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24/04/2011

Stéphane Hessel : "Indignez vous !

Editions Indigène, 2010.

 

Bon d'accord, c'est un peu du réchauffé ! J'ai attendu la 11ème édition de cet opuscule pour me décider à le lire. Les succès de librairie me font fuir ! Le mérite de ce texte, qui n'était pas fait pour être publié sous cette forme au départ, est de rapprocher la notion de résistance de notre vécu et des questions actuelles.

Pour Stéphane Hessel, le "motif de base de la résistance", c'était l'indignation. Et nous avons bien des raisons de nous indigner en ce début de XXIème siècle ! Ecart grandissant entre riches et pauvres, l'état calamiteux de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la dictature des marchés financiers, les acquis bradés de la Résistance ( Sécurité Sociale, retraites...), etc... autant de raisons de s'indigner et d'entrer en résistance.

Stéphane Hessel en appelle à une "insurrection pacifique" et pour cela rien de plus efficace selon lui que le fonctionnement en réseaux organisés.

 

 

L'auteur

 

 

Né à Berlin en 1917, Stéphane Hessel (à l'époque Stefan débarque en France avec toute sa famille en 1925. 
Très tôt, le jeune homme
est attiré par la philosophie et particulièrement la phénoménologie. Après un baccalauréat de philosophie obtenu à 15 ans et un passage à la London School of Economics, il intègre l'Ecole libre des sciences politiques.
En 1937, Stéphane Hessel est naturalisé français. Deux ans plus tard, il entre à l'Ecole Normale Supérieure
. Quand la guerre éclate, il est mobilisé avec sa promotion de normaliens.

Résistant de la première heure, il est fait prisonnier et s'évade en 1940. Il rallie Londres en mars 41, aux côtés du Général de Gaulle. Après plusieurs années en tant qu'agent de liaison, il est envoyé en mission en France en 1944. Arrêté par la Gestappo, il est déporté à Buchenwald. Le 4 avril 45, lors d'un transfert en train, il s'échappe et rejoint les lignes américaines.

Une fois la guerre achevée
, il devient ambassadeur de France à l'ONU, puis occupe divers postes de diplomate à travers le monde (Saïgon, Alger, Genève, New York etc .), et ce jusqu'en 1985.

Grand défenseur des droits de l'Homme, il participe en 48 à la rédaction de la Déclaration
universelle des droits de l'homme.

Tout au l
ong de sa carrière, tant diplomatique que politique, Stéphane Hessel se bat contre les injustices, dénonçant tantôt les offensives israéliennes au Liban ou en Palestine, tantôt le traitement réservé aux sans-papiers.

 

Extrait

"On ose nous dire que l'Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. les banques désormais privatisées se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l'intérêt général. L'écart entre les plus pauvres et les plus riches n'a jamais été aussi important ; et la course à l'argent, la compétition, autant encouragée.

Le motif de base de la Résistance était l'indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la Résistance et ses iféaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard devant le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948, sont universels."

L'engagement citoyen de Stephane Hessel se traduit entre autre par son appartenance au "Réseau Citoyens résistants" que chacun peut rejoindre et contribuer à faire vivre ( www.citoyens-resistants.fr) et de l'Association "Citoyens Résistants d'Hier et d'Aujourdhui" (CRHA)

27/03/2011

Hampaté Bâ : "L'étrange destin de Wangrin"

Editions 10/18 - 1973

 

Amadou Hampaté Bâ raconte ici l'histoire d'un homme qui fut son ami. Cet homme, voué dès sa jeunesse au dieu "Gongoloma Soké", dieu des contraires et de la ruse, en portait lui-même les contradictions. Bravant impunément la chance, il nous entraîne dans une suite d'aventures cocasses où nous le voyons, avec pour seules armes son intelligence et sa connaissance des hommes, se hisser au sommet de la puissance et de la fortune, dépouiller les riches au bénéfice des pauvres et, suprême exploit pour l'époque, rouler les "Dieux de la Brousse" d'alors : Messieurs-les-Administrateurs-Coloniaux !

Wangrin est né vers 1888 dans la région de Nougibou ( Bougouni, au Mali). Il fait partie de l’ethnie des Bambaras et est à ce titre initié au Komo (une initiation spirituelle et religieuse très longue dont chaque étape dure 7 ans et qui est composée d’un grand nombre d’interdits et d’obligations sacrificielles).

À 17 ans, il est réquisitionné pour « l’école des otages » (« école créée par les colons français qui réquisitionne de force les fils de notables et de chefs pour les intégrer dans le système administratif français afin qu’ils servent aux autorités française et ne se rebellent pas »). A la sortie de cette école, Wangrin, qui est très doué, est nommé moniteur de l’enseignement et envoyé pour diriger une école à Diagaramba (Bandiagara
).

Avant de partir il est circoncis et choisit son dieu patron Gongoloma-Sooké qui est le dieu des contraires et de la malice, à la fois bon et mauvais. Car Wangrin a déjà prévu de monter « des affaires carabinées » pour lesquelles il aura bien besoin de l’aide d’un dieu pervers. Cette
initiation est complétée d’une prophétie qui lui promet une vie réussie mais le condamne à une fin très sombre.

 

 Hampaté Bâ est un grand défenseur de la tradition orale africaine. Cette tradition transpire à travers cette histoire de Wangrin sous-titrée : "Les roueries d'un interprète africain". Le rythme répétitif nous renvoie aux contes de la brousse. Les références à la culture, aux religions, africaines traverses l'ouvrage et en font sa grande richesse. Chaque étape de la vie de Wangrin nous est contée  avec beaucoup d'humour et de cocasserie. On sent que l'auteur a pris plaisir à nous raconter le épisodes tumultueux de la vie de son vieil ami à qui il donne le nom de Wangrin. Ce Robin des Bois de la savane africaine, qui vole aux riches pour donner aux pauvres, n'oublie tout de même pas de se servir au passage et aime la vie facile entouré d'une multitude de courtisans et de complices.

On prend nous aussi plaisir à le voir "rouler" les officiels coloniaux, les prendre à leur propre jeu de la vanité et échapper aux pièges qu'ils essaient vainement de lui tendre. Mais les histoires d'argent, comme les histoires d'amour , finissent mal... en général !

Cet ouvrage a reçu en 1974 le Grand Prix Littéraire d'Afrique Noire. 

 

L'auteur

Né avec ce siècle à Bandiagara, au pied des falaises du pays Dogon, mort en 1991 à Abidjan,  écrivain, historien, philosophe, ethnologue, poète et conteur, frère des hommes, Amadou Hampâté Bâ est une haute figure de la culture et de la sagesse africaines. Issu d'une famille peule influente, il reçut dans sa jeunesse, outre sa formation scolaire, une éducation religieuse et morale traditionnelle, et fut initié aux voies ésotériques de l'islam par un maître spirituel dont il décrira l'enseignement dans Tierno Bokar, le sage de Bandiagara (1957). Commis de l'administration française, il entra à l'IFAN (Institut français d'Afrique noire), grâce au soutien de Théodore Monod, puis assuma de nombreuses responsabilités officielles : fondateur et directeur de l'Institut des sciences humaines du Mali, ambassadeur du Mali en Côte-d'Ivoire, membre du conseil exécutif de l'Unesco. Il est surtout connu en France pour la lutte qu'il mena à l'UNESCO, de 1962 à 1970, en faveur de la réhabilitation des traditions orales africaines en tant que source authentique de connaissances et partie intégrante du patrimoine culturel de l'humanité

Parallèlement à cette carrière, l'auteur de la désormais célèbre phrase : «En Afrique, un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle» a joué un rôle fondamental dans la sauvegarde et la promotion des trésors de la tradition orale peule en menant une série de recherches à caractère religieux, ethnologique et littéraire. Il a notamment recueilli et transcrit plusieurs récits initiatiques, marqués par un ésotérisme riche en symboles difficiles à décrypter pour un non-initié, qui véhiculent tout un enseignement sur les mythes, la morale et la conception du monde du peuple peul (Koumen, 1961 ; Kaïdara, 1969; L'éclat de la grande étoile, 1969; La poignée de poussière, 1987).


Il est l'auteur d'un ouvrage historique (L'Empire peul du Macina, 1955), d'un important essai ethnologique dans lequel il s'élève contre la désagrégation des cultures africaines (Aspects de la civilisation africaine, 1972), d'un roman sur la corruption causée par l'européanisation (L'étrange destin de Wangrin 1973, grand prix littéraire d'Afrique noire), ainsi que d'une oeuvre poétique en langue peule qui compte plusieurs milliers de vers, essentiellement sur des thèmes mystiques.

Vers la fin de sa vie, il a rédigé ses mémoires (Amkoullel, l'enfant peul, 1991, suivi de Oui mon commandant, posthume,1994), nous laissant ainsi un magnifique témoignage de l'Afrique coloniale du début du siècle.

 

Extrait

"Le temps passa.

La vie du cercle allait son train, de la plus agréable des manières. La maison de Wangrin était devenue un véritable club. Ceux qui s'y rendaient chaque samedi soir pour y passer la nuit constituaient la crème de la ville. Leur seule préoccupation consistait à se gaver de mets délicieux et variés agrémentés de thé préparé à la manière maure, à boire de l'alcool à profusion, à écouter langoureusement une musique dispensée par une dizaine de guitaristes et ensuite, ma foi - sauf le respect que je dois à vos oreilles, cher lecteur -, ces débauches de table et de musique se terminaient, pour les uns dans un sommeil de plomb et, pour d'autres, dans les bras de quelques beautés venues là pour prodiguer leurs faveurs au plus offrant et dernier enchérisseur.

Par le truchement de son club, Wangrin organisa un réseau de renseignement si puissant que rien ne pouvait se passer dans le cercle sans qu'il en fût le premier et le mieux informé.

De son côté, et sans s'en rendre compte, Rammaye Bira le renseignait sur tout ce qui se passait chez le commandant. Wangrin put ainsi identifier les agents privés dont se servait le commandant pour se renseigner à l'insu de son interprète. Ils étaient environ douze. Tous tombèrent dans les filets de Wangrin, se retrouvèrent en prison ou perdirent la confiance du commandant."

 

Mosquée en pays Bambara au début du XXeme siècle.

19/03/2011

Eric FAYE : "NAGASAKI"

 

Editions Stock, 2010

En déplacement sur Aix en Provence en cette semaine pluvieuse de mars. Une bonne heure à tuer à la terrasse d'un bar sur le Cour Mirabeau. La perspective d'une bonne lecture accompagnée d'une boisson chaude en ces temps de frimas... Me voici arpentant les rayons des quelques belles librairies d'Aix à la recherche d'un roman assez court, sans avoir vraiment d'idée préconçue sur l'auteur et le genre. Après une bonne demi-heure sans qu'aucun titre n'attire réellement mon attention, alors que j'allais partir bredouille, mon regrd est finalement attiré par le titre en bleu  sur la couvertue noire : "Nagasaki". Est-ce le contexte de l'actualité et les malheurs du temps dont est actuellement victime le Japon ? Est-ce la caution du Grand Prix du roman de l'Académie Française portée sur le bandeau entourant le livre ? Est-ce la curiosité de découvrir un auteur inconnu de moi ? Est-ce la quatrième de couverture laissant présager quelques mystères ? En tout cas, j'avais trouvé l'ouvrage, il ne restait plus qu'à trouver la terrasse ...

Dans son  roman Nagasaki, Éric Faye s’inspire d’un fait divers japonais et nous raconte l’histoire d’un homme qui a vécu pendant un an avec une femme sans le savoir.

Nagasaki - Eric Faye

Shimura-san vit seul dans une petite maison à Nagasaki. Cinquantenaire, il correspond à «l’homme des masses», mène une vie ordinaire et sans extravagance, réglée sur une routine à laquelle il déroge peu. Il part travailler tous les matins à 8 heures dans la station météorologique de la ville, dîne souvent seul à son bureau et rentre à la maison avec sa solitude pour rejoindre son intérieur bien ordonné.

Mais depuis quelque temps, Shimura-san a remarqué des disparitions chez lui. D’abord un yogourt, puis un deuxième et du poisson. Au début, il doute de lui et se dit que c’est impossible, qu’il les a sûrement mangés et ne s’en rappelle pas. Pour confirmer ou infirmer, il décide de répertorier les niveaux et les quantités de nourriture de son frigo et de son garde-manger.

Il n’y a plus doute, quelqu’un s’est bel et bien servi, le niveau du jus de fruit a baissé de sept centimètres... Qui est donc cette personne qui est entrée chez lui pendant son absence? Grâce à une webcam installée dans sa cuisine, Shimura-san découvre alors en direct l’intruse sur son écran d’ordinateur du bureau.

Shimura-san vit seul dans une petite maison à Nagasaki. Cinquantenaire, il correspond à «l’homme des masses», mène une vie ordinaire et sans extravagance, réglée sur une routine à laquelle il déroge peu. Il part travailler tous les matins à 8 heures dans la station météorologique de la ville, dîne souvent seul à son bureau et rentre à la maison, face aux chantiers navals de Nagasaki, avec sa solitude pour rejoindre son intérieur bien ordonné.

Mais depuis quelque temps, Shimura-san a remarqué des disparitions chez lui. D’abord un yogourt, puis un deuxième et du poisson. Au début, il doute de lui et se dit que c’est impossible, qu’il les a sûrement mangés et ne s’en rappelle pas. Pour confirmer ou infirmer, il décide de répertorier les niveaux et les quantités de nourriture de son frigo et de son garde-manger.

Il n’y a plus doute, quelqu’un s’est bel et bien servi, le niveau du jus de fruit a baissé de sept centimètres... Qui est donc cette personne qui est entrée chez lui pendant son absence? Grâce à une webcam installée dans sa cuisine, Shimura-san découvre alors en direct l’intruse sur son écran d’ordinateur du bureau.

Ce court roman (108 pages) mèle adroitement une approche de la solitude poussée à l'extrême et une réflexion sur la notion de "chez-soi", d'intimité. Qui vit chez qui ? Lequel des deux personnages est le plus intime des lieux qu'il habite ? Commencée devant un frigo hanté, l'histoire se termine dans le désenchantement et la ruine des idéaux... Où l'on découvre que même les sans-abris ont une histoire et des racines ... Ces multiples entrées dans un aussi court roman en font toute sa richesse. L'écriture d'Eric Faye est sobre sans être ennuyeuse et la volonté d'en savoir un peu plus sur l'intruse nous tient en haleine jusqu'à une fin qui ne nous donnera pas toutes les clés !

Ce roman a obtenu le Grand Prix du roman de l'Académie Française en octobre 2010.

 

L'auteur

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Éric Faye, né en  décembre 1963 à Limoges ( Haute Vienne),  est un journaliste de l'agence de presse Reuters. Il publie sa première fiction, Le Général Solitude, une nouvelle, dans la revue Le Serpent à Plumes en 1992. Trois ans plus tard, il a développé cette nouvelle en un premier roman, éponyme. Ses premiers livres, parus tous deux en 1991, sont un essai sur Ismail Kadaré et un recueil d'entretiens avec cet écrivain. En 1998, son recueil de nouvelles fantastiques Je suis le gardien du phare obtient le Prix des deux magots. Son œuvre se partage entre des nouvelles, le plus souvent à caractère absurde ou teintées de fantastique, des romans (dont le roman d'anticipation Croisière en mer des Pluies, en 1999 - prix Unesco-Françoise-Gallimard), des essais et des récits, parmi lesquels Mes trains de nuit, puisés dans des voyages à travers l'Asie et l'Europe de 1982 à 2005. Il a dirigé un numéro sur Kafka (Autrement, 1996) et pris part à l'édition des œuvres d'Ismail Kadaré aux Editions Fayard

Extrait

"Dehors, le passé a commencé de jaunir. Le genre humain se racornit. Quand je parle de passé, j'entends l'époque de son arrestation, au plein de l'été, et le soir où je me suis retrouvé seul chez moi - seul comme si je m'étais fait plaquer. C'était il y a trois mois ; ce temps me paraît déjà lointain. Je crois que j'ai voulu l'oublier, et je dois dire que l'entrée en scène de l'automne, cette année, m'y a aidé. Car l'automne a pénétré jusque dans les âmes, cet automne. Il a ruisselé en nous. Imposé des silences où il n'y en avait pas encore. Certains jours, ceux qui longent à pied les chantiers navals ne perçoivent plus les coups de marteau habituels. Plus d'échos, plus un choc, plus un appel. Dans le port, les grues ne chargent ni ne déchargent guère. Ailleurs, là où dans la ville de gros travaux étaient en cours, les engins de terrassement se sont figés. Ces dinosaures de l'ère industrielle sont atteints d'un mal mystérieux. On l'a dit et répété à la télévision, il a pour nom la Crise et on ignore comment le vaincre. Les banques ne prêtent plus d'argent. Certaines n'en ont plus. Qu'est-il devenu? Nul ne le sait vraiment et cela inquiète. La stupeur gagne. Dans le bac à sable où les enfants jouaient au capitalisme, on vient d'égarer la règle du jeu.

- Putain, où l'as-tu mise ? C'est toi qui l'avais tout à l'heure !

- Jamais de la vie ! C'est toi, à l'instant encore ...

Parce que le système éternue, nous redevenons tremblants et veules, tous petits. Du silence ambiant se détachent des rumeurs, comme si le silence était un mur lépreux qui perdait de lui-même. Et ces rumeurs colportent les mots de "restructuration", "remise en question". Même chez nous, dans les services météorologiques, on évoque des compressions d'effectifs, à croire qu'il y a moins de phénomènes climatiques ou que l'on va fermer des mers, ce qui ne serait au fond que justice puisque certaines sont vides. En trois mois, cette crise a failli me faire oublier qu'une femme avait mordu la poussière bien avant nous autres et que, sans abri, elle avait "trouvé" un abri forcé à la prison de la ville. Or, son procès va s'ouvrir. J'ai reçu hier une convocation du tribunal. Cette nui, ce n'est pas la pluie qui m'empêche de fermer l'oeil mais tout autre chose ; peut-être le peur de devoir soutenir le regard de ma clandestine. A moins que son absence n'ait accentué le sentiment d'incomplétude qui empoisonne mes jours ?"

08/02/2011

Irène NEMIROVSKY : "Suite française"

Editions Denoël - 2004

Prix Renaudot 2004. Attribué pour la première à titre posthume

 

Cet ouvrage - faut-il parler de roman ? - est incomparable. Ecrit au fil de l'actualité, pendant la débacle de 1940 puis les premières années de l'occupation, Irène Némirovsky y dépeint en direct l'exode ( dans la première partie intitulée "Tempête en juin") puis, de façon plus romancée, l'installation de la société française dans l'occupation allemande ( seconde partie intitulée "Dolce").

Elle choisit d'aborder l'histoire en marche par les destins individuels de ses personnages en déroute. Physiquement en déroute dans la première partie, ils s'enfuient devant l'avancée allemande. Psychologiquement en déroute dans la deuxième partie, ils survivent tant bien que mal aux côtés des allemands qui ont occupé le pays.

Irène Némirovsky nous décrit les comportements de ces Français, pauvres ou riches, grands bourgeois ou petits employés de bureau, emportés dans la tourmente au milieu des lâchetés quotidiennes mais aussi d'élans de solidarité contradictoires. C'est au plus proche de l'intime que nous sommes conduits, au plus proche des tragédies personnelles qui nous permettent, 70 ans plus tard, d'appréhender la réalité de ce que fut cette tragédie collective de la défaite de 1940 et de l'occupation allemande.

Irène Némirovsky aura juste le temps de terminer la rédaction de son ouvrage avant d'être arrêtée, le 13 juillet 1942 par les gendarmes français, internée au camps de Pithiviers dans le Loiret puis déportée à Auschwitz où elle fut assassinée le 17 août 1942. Son mari, Michel Epstein subira le même sort trois mois plus tard. Leurs enfants cachés par la nourrice puis dans un orphelinat catholique, survivront emportant dans leur fuite et leurs cachettes le manuscrit d "Une suite Française". Manuscrit qui ne sera finalement publié que 62 ans plus tard à l'initiative de Denise Epstein, l'une des deux filles d'Irène Némirovsky.

Initialement prévu en cinq parties, devant retracer l'ensemble de la période de guerre sans savoir quelle en sera la fin, "Suite française" sera finalement réduit à ses deux premières parties. Très vite Irène Némirovsky comprend que la fin ne pourra être que tragique.

Le manuscrit

"Oeuvre violente (...), fresque extraordinairement lucide, (...) photo prise sur le vif de la France et des Français : routes de l'exode, villages envahis par des femmes et des enfants épuisés, affamés, luttant pour obtenir la possibilité de dormir sur une simple chaise dans le couloir d'une auberge de campagne, voitures chargées de meubles, de matelas, de couvertures et de vaisselles, en panne d'essence, au milieu du chemin, grands bourgeois dégoûtés par la populace et tentant de sauver leurs bibelots, cocottes larguées aprleurs amants pressés de quitter Paris en famille, curé convoyant vers un refuge des orphelins qui délivrés de leurs inhibitions finiront par l'assassiner, soldat allemand logé dans une maison bourgeoise et séduisant la jeune veuve sous les yeux de sa belle-mère. Dans ce tableau affligeant, seul un couple modeste, dont le fils a été blessé dans les premiers combats, garde sa dignité. " - Préface de Myriam Anissimov.

 

L'auteur

 

Irène Némirovsky est née à Kiev, en plein Yiddishland, le 11 février 1903. Malgré l'excellence de ses précepteurs, Irène sera une enfant malheureuse et solitaire, ses parents portant peu d’intérêt pour leur foyer. Son père, financier, est toujours pris par ses affaires ou par le jeu au casino. Presque haïe par sa mère, ainsi que l'évoqueront plus tard ses livres tels que Le Bal, Le Vin de solitude ou Jézabel, Irène trouve quelque refuge dans l’écriture et la lecture. Dans sa jeunesse, elle viendra très souvent en France avec ses parents, quittant chaque été l’Ukraine pour Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye ou la Côte-d’Azur, lorsque ce n'était pas la Crimée. Fanny, la mère, séjournait alors dans des palaces tandis qu'Irène était logée avec sa gouvernante dans une pension de famille.

Ses premières écritures, inspirées, entre autres grands auteurs russes dont elle raffolait, de la technique romanesque d'Ivan Tourguéniev datent de 1917. Lorsqu'éclate la révolution bolchévique de 1917. La tête de Léon Némirovsky est mise à prix par les Soviets, contraignant la famille à fuire en Finlande, déguisée en paysans. Seul Léon entreprendra quelques retours clandestins en Russie pour protéger ses biens. Irène compose des poèmes en prose. Et c'est ensuite une nouvelle fuite, vers la Suède : les Némirovsky vivent trois mois à Stockholm. En 1919 un cargo débarque la famille Némirovsky à Rouen. Puis tous s'installent à Paris.

Léon Némirovsky parvient à reconstituer sa fortune en prenant la direction d’une succursale de sa banque, faisant mener à sa famille, dès lors, une existence fitzgéraldienne - villégiatures luxueuses, soirées mondaines, dîners au champagne, bals, etc. Biarritz, Nice (où ils séjournent à l'hôtel Negresco) et la Côte-d’Azur sont leurs destinations de prédilection retrouvées. C'est aussi à cette époque qu'Irène, tout en poursuivant ses études de lettres à la Sorbonne (obtenant sa licence avec mention), envoie ses « petits contes drolatiques » au magazine bimensuel Fantasio qui les publiera et les paiera chacun soixante francs. Au Matin paraîtra un conte, et Les Œuvres libres éditeront un conte, une nouvelle et, en 1923, Le Malentendu, un premier roman, rédigé pendant sa dix-huitième année. Elle rencontre également Michel Epstein - Mikhaïl, de son nom russe -, « un petit brun au teint très foncé », ingénieur en physique et électricité diplômé à Saint Pétersbourg, fondé de pouvoir à la Banque du Nord (rue Gaillon), brillant homme d’affaires comme le père de la romancière.



En 1929, Irène fait parvenir à  Bernard Grasset  le manuscrit de David Golder. Enthousiasmé, il décide aussitôt de le publier. Malheureusement, l'envoi ne mentionnait pas l'adresse de l'expéditeur et, pour retrouver l'écrivain, il a recours à une annonce par voie de presse. Cette annonce, Irène Némirovsky est empêchée d'y répondre tout de suite, car elle est à la clinique où elle vient de donner naissance, le 9 novembre, à son premier enfant, Denise. Bernard Grasset est stupéfait de découvrir que le jeune écrivain, à la plume si féroce, est une femme de 26 ans. Lorsque l'enfant paraît, le roman, parallèlement, est aussitôt salué par la critique comme un chef-d'œuvre et remporte un succès immédiat. Paul Reboux, qui avait été l'un des premiers à attirer l'attention du public sur la jeune Colette, reconnaît chez Irène Némirovsky un talent tout aussi exceptionnel, tandis que Robert Brasillach rend hommage à la qualité de son style. David Golder est presque immédiatement adapté au théâtre et au cinéma par Julien Duvivier qui signait là son premier film parlant, avec Harry Baur dans le rôle-titre sur scène et à l’écran.


L'écriture d'Irène Némirovsky est célébrée par des écrivains aussi hétérogènes que Morand, Drieu la Rochelle, Cocteau, Brasillach… Kessel, etc.  Tristan Bernard, la comédienne Suzanne Devoyod, la princesse Obolensky cotoient la vie d'Irène. Elle doit cependant soigner son asthme dans des villes d’eaux.


À la veille de la déclaration de guerre, en 1939, les Némirovsky refusent un nouvel exil (bien qu'une fuite, en Suisse par exemple, ne leur soit pas impossible). Irène et Michel conduisent donc leurs filles, Denise et Elisabeth, à Issy-l’Évêque, en Saône-et-Loire, chez la nounou des deux sœurs, Cécile Michaud, native de ce village. Cette dernière confie les filles aux bons soins de sa mère, Mme Mitaine. Irène et Michel rentrent à Paris et feront des allers-retours jusqu’à ce que la ligne de démarcation soit mise en place en juin 1940.


En juin 1940  Irène note glacialement, en marge et en vue de son livre à venir, Suite française : « Mon Dieu ! que me fait ce pays ? Puisqu'il me rejette, considérons-le froidement, regardons-le perdre son honneur et sa vie. Et les autres, que me sont-ils ? Les Empires meurent. Rien n'a d'importance. Si on le regarde du point de vue mystique ou du point de vue personnel, c'est tout un. Conservons une tête froide. Durcissons-nous le cœur. Attendons. » 

Le  premier statut des Juifs assigne à ces derniers une condition sociale et juridique inférieure. L'État français promulgue une loi permettant l'internement dans des camps de concentration ou l'assignation à résidence des « ressortissants étrangers de race juive ». Irène, victime de l'« aryanisation » du milieu de l’édition, est lâchée par le collaborationniste Bernard Grasset, de sorte qu'elle ne peut bientôt plus publier à son nom. Michel Epstein est interdit d’exercer sa profession à la Banque des pays du Nord. 


En 1941  Irène et Michel quittent Paris et rejoignent leurs filles Denise et Elisabeth, âgées respectivement de 13 et 5 ans, à l'Hôtel des Voyageurs à Issy-l'Évêque. Après avoir séjourné une année à l'hôtel, les Némirovsky trouvent enfin une vaste maison bourgeoise à louer dans le village. Irène ne doute plus de l'issue tragique à laquelle elle est destinée. Elle écrit et lit beaucoup. C'est alors qu'elle entreprend "Suite Française".

Dix semaines avant son arrestation, Irène, qui accumule les hypomnemata de ce genre depuis la naissance du projet de Suite française, rédige cette note brève : « Se pénétrer de la conviction que la série des Tempêtes, si je puis dire, doit être, est un chef-d’œuvre. Y travailler sans défaillance ». Elle aura seulement le temps de peindre les tableaux à vif de la débâcle dans Tempête en juin et de romancer l'Occupation dans Dolce. Fermement désillusionnée, Irène rédige, en juin 1942, son testament à l’attention de la tutrice de ses deux filles, réglant tout avec précision : elle énumère tous les biens qu'elle a pu sauver et qui pourront rapporter de l'argent pour payer le loyer, chauffer la maison, acheter un fourneau, engager un jardinier qui prendra soin du potager censé sortir de terre des légumes en cette période de rationnement ; elle donne l'adresse des médecins qui suivent ses filles, précise leur régime alimentaire. Sans un mot de révolte.


Le 11 juillet 1942 elle écrit à Albin Michel : « J'ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps. » Le lundi 13 juillet Irène est arrêtée par des gendarmes français. Elle dit à Denise qu’elle part en voyage, sans une larme.
Le 16 juillet : Internement à Pithiviers (Loiret). 17 juillet : Déportation à Auschwitz par le convoi numéro 6. Irène est immatriculée au camp d’extermination de Birkenau. Affaiblie, elle passe au Revier (« infirmerie », précédant la plupart du temps la chambre à gaz). 17 août : Irène Némirovsky est assassinée.

 

Extrait

"Le régiment passa sous les fenêtres de Lucile. Les soldats chantaient ; ils avaient des voix admirables, mais ce choeur grave, menaçant et triste, moins guerrier semblait-il que religieux, étonnait les Français.

C'est-y leurs prières ? demandaient les femmes.

La troupe revenait des manoeuvres ; il était de si bon matin que tout le bourg dormait encore. Des femmes réveillées en sursaut se penchaient aux croisées et riaient. Quel tendre et frais matin ! Les coqs faisaient entendre leurs cuivres, enroués par la nuit froide. L'air tranquille avait des reflets de rose et d'argent. Cette lumière innocente brillait sur les figures heureuses des hommes qui défilaient (comment ne pas être heureux par un printemps si beau ?). Ces hommes grands, bien bâtis, avec leurs visages durs et leurs voix harmonieuses, les femmes les suivaient longtemps du regard. On començait à reconnaître certains soldats. Ils ne formaient plus cette masse anonyme des premiers jours, cette marée d'uniformes verts où n'apparaissait pas un seul trait distinct des autres, pas plus qu'une vague dans la mer n'a sa physionomie à elle, mais se confond avec les vagues qui la précèdent et qui la suivent. Maintenant ces soldats avaient des noms : "Voici, disaient les habitants, le petit blond qui habite chez le sabotier et que ses camarades appellent Willy. Ceui-là, c'est le rouquin qui se commande des omelettes de huit oeufs et boit dix-huit verres de fine d'affilée sans se soûler et sans être malade. Le petit jeune, qui se tient si raide, c'est l'interprète. Il fait, à la Kommandantur, la pluie et le beau temps. Et voilà l'Allemand des Angelier."

Comme on avait donné autrefois aux fermiers les noms des domaines où ils vivaient, si bien que le facteur descendant des métayers établis jadis sur les terres des Montmort s'appelait à ce jour Auguste de Montmort, les Allemands héritaient en quelque sorte de l'état civil de leurs logeurs. On disait : "Fritz de Durand, Ewald de la Forge, Bruno des Angelier."

Celui-ci était à la tête de son détachement de cavalerie. Les bêtes, bien nourries et ardentes, qui caracolaient et regardaient la foule d'un bel oeil impatient et fier, faisaient l'admiration des paysans."

 

29/01/2011

Guy Naccio : "crimes et Mystères en Drôme"

Editons Cheminements - 1997

Débusqué au hasard des vides-greniers estivaux, cet ouvrage m'a d'abord attiré le regard grace au dessin de la couverture. Il s'agit d'une aquarelle de Gilbert Morandi qui représente un homme de dos laissant une trace ensanglantée dans la neige. Il marche en tirant derrière lui un corps sans vie. C'est une nuit de pleine lune, il neige. En contrebas fume la cheminée d'une ferme, quelques arbres et ceps de vigne parsèment la campagne nue de l'hiver ...

Une illustration aussi évocatrice ne peut que retenir l'attention. Et, pour quelqu'un qui apprécie les romans et autres romans policiers, pour 1 euro, on ne résite pas.

En fait, cet ouvrage relate 9 faits divers survenus dans le département de la Drôme des dernières années du XIXeme siècle jusqu'en 1975. Elucidées ou non, connues ou totalement oubliées, ces affaires criminelles nous conduisent des villes ( Valence, Montélimar, Bourg de Péage, Romans, etc...) jusqu'aux villages les plus reculés de la Drôme. Du Dauphiné à la Provence, de crimes en crimes, nous parcourons l'âme humaine dans ses profondeurs les plus reculées...

 L'auteur

Guy Naccio est né à Digne les Bains ( Alpes de haute Provence) en 1962. Après des études à la faculté de droit d'Aix en Provence et à l'école des inspecteurs de la Police nationale de Toulouse, il exerce successivement au sein de la Police Judiciaire de paris puis de Bastia, en haute Corse.

Amoureux des cultures et littératures du Grand Sud,  il signe, en 1997, avec  "Crimes et Mystères en Drôme" son premier livre. Guy Naccio est alors Lieutenant de Police ans la Drôme.

 

Deux affaires largement développée dans l'ouvrage du Guy Naccio...

A la fin des années 50, l'affaire Muravig ...

 

 

 

 

                                                                                                                               Au début du XXeme siècle, les chauffeurs de la Drôme

Extrait

"Romans, 27 février 1948. Dans la quartier du Croton, de sinistre mémoire - c'est là que les "chauffeurs" au début du siècle montaient leurs coups de main - au 6 bis exactement, vit un couple à la dérive. Lui, Charles Deroussin, né ici le 3 mai 1904, est employé à la fabrique de chaussures de M. Urpin, rue Portefer. Elle, Marie-Anne née Bouglenan, cinquante-six ans, est une ancienne fille publique qui, comme son mari, n'aime rien tant que la boisson.

 Ce vendredi soir, les voici donc réunis comme à l'accoutumée à l'épicerie-comptoir Ginay, rue Pêcherie ( encore l'ombre des Hommes Rouges). L'alcool coule à flots. "On a même plus que bu" dira l'empoisonneuse en racontant cette triste soirée. Mais l'heure tourne et elle s'en va finalement préparer le souper. Son époux reste à boire. Elle piétine à l'attendre et ne le voyant toujours pas rentrer, la femme part le chercher. Il est "imbibé", le Charles, et se tient à son verre ! Il refuse de la suivre et la renvoie à ses casseroles. Dépitée, elle dîne seule dans le taudis qui leur sert de logement.

Enfin le mari revient, on devine en quel état. Il trouve la soupe trop chaude. Il n'en faut pas plus : la cuillère tombe, éclabousse partout. Une bourrade d'agacement et il se met à battre sa compagne, d'abord à coups de pieds, puis il avise un candélabre posé sur le buffet. Ce n'est pas la première fois que la femme déguste ; elle prend une "bonne tournée" toutes les semaines. Mais ce soir-là, c'en est trop. "Et ma purge alors ?" éructe-t-il. Alors ? Puisque monsieur veut se purger, elle va la lui donner, sa purge ! Car Deroussin sacrifie, en effet, à l'hygiène hebdomadaire traditionnelle à l'aide de sulfate de soude : c'est le rituel du vendredi. Or nous sommes vendredi et la purge a été préparée, elle n'attend plus qu'à être consommée. Le dos meurtri, l'esprit chauffé par l'alcool et la colère, mais docile, Marie-Anne se lève et son regard tombe sur la bouteille de potassium. Ce n'est pas une idée, mais un réflexe : elle l'attrape et en verse une "rasade" dans la préparation de son époux. Ce sera la dernière purge que le malheureux prendra. Fidèle à son habitude, il boit "cul-sec", sans sourciller."

23/01/2011

Daniel Appriou : "Ruses et stratagèmes de l'histoire"

Editions Le Pré aux clercs - 2000

"Ruse et imagination font plus que force ni que rage", aurait pu dire La Fontaine, et l'histoire militaire lui aurait souvent donné raison. Car ici, il s'agit avant tout de guerres, d'histoires de combats, de sièges, de conquête, ...

Au-delà des anecdotes multiples contenues dans cet ouvrage, il s'agit bien de mettre l'inventivité et l'intelligence humaine au service de ses pires instincts, ses instincts guerriers. Depuis les ruses d'Ulysse, l'histoire du Cheval de Troie ou la fuite victorieuse des Horace devant les Curiace jusqu'aux stratagèmes utilisés durant la Seconde Guerre Mondiale, l'histoire des conflits fourmille de tromperies et de duperies qui ne furent pas toutes couronnées de succès.

Des faux moines, des Empereurs déguisés en maçon, des futurs papes feignant l'agonie pour être élus, des généraux doublés par des acteurs de cinéma, des villes en carton, des cadavres espions, etc... L'imagination humaine semble sans limite. Mais pour quelles causes ? Quels intérêts, sinon ceux de la domination.

Cet ouvrage offre une visions très anecdotique de l'histoire. Une suite de petites "nouvelles" historiques sans analyse ni recul, sans que les évènements soient non plus situés dans leur constexte.

L'auteur

Ecrivain et expert judiciaire, Daniel Appriou est l'auteur de plusieurs ouvrages, tels "Petite histoire des grands mots historiques", " Les destins tragiques de l'histoire de France", etc... . L'histoire vu par le "petit bout de la lorgnette" à hauteur d'anecdotes.

 

Extrait

"Hirsute, l'homme semblait épuisé. Il s'appuyait sur un long bâton qui, à chaque pas, frappait pesamment le sol, comme s'il s'agissait d'un effort extrême. La longue robe de bure sombre avait piètre allure et, sous le large capuchon, le moine dissimulait un visage à la barbe foisonnante.

Il faisait déjà nuit depuis des heures en ce 8 janvier 1297 lorsque le franciscain commença à gravir la côte raide qui menait à la citadelle. Il dépassa l'église deSainte-marie-au-Port et, en levant les yeux, le saint homme put apercevoir les tours noires et crénelées de la forteresse se détachant à peine sur le ciel sombre. Sa progression était lente, son pied glissait souvent sur les cailloux qu'il envoyait rouler vers le bas.

Sans doute les gardes en faction au-dessus de l'unique poterne avaient-ils entendu les éboulis venus rompre le silence de cette nuit d'hiver. D'ailleurs, l'homme d'Eglise ne faisait rien pour passer inaperçu et, après maints efforts et signes d'essoufflement, il parvint enfin au pied de l'imposante muraille qui l'écrasait de sa masse. La porte de bois renforcé d'épaisses ferrures aux clous énormes était l'unique accès à la forteresse fichée sur son éperon rocheux."

 

 
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