de ses entrailles peuvent jaillir malheur et dévastation.

Le narrateur retourne dans ce village de ce village où il a vécu sa petite enfance, dans la boutique de sa marraine "Eau de Café". l'évocation des personnages qui fréquentent la boutique et ... la marraine est l'occasion de dresser des portraits hauts en couleur d'une population bigarée où se côtoient, se mêlent et s'entremèlent les blancs et les nègres, les indiens et les filles surgies de la mer.... On y croise Thimoléon, le héraut de la négraille, le "gavroche de la négritude", le blanc créole De Cassagnac, et ses secrets inavouables, partagé entre deux races, René-Couli, prêtre hindou déraciné et égorgeur de boeuf à l'abattoir municipal.

Maix c'est bien Eau de Café la véritable héroîne du roman. Elle détient le "savoir" mais refuse d'en révéler l'origine. c'est aussi la petite Antilia, enfant apparue "de nulle part", à moins que ce soit de la mer. Les habitants la croient donc maudite. mais les relations entre eaude café ey Antilia ne cachent-elles pas un lourd secret ?

Le tout raconté dans une langue savoureuse, ce français des Antilles, nourri à la sève créole. Mais derrière le burlesque de certaines scènes, derrière l'humour on sent bien que Raphaël Confiant règle quelques comptes et bouscule ces êtres chers. Il les repousse dans leurs derniers retranchements et ose déranger l'ordre ancestral des choses. Ordre qu'il refuse d'admettre sans broncher. Cette recherche le conduira vers des rives où flirtent les passions et la déraison. Un retour initiatique au pays natal...

L'auteur

 

 Raphaël Confiant est  né lev25 janvier 1951 au Lorrain en Martinique.

Raphaël Confiant provient, par sa mère, d'une famille de petits distillateurs mulâtres de la commune du Lorrain (région Nord-Atlantique de la Martinique). Son arrière-grand-père, Louis Augustin, et son grand-père, François Augustin, possédaient une petite distillerie de rhum au quartier Macédoine ainsi qu'une cinquantaine d'hectares plantées en canne à sucre. Cette distillerie fut contrainte de fermer ses portes au milieu des années 1950. Raphaël Confiant y a passé ses toutes premières années, "dans l'odeur du rhum" comme il l'écrit dans son autobiographie RAVINES DU DEVANT-JOUR (éditions Gallimard). Du côté paternel, on est originaire de la ville c'est-à-dire de Fort-de-France : le grand-père est un Noir et la grand-mère une Chinoise. Cette dernière a dirigé un commerce de demi-gros à la rue Antoine-Siger, à Fort-de-France, presqu'en face du Grand Marché et non loin de la fameuse "Rue des Syriens" ou rue François-Arago. Raphaël Confiant a vécu dans ce quartier du centre-ville une partie de son enfance avant d'aller habiter le quartier Coridon où ses deux parents (Fernand et Amanthe), lui professeur de mathématiques, elle institutrice, avaient construit leur maison. À chaque vacances, petites ou grandes, l'auteur était envoyé chez ses tantes au Lorrain, lieu qui nourrit l'essentiel de son imaginaire, même si Fort-de-France y occupe une part non négligeable.

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix En Provence (section "Relations Internationales") et d'anglais à la Faculté des Lettres de cette même ville, il obtient en 1986 un DEA en linguistique à l'Université de Rouen avant de présenter un Doctorat en Langues et Cultures Régionales à l'Université des Antilles et de la Guyane, en 1994.

Écrivain reconnu tant en créole qu'en français, il écrit dans les deux langues. Il est actuellement maître de conférences à l'Université des Antilles et de la Guyane.

Militant de la cause créole dès les années 1970, il participe avec jean bernabé et Patrick Chamoiseau  à la création du mouvement de la créolité. Raphaël Confiant fut l'un des piliers du GÉREC (Groupe d'Etudes de Recherches en Espace Créole), créé en 1973, avec des créolistes comme Robert Damoiseau, Marijosé Saint-Louis, Robert Fontès, Gerry L'Etang et bien d'autres. Outre son important travail universitaire, le GÉREC s'est aussi battu pour l'ouverture d'une licence et d'un master de créole à l'Université des Antilles et de la Guyane ainsi que du CAPES de créole. R. Confiant fut en pointe dans la lutte pour ce CAPES qui depuis une dizaine d'années permet désormais de recruter des enseignants du secondaire en créole. Il fut le maître d'oeuvre des 11 Guides du CAPES de créole qui furent publiés en 2001 et 2002 aux éditions Ibis Rouge

Raphaël Confiant est le premier Martiniquais à avoir publié un roman en créole : Bitako-a (1985) aux éditions du GEREC. Il a été membre du premier journal entièrement en créole des Petites Antilles, Grif An Tè, qui a duré 4 ans et a publié 52 numéros. Il a également publié le premier dictionnaire du créole martiniquais (éditions Ibis Rouge, 2007). Depuis trente ans, il multiplie les travaux en et autour de la langue et la culture créole, s'intéressant aux devinettes créoles, aux proverbes, aux contes ainsi qu'au versant didactique de cette question puisqu'il est maître de conférences en langues et cultures régionales à l'Université des Antilles et de la Guyane.

En 1988, après avoir publié 5 livres en créole, Raphaël Confiant passe au français et publie Le Nègre et l'Amiral (éditions Grasset), roman traitant de la Deuxième Guerre mondiale aux Antilles, qui est un succès éclatant. Suivront une trentaine d'ouvrages dont beaucoup seront couronnés par des prix (Prix Novembre pour Eau de Café en 1991 ; Prix Casa de Las Amricas pour Ravines du Devant-Jour en 1993 ; Prix de l'Agence Française de Développement en 2010 pour L'Hôtel du Bon Plaisir, etc.).

En 1989 paraît un manifeste littéraire intitulé ÉLOGE DE LA CREOLITÉ, signé par Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Le mouvement littéraire dit "de la Créolité" vient d'être lancé et connaîtra un succès français, puis européen et enfin mondial. Traduit dans une quinzaine de langues, ce manifeste est aujourd'hui étudié dans la plupart des universités des États-Unis et du Canada. Il faut replacer ce concept dans l'histoire des idées et de la littérature de la Martinique. En effet, à la fin du XIXe siècle, une cinquantaine d'années après l'abolition de l'esclavage, surgit le premier courant littéraire antillais que l'on peut qualifier de manière neutre de "régionaliste" ou de manière critique de "doudouiste" avec des poètes tels que Daniel Thaly ou Osman Duquesnay. Ensuite, dans les années 1930, et cela jusqu'aux années 1960, régnera le mouvement de la Négritude d'Aimé Césaire, suivi de 1960 à 1985 par le mouvement de l'Antillanité d'Édouard Glissant. La Créolité est donc le dernier né des mouvements littéraires martiniquais.

Au contraire du régionalisme, la Créolité chante la totalité du réel antillais et pas seulement la mer bleue, le sable blanc et les colibris. Elle s'intéresse aux quimboiseurs, aux djobeurs, aux coupeurs de canne, aux femmes de mauvaise vie, etc., brisant ainsi le cliché des îles paradisiaques. Au contraire de la Négritude, la Créolité écarte toute connotation raciale ou raciologique : "créole" vient du latin creare qui signifie "créer/se créer" et désigne les nouvelles réalités des Amériques suite à la conquête européenne, en particulier dans l'archipel des Antilles. Au contraire de l'Antillanité, la Créolité ne se résume pas à ce seul archipel puisqu'elle vise, dans un premier temps, à englober les zones créolophones des îles du Cap Vert et de l'océan Indien (Maurice, Seychelles, Réunion), puis dans un second temps, les populations mixtes apparues dans les banlieues des grandes métropoles du monde occidental (Paris, Londres, New-York etc...).

Après ses études de Sciences politiques et d'anglais à Aix-en-Provence (France), Raphaël Confiant part, en 1974, enseigner l'anglais pendant un an en Algérie où il rencontre l'écrivain Daniel Boukman. Puis, il rentre à la Martinique où il militera dans le mouvement d'obédience nationaliste "Les Patriotes non-alignés" avant d'intégrer le MODEMAS (Mouvement des Démocrates et Ecologistes Martiniquais pour la Souveraineté) dont il deviendra le vice-président, le président étant Garcin Malsa, l'actuel maire de la ville de Saint-Anne. Il quittera ce mouvement pour celui dénommé "BATIR LE PAYS MARTINIQUE", organisation autonomiste dirigée par l'actuel maire du Lamentin, Pierre Samot, avant d'en démissionner au début des années 2000 avec une quinzaine d'autres membres parmi lesquels Louis Boutrin. Depuis lors, Raphaël Confiant est un militant souverainiste sans affiliation partisane particulière mais il a pris une part active dans la campagne de la consultation référendaire du 10 janvier 2010 sur un éventuel octroi de l'autonomie à la Martinique, consultation qui a été perdue par les partisans du "OUI" dont l'écrivain faisait partie.

Raphaël Confiant est aussi un militant journalistique et écologique de la première heure. Au plan journalistique, il a participé à la création de GRIF AN TE, d'ANTILLA, de KARIBEL, de LA TRIBUNE DES ANTILLES. Au plan écologique, il a été parmi les fondateurs de l'ASSAUPAMAR (Association pour la Protection de l'Environnement de la Martinique) et est actuellement membre de l'association "ECOLOGIE URBAINE". Il est aujourd'hui membre du comité directeur du mouvement "Bâtir le Pays Martinique"

En 2007, avec Louis Boutrin, il publiera deux livres pour dénoncer l'empoisonnement des terres antillaises par un dangereux pesticide utilisé dans les bananeraies, le chlordécone : Chronique d'un empoisonnement annoncé et Chlordécone : 12 mesures pour sortir de la crise.

Proche du mouvement des Indigènes de la République , il soutient en 2008 leur appel à la Marche décoloniale du 8 mai et appelle en janvier 2009 les « différents gouvernements à rompre sans délai toute relation diplomatique avec l’entité sioniste » suite à la guerre de Gaza de 2008-2000.

 

Extrait

Visite de De Gaulle à la Martinique en 1960

"Un grand vent parcourut le bourg de Grand-Anse, annonçant la venue d'un homme que nous portions tous dans notre coeur sans le connaître et mettant un baume sur ce qui d'habitude désagrémente notre existence. La première à claironner la nouvelle fut l'ancienne femme du Syrien qui, bien que tombée dans la plus extrême malaisance, entretenait toujours quelque rapport avec sa parentèle émigrée à la ville. Elle farauda à la Rue-Devant, plus haillonneuse et gueusarde que jamais, une pipe en terre à moitié allumée à la bouche :

"La Madone n'a pas pu guérir mon gros-pied, messieurs et dames de la compagnie, tellement le quimbois que des nègres méchants m'ont envoyé était puissant mais aujourd'hui, qu'ils tremblent dans leur caleçon ! Je serai la première à le toucher après monsieur le préfet et là, je serai guérie. Guérie !"

Ces propos plongèrent les galope-chopine des bars de la Rue-Derrière dans une rude perplexité. certains émirent la supposition que le pape lui-même s'apprêtait à fouler le sol de la martinique ; d'autres, plus modestes, penchaient pour quelque Monseigneur de France ou de navarre. Pas un qui songeât à Papa de Gaulle alors que la plupart avaient rejoint ses troupes à l'île de la Dominique au péril de leur vie.

"N'écoutez pas cette négresse-là, rigola Dachine. Elle cherhce à affrioler un homme parce que cela fait bien quinze ans qu'elle n'a pas été chevauchée.

- Hé ! Qui veut partir en bordée avec cette cochonne ? Allons, un peu de courage, les hommes, il suffira tout juste de la savonner et de vous laisser ensorceler par sa douceur", lui rétorque-t-on.

Toutefois, lorsque, le lendemain, on découvrit que la bougresse s'était coiffée, lavée, habillée de manière pimpante d'une robe de calicot moiulante et surtout qu'elle avait peinturé ses lèvres en rouge, le monde comprit qu'elle ne bêtisait point."

09/07/2011

"LES JOURS HEUREUX" - Le Programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en oeuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition.

Comme il est bienvenu cet ouvrage publié par l'Association "Citoyens résistants d'Hier et d'Aujourd"hui", aux Editions La Découverte - 2010 !

L'histoire de ce livre commence le 4 mai 2007. Nicolas Sarkozy est alors candidat à l'élection présidentielle. Il décide, quelques jours avant le premier tour, de se rendre au plateau des Glières en Haute Savoie afin d'y saluer la mémoire des maquisards massacrés en mars 1944 par les nazis et les miliciens français. Récupération politique  ?  Coup de communication ? Nul n'en doute. En cette veille d'élection, toutes les voix sont bonnes à prendre. Quelques anciens Résistants s'en émeuvent et le font savoir. Parmi eux, Walter Bassan, 80 ans, qui passe un coup de fil à son ami, le cinéaste Gilles Péret. Ils rédigent un communqiué de protestation qui ne passe pas les frontières des rédactions. Ils décident alors d'appeler les citoyens à venir participer à un Pique-Nique sur le plateu des Glières. Le 6 mai Sakozy est élu. Le dimanche suivant, ils sont 1500 a se retrouver autour des anciens Résistants aux Glières !

Mais, élu président, Sarkozy renouvelle l'opération. Il a trouvé son Solutré à lui. Et, chaque année, il est de retour sur le plateau. Il ose même prétendre, en 2009, que son action se situerait dans le droit fil "du Conseil national de la Résistance, qui dans les heures le splus sombres de notre histoire, a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait premettre la renaissance française". Pure imposture bien entendu ! Chacun sait bien que l'objectif de Sarkozy est, tout au contraire, de détricoter les acquis issus du CNR et de mettre à bas ce pacte social...

Publié en 1944, sous le titre "Les Jours Heureux", le programme du CNR annonçait un ensemble ambitieux de réformes économiques et sociales, fondateur du fameux "modèle social français". Casser ce modèle, c'est l'objectif du patronat et du gouvernement comme s'en réjouissait d'ailleurs en 2007, Denis Kessler, un des penseurs du MEDEF lorsqu'il déclarait : "Le programme du gouvernement est clair, il s'agit de défaire méthodiquement le programme du CNR".

D'où la contre-offensive de l'associaiton "Citoyens Résistants d'hier et d'aujourd'hui", créée en mai 2007 et qui organise chaque mois de mai, après la visite présidentielle, un pique-nique sur le plateau des Glières dont le succès ne se dément pas puisque chaque année se sont plusieurs milliers de personnes qui se pressent dans ce haut lieu de la résistance ( 4 à 5000 ces dernières années) !

Cet ouvrage contient donc le texte du CNR, complété par une série d'articles expliquant comment il fut conçu puis mis en oeuvre par les premiers gouvernements issus de la libération. Mais aussi, analysant comment, dès les années 1990, cet édifice a fait l'objet d'une démolition en règle. Il se termine par un appel à la mobilisation citoyenne.

 

L'association

L'association Citoyens résistants d'hier et d'aujourd"hui est née des rassemblements citoyens annuels aux Glières depuis 2007. Parrainée par l'ancien résistant et ambassadeur de France Stéphane Hessel, ainsi que par l'ancien résistant Raymond Aubrac et l'écrivain John Berger, elle appelle les citoyens, élus et gouvernants à agir selon les principes du Conseil National de la Résistance, fondés sur la solidarité, l'entraide et la réussite de tous.

 

Extrait

"Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR proclament qu'ils sont décidés à rester unis après la Libération. (...) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) sur le plan économique :

- l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ;

- une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des Etats fascistes ;

(...)

- le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ;

- le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

- le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration pour les ouvriers possédant les quailfications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie ;

b) sur le plan social :

- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ;

- un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ;

(...)

- la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale ;

- un plan complet de sécurité sociale, visant à donner à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'Etat ;

- la sécurité de l'emploi, la règlementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ;

- l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, (...), par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance contre les calamités agricoles (...) ;

- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

(...)

d) la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

(...)"

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique