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24/12/2010

Truman Capote : "La Traversée de l'été"

Editeur : Grasset - 2006

Grady McNeil a dix-sept ans et l'âme passionnée. Elle est secrètement amoureuse de Clyde, gardien de parking à Broadway. Alors qe ses riches parents vont passer l'été en Europe, elle se retrouve seule dans un New-York vibrant sous la canicule. Son ami d'enfance, le fantasque et fidèle Peter Bell lui tiendra compagnie. Mais, délaissant le luxe de la 5eme Avenue, elle retrouve Clyde. Ils s'aiment mais à leur façon. La fierté provocante de Grady et la nonchalance de Clyde vont peu à peu les entraîner vers de dangereux précipices. Cette saison sera toute leur vie.

Ce premier roman de Truman Capote, aux accents fitzgeraldiens, fut retrouvé 20 ans après sa mort lors d'une vente aux enchères chez Sotheby's. Il s'agissait d'un manuscrit écrit sur quatre cahiers d'écolier. Roman dont Capote fait mention dans certaines lettres adressés à ses amis, il hésita à le publier de son vivant pour finalement y renoncer. La rédaction de La Traversée de l'été semble avoir débuté au milieu des années 40, Capote a 19 ans, puis reprise en 1949 lors d'un séjour en Italie. De retour aux USA, le roman est abandonné. Capote écrit à une amie, en juin 1953 : "Quant à La traversée de l'été, il y a longtemps que je l'ai déchiré, et de toute façon, il était inachevé." En fait, le roman est abandonné dans l'un des logements new-yorkais de Truman Capote et sera récupéré, avec d'autre effets, par le propriétaire du logement lorsqu'il le débarrassera pour le relouer. Le manuscrit, acheté par la New York Public library fut finalement publié en 2006.

C'est bien un récit complet qui est publié. Mais un récit que Capote jugeait ne pas avoir mené à sa perfection.

Il s'agit d'une sorte d'East Side Story, du heurt de deux mondes qui se croisent, s'attirent sans vraiment se comprendre. Tout en finesse psychologique, avec un style d'une très grande richesse, difficile de considérer qu'il s'agit là d'un roman écrit par un jeune homme de 20 ans. Les thèmes de ce court roman sont universels : l'amour, l'amitié, la difficulté d'affronter les différences sociales, l'insouciance et le besoin d'absolu des adolescents. Ses personnages sont attachants et la montée dramatique du récit ménage une fin abrupte et inattendue.

 

L'auteur

 Abandonné à cinq ans par sa mère, le jeune Truman Capote (nom de naissance Truman Streckfus Persons) est élevé par ses tantes à la Nouvelle Orléans. Il commence à écrire à l'âge de dix ans et publie sa première nouvelle, Miriam, à vingt ans. Il se fait connaître dès son premier roman, Les Domaines hantés, paru en 1948. Après le succès du Petit Déjeuner chez Tiffany, portrait aigre-doux d'une marginale, Capote change radicalement de style. Il consacre six années à l'écriture de De Sang froid, une enquête très réaliste tiré d'un fait divers sanglant. C'est là le manifeste du "non fiction novel" (roman de non-fiction) par l'enfant terrible de la littérature américaine. Au sommet de sa gloire, mondain, alcoolique, il est aussi célèbre pour ses propos corrosifs que pour ses livres. Son roman inachevé, Prières exaucées, offre une peinture sans fard des milieux qu'il fréquente et fait scandale avant même d'être publié. Il meurt à 60 ans, rongé par une vie d'excès.

 

Extrait

 "Devant elle s'étendait un couvre-lit bleu, immense comme un ciel sans fond ; mais ce lit lui semblait étranger, un endroit qu'elle aurait juré n'avoir jamais vu. la lumière jouait sur la surface soyeuse, y dessinait des lacs et les oreillers dressaient des montagnes inexplorées. Quand Clyde l'enlaçait sur la banquette de la voiture ou dans les terrains vagues qu'ils avaient repérés en banlieue, elle n'éprouvait aucune appréhension. Mais le lit avec ses lacs, son ciel démesuré, ses étranges reliefs, l'impressionnait et l'effrayait par sa solennité.

"Tu as froid ou quoi ? demanda-t-il, tandis qu'elle se pressait contre lui comme si elle voulait le traverser.

- Ce n'est rien, juste un frisson, répondit-elle en s'écartant légèrement. Dis-moi que tu m'aimes.

- Je te l'ai déjà dit.

- Oh non ! Tu ne l'as pas dit. J'écoutais et je n'ai rien entendu.

- Laisse-moi le temps.

- Je t'en prie."

Il s'assit et regarda l'heure de la pendule de la chambre. Il était plus de cinq heures. Avec des gestes décidés, il enleva sa visière et commença à délasser ses souliers.

"Clyde, je t'en prie, dis-le moi.

- Ouais, dans un mmoment, répondit-il en souriant.

- Il ne s'agit pas de ça, répliqua-t-elle. Sans compter que ça ne me plaît pas tant. On dirait que tu parles à une pute.

- Laisse tomber, ma poule. Tu ne m'as pas amené ici pour parler d'amour.

- Tu me dégoûtes.

- Ecoutez-là ! Elle est furieuse !"

Un silence suivit, volant bas comme un oiseau blessé. Clyde le rompit.

" Tu as envie de me gifler, hein ? C'est marrant quand tu te fâches comme ça. Ca ne me déplaît pas. Tu es du genre soupe au lait, hein ?"

Il souleva Grady qui se sentit plus légère et enfouit sa tête dans le cou de l'aimé.

" Tu as encore envie que je te le dise ? murmura-t-il en lui caressant les cheveux. Je le ferai, promis juré. Mais déshabille-toi d'abord."

 

04/12/2010

Nazim Hikmet : "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?"

Publié aux Editions de Minuit - 1980

 

C'est au hasard d'une visite sur un marché de bouquinistes à Grenoble au printemps dernier, que je suis tombé sur ce petit ouvrage de Nazim Hikmet, poète révolutionnaire turc dont j'avais déjà lu "La Joconde et Si-Ya-Ou", un autre de ses textes majeurs.  "Benerdji", dont l'écriture s'est étalée sur 3 ans  fut publié à Istanbul en 1932. Il est l'oeuvre d'un jeune poète de 30 ans qui a déjà publié plusieurs recueils de poésie. Mais il est surtout l'oeuvre d'un poète engagé qui a participé activement à la vie politique de son pays dans les années 20. Le thème : " Ce livre, qui a été écrit contre l'impérialisme et qui (...) parle de tous ceux qui ont sacrifié leur vie afin d'abattre l'impérialisme, ( explique) dans quelles conditions un révolutionnaire aura acquis le droit de se tuer", selon l'auteur lui-même.

Il entreprend l'écriture du texte en 1930, à la sortie de son premier séjour en prison et alors qu'il vient d'être exclu du Parti Communiste Turc suite à des intrigues internes. C'est la même année que le grand poète Vladimir Maïakovski se donne la mort.

Le rapport de l'individu à la Révolution et à sa propre vie est posé en grand ! C'est le sens du texte "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?". Une réflexion poétique sur l'importance de l'engagement dans un contexte général et sur le comportement de l'individu face à cet engagement...

 

Pourquoi Bénerdji s’est-il suicidé ?

 

L'auteur

 

 « Je suis né en 1902
Je ne suis jamais revenu sur le lieu de ma naissance
Je n'aime pas me retourner »

Et le « géant aux yeux bleus » ne revint jamais à Salonique... Nâzim, enfant, est bercé par la poésie de son grand-père Pacha, un haut fonctionnaire ottoman, et par sa mère, Djélilé, artiste férue de culture française.

Révolté par l'occupation d'Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l'indépendance et enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il a tout juste vingt ans quand il part à Moscou, en 1922.

Il retourne en Turquie en 1924, après la guerre d'indépendance, mais, victime de persécutions, car c'est désormais un « rouge », il repart à Moscou en 1926 et multiplie les allers-retours.

Moscou bouillonne alors. Il y fait la rencontre de Maïakovski et des futuristes russes, dont l'influence bouleverse sa poésie, et travaille avec Meyerhold.

Communiste parce qu'il aime tout, passionnément, la liberté, son pays, son peuple et ses femmes, il devient le génie en exil de l'avant-garde turque. De retour en Turquie, il est condamné en 1938 à vingt-huit ans d'emprisonnement, car il a publié, en 1936, un éloge de la révolte, L'Epopée de Sheik Bedrettin, ou le combat d'un paysan contre les forces de l'Empire ottoman. Il est libéré en 1949 grâce à l'action d'un comité international de soutien, formé à Paris par ses camarades Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Paul Robeson.

C'est avec ce dernier et Pablo Neruda qu'il partage en 1950 le Prix mondial de la paix. In absentia, car Hikmet, affaibli par une longue grève de la faim ainsi que de graves problèmes cardiaques, ne peut se déplacer à Varsovie, où la cérémonie a lieu.

Hikmet est constamment surveillé. Il échappe miraculeusement à deux tentatives de meurtre, mais ne parvient pas à être exempté du service militaire, qu'on lui demande d'effectuer à cinquante ans. C'est la guerre froide, et il milite contre la prolifération de l'armement nucléaire. Que faire si ce n'est fuir, se réfugier en Union soviétique, laissant femme et enfants ?

Devenu membre très actif du Conseil mondial de la paix, le poète chante l'Internationale, mais ne tait pas son rejet du stalinisme. Le « communiste romantique » célèbre la lutte, synonyme de vie, une liberté que ronge, selon lui, l'autorité.

Citoyen polonais suite à la perte, immense, de la nationalité turque, il voyage partout, pour tromper l'exil. En Europe, en Afrique et en Amérique du Sud seulement, car les Etats-Unis lui refusent un visa.

Nâzim Hikmet meurt à Moscou en 1963.

 

Extrait

J'ai reçu la lettre que voici de Benerdji. Je la publie telle quelle :

"Quand on te remettra

          cette

             lettre,

depuis longtemps peut-être

             j'aurais dit :

                point,

                    c'est fini.

Et, cette fois-ci,

         ce ne sera pas une pierre

                     lancée par mes amis,

mais une saloperie de balle

                                           que j'aurai reçue à la tête.

Je sais bien,

Nâzim,

il ne faut pas devant la mort

poser pour la galerie,

                idiot comme Hamlet

                      comique comme Werther.

Mais que puis-je faire d'autre,

                Nâzim,

                 comment m'en sortir ?

Prendre une belle pose

         et se tuer,

             c'est bien beau, en vérité...

Tiens,

mon voisin du palier s'est éveillé,

                      l'eau coule dans l'évier,

                                                   il se lave le visage...

Il descend en sifflotant

                 les escaliers,

                       il est sorti...

Et moi...".

 

30/11/2010

Philip KERR : "Un requiem Allemand"

Troisième et dernier roman de "La trilogie Berlinoise" de Philip KERR, "Un requiem allemand", marque la mort de l'Allemagne nazie. Les troupes des armées de libération ont envahi l'Allemagne et occupent le pays. Berlin, administré par les alliés qui ont découpé la ville en plusieurs zones, est anéantie. Les berlinois vivent de rien au milieu des ruines de la guerre dans un Berlin de cauchemar, écrasé sous les bombes, en proie au marché noir, à la prostitution, aux exactions de la soldatesque ...
Américains et Soviétiques se partagent le pouvoir et intriguent sur les dépouilles du nazisme dont certains survivants vendent leurs services aux uns et aux autres.

C'est dans cette ambiance de 1947 que nous retrouvons Bernie Gunther, le détective berlinois dont l'enquête va nous mener de Berlin à Vienne. Contacté par un colonel de renseignement soviétique, dans le but de sauver de la potence un nommé Becker, accusé du meurtre d'un officier américain. Mais quel rôle jouait au juste ce Becker — que Bernie Gunther a connu quelques années plus tôt ? Trafiquant ? espion ? coupable idéal ?
À Berlin, puis à Vienne, tandis que la dénazification entraîne une valse des identités et des faux certificats, Bernie enquête. Mais qui manipule qui ? Les Soviétiques ou les Américains ?

 

 L'auteur

Philip Kerr, né à Edimbourg, en Ecosse, en 1956 a étudié à l'université de Birmingham et a travaillé en tant que rédacteur pour divers journaux avant de devenir écrivain. Auteur d'une dizaine de romans traduits en 25 langues, il vit maintenant à Londres avec sa femme, Jane Thynne, auteure également, et leurs trois enfants.

En 1989, à 32 ans, il envoie son manuscrit de l'Eté de cristal à quelques éditeurs londoniens. Accepté sans coup férir ! Très vite viendront un deuxième tome, puis un troisième et le succès, bientôt mondial (sa Trilogie a été vendue dans plus de 40 pays). Le petit Gallois au teint mat qui se faisait moqué par ses copains d'école prend sa revanche. "Je me suis fait par moi-même, aime à répéter ce fils de la working class.

 

 

Extrait

 "J'étais à demi tourné lorsque son arme s'abattit sur moi. En tombant, j'eus le temps de distinguer un gros type chauve à la mâchoire tordue. Il me saisit par la peau du cou pour me remettre sur pied et je me demandai pourquoi je n'avais pas piégé tout le pourtour de mon col avec des lames de rasoir. Il me poussa dans un petit sentier menant à une clairière où se trouvaient plusieurs grandes poubelles. Une petite fumée et une odeur écoeurante s'élevaient du toit d'une petite cabane en brique où l'on brûlait des ordures. A côté de quelques sacs de ciment, une plaque de tôle rouillée était posée sur un soubassement de brique. L'homme m'ordonna de la soulever.

Cela me vint tout d'un coup. C'était un Letton. Un gros lard de Letton. S'il travaillait pour Arthur Nebe, il avait dû appartenir à une division SS lettone ayant sévi dans un cmp de la mort polonais. Les endroits comme Auschwitz comportaient de nombreux gardiens lettons. Les lettons étaient déjà des antisémites fervents alors que Moses Mendelssohn était encore l'enfant chéri de l'Allemagne.

Tirant de côté la plaque de tôle, je découvris une sorte de puits de vidange ou de fosse à fumier. En tout cas, ça en avait l'odeur. le chat de tout à l'heure surgit entre deux sacs marqués "oxyde de calcium" posés près de la fosse. Il miaula d'un air méprisant, comme pour me dire : " Je t'avais prévenu qu'il y avait quelqu'un dans la cour, mais tu ne m'as pas écouté." L'âcre odeur de chaux qui s'élevait de la fosse me donna la chair de poule. " Eh oui, miaula le chat comme dans une nouvelle d'Egar Poe, l'oxyde de calcium est un alcali bon marché qui sert à traiter les sols acides. Un produit qu'on s'attend à trouver dans un vignoble. Mais on l'appelle aussi chaux vive, et la chaux vive est très efficace pour accélérer la décomposition des cadavres."

Je compris avec horreur que le Letton avait la ferme intention de me tuer. Et moi, tel un philologue, je m'évertuais à définir son accent et à me remémorer des formules chimiques apprises à l'école."

 

27/11/2010

Philip KERR : "La Pâle figure"

Second opus de "La trilogie Berlinoise" de Philip Kerr, "La Pâle figure" nous conduit sur les pas du détective Bernie Gunther dans l'Allemagne nazie de l'été et de l'automne 1938. Nous l'avions laissé dans le premier opus, "L'Eté de cristal", alors qu'il venait de sortir de Dachau en 1936, à l'heure des Jeux Olympique de Berlin. Deux ans plus tard, nous le retrouvons avec son associé Bruno Stahlecker, toujours pris entre ses convictions anti-nazies, son insolence et sa volonté de survivre fusse au prix de quelques compromis avec le pouvoir en place.

Sommé de réintégrer la police, avec le grade de KriminalKommissar et de quitter son métier de détective, Bernie va fréquenter les milieux interlopes du Berlin nazi pour cette nouvelle enquête qui le conduit à cotoyer les plus hauts dignitaires du régime. Plusieurs jeunes aryennes ont été retrouvées mortes, égorgées. Les coupables désignés par le pouvoir : les Juifs. B. Gunther est chargé  par Heydrich de faire la lumière sur cette affaire. Il continue cependant à mener l'enquête au service d'une riche veuve dont les penchants homosexuel du fils risquent de le conduire dans les camps de concentration. Dans les coulisses du pouvoir, Bernie va fréquenter les milieux de la psychiatrie, les cercles homosexuels ( une certaine homophobie transparait dans les propos du détective, parfois difficilement supportable !), les pratiques occultes, les complots contre Hitler, etc... .

 

L'auteur

P.B. Kerr est né à Edinburgh en 1956, ville où il a suivi sa scolarité avant d'intégrer l'Université de Birmingham en 1974 pour suivre des études de Droit. Titulaire de son diplôme de Droit en 1980, il s'oriente vers des emplois de rédacteurs dans diverses publications. C'est en 1989 qu'il publie sa première nouvelle, "Les violettes de mars" suive du premier roman de la Trilogie Berlinoise, "L'été de cristal". Depuis, il n'a cessé d'écrire , totalisant 13 ouvrages à ce jour.

Il est père de trois enfants et marié à l'auteure Jane Thynne

 

 

 

 Extrait

"Frau Lange était une grande et grasse orchidée. Des bourrelets de graisse tressautaient sous ses bras et sur son visage couleur de pêche, comme chez ces stupides clébards qu'on gave jusqu'à ce que leur robe devienne beaucoup trop grande pour eux. Son stupide clébard était encore plus informe que le flasque shar-pei auquel elle ressemblait.

- C'est très aimable à vous d'être venu si vite, déclara-t-elle.

J'émis quelques grognements déférents, mais elle avait cette sorte d'élégance que l'on ne peut acquérir qu'en habitant un endroit aussi extravagant que Herberstrasse.

Frau Lange s'installa dans une chaise longue verte et étala son chien sur ses larges cuisses comme si sa fourrure était un tricot qu'elle entendait poursuivre tout en m'expliquant son problème. Elle devait avoir dans les 55 ans. Peu importe, à vrai dire. Lorsqu'une femme dépasse la cinquantaine, son âge n'a plus d'intérêt pour personne, sauf pour elle. Alors que pour les hommes, c'est exactement le contraire.

Elle me tendit un étui à cigarettes.

- Ce sont des mentholées, précisa-t-elle comme s'il s'agissait d'une clause conditionnelle."

 

 

 

 

21/08/2010

"L'ETE de CRISTAL" - Philip KERR

Publié en 1989 - 2008 Editions du Masque - Livre de Poche.

Il s'agit du premier des trois romans de Philip KERR qui forment la Trilogie Berlinoise. Nous sommes en 1936, le IIIeme Reich et les Nazis sont au pouvoir et ont installé leur domination sur le pays. Dans ce contexte, Bernie Gunther, ancien combattant de la guerre de 1914-18 sur le front turc, ex-commissaire de la police berlinoise, devenu détective privé après l'arrivée des nazis au pouvoir, spécialisé dans les disparitions qui ne sont pas rares à cette époque et viscéralement anti-nazi, mène l'enquête suite à la mort de la fille d'un des magnats de l'acier, retrouvée carbonnisée dans leur maison avec son mari ( un offcier nazi).

Gunther, homme solitaire, témoin de son époque, malmené par les soubressauts de l'histoire, accompli son travail d'enquêteur dans un Berlin "nettoyé" pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux Olympiques. Les principaux protagonistes de cette histoire s'appellent Goering, Himmler, Heydrich ... Une descente aux enfers de l'Allemagne nazie. Un tableau parfois plus criant que bien des leçons d'histoire sur le quotidien de la vie des allemands durant ces années noires. Nous passons des cabarets berlinois, au stade d'athlétisme des JO de Berlin, aux "bureaux" des chefs de la gestapo, jusqu'au KZ ( Camps de concentration) où Gunther devra se faire interner pour terminer son anquête.

 

 

L' auteur : Philippe KERR

 

 Philip Kerr, né à Edimbourg, en Ecosse, en 1956 a étudié à l'université de Birmingham et a travaillé en tant que rédacteur pour divers journaux avant de devenir écrivain. Auteur d'une dizaine de romans traduits en 25 langues, il vit maintenant à Londres avec sa femme, Jane Thynne, auteure également, et leurs trois enfants.

En 1989, à 32 ans, il envoie son manuscrit de l'Eté de cristal à quelques éditeurs londoniens. Accepté sans coup férir ! Très vite viendront un deuxième tome, puis un troisième et le succès, bientôt mondial (sa Trilogie a été vendue dans plus de 40 pays). Le petit Gallois au teint mat qui se faisait moqué par ses copains d'école prend sa revanche. "Je me suis fait par moi-même, aime à répéter ce fils de la working class. A la maison, quand mon père me voyait écrire, il me lançait : "Comment ça va, Colin Higgins ?" du nom de l'auteur de Harold et Maude, le seul livre qu'il ait jamais lu." Philip, lui, a dévoré John le Carré, Isherwood, Graham Greene, Chandler, Wodehouse, Hemingway, Eric Ambler et... Hegel.

 

Extrait

"Il souffla un jet de fumée et examina l'extrémité de son cigare.

- Seriez vous en train de suggérer que j'achète de la marchandise volée, Herr Gunther ? Si c'est le cas, je dois vous...

- Ouvrez grand vos oreilles, Neumaier, parce que je n'ai pas fini. Mon client a les reins solides. Il vous réglera comptant et en liquide. ( Je lui balançai la photo du collier de Six sous les yeux). Si un guignol vient vous le proposer, appelez-moi. Mon numéro est inscrit au verso.

Neumaier regarda tour à tour la photo et mon visage avec le même air dégoûté, puis il se leva.

- Vous êtes un sacré rigolo, Herr Gunther. Il doit vous manquer une case ou deux. Sortez d'ici avant que j'appelle la police.

- Ce n'est pas une mauvaise idée, rétorquai-je. Je suis sûr qu'ils seront très impressionnés par votre esprit civique quand ils auront inspecté le contenu de vos coffres. Il vous faudrait être honnête pour être si sûr de vous.

- Sortez !

Je me levai et le laissai dans son bureau. Je n'avais pas prévu de mener mon affaire comme ça, mais ce que j'avais vu dans la boutique m'avait écoeuré. En sortant, je vis justement le binoclard en négociation avec une vieille dame qui voulait vendre sa boîte à bijoux. Il ne lui en proposait même pas le prix qu'elle en aurait tiré à une vente de l'Armée du Salut. Plusieurs des Juifs qui attendaient derrière elle me regardèrent avec une expression où se mêlaient l'espoir et le fatalisme. Je me sentis aussi désemparé qu'une truite sur un étal de poissonnier et, je ne sais pourquoi, éprouvai quelque chose qui ressemblait à de la honte."

 

29/07/2010

Jorge AMADO : "CACAO"

Editions Stock 2010

Une plantation de cacao, au sud de Bahia, au Brésil : le "Domaine Fraternité". Nous sommes dans les années 1930. Un monde d'ouvriers agricoles, véritables esclaves des temps modernes, réduits à la misère. Seuls le tafia et les femmes distraient leur vie rythmée par la récolte des fruits des cacaoyers. Sergipano, le narrateur, issu de la classe moyenne mais déclassé suite à la mort de son père, à cause d’un oncle ambitieux et sans scrupules, n'a d'autre choix que de se "louer" au Colonel Mané-la-Peste, le propriétaire de la plantation. C'est ainsi qu'il débarque au "Domaine Fraternité".

Le jeune homme va faire l'expérience de l'exploitation, de la fraternité qui lie les ouvriers de la plantation.On suit les aventures de Sergipano et de ses compères d’infortune, affamés, comme Colodino, Joao Grilho ou Honorio l’homme de main qui réussit à manipuler le propriétaire car il a des informations compromettantes le concernant. On rencontre aussi des femmes qui font « la vie », c'est-à-dire qu’elles vendent leurs corps aux hommes qui trouvent à leurs cotés le peu de distraction de leur vie de labeur. Et l’existence de Magnolia, de Mariette ou d’autres filles très jeunes n’a rien à envier à celles de leurs compagnons d’infortune.


Jorge Amado nous décrit un monde coloré, au langage cru, direct et sans fioritures. Il évoque, dans ce roman, la naissance de la conscience de classe. "J'ai essayé de raconter dans ce livre, avec un minimum de littérature au profit d'un maximum d'honnêteté, le vie des travailleurs dans le sud de l'Etat de Bahia" précise Jorge Amado.

 

Ce court roman intense, le second de l’auteur, plonge le lecteur au sein du Brésil des années 1930, au milieu de la moiteur des cacaoyères et de la violence sociale de ce pays.
Cacao
L'auteur
Jorge Amado naît en 1912 à Ferradas, dans une plantation de cacao du Sergipe, au sud de la province brésilienne de Bahia, "terre violente" que les planteurs se disputent arme au poing. Les Jésuites de Bahia, chez qui il entre en internat à dix ans, voient en lui une vocation de futur novice. Trois ans plus tard, ils disent une messe d'action de grâces lorsqu'il s'enfuit après s'être proclamé athée et bolcheviste. On le retrouve, deux ans après, travaillant dans un journal, puis à Rio de Janeiro où il étudie le droit.
 
C'est en 1931, après l'arrivée au pouvoir du dictateur Getulio Vargas, que Jorge Amado, journaliste débutant, publie son premier roman, Le Pays du Carnaval. Il a dix-neuf ans. Il refusera jusqu'au début des années 90 que soit traduit O País do Carnaval. Sans doute parce qu'ensuite, tout au long de son existence, il refusera le scepticisme condescendant qui caractérise Paulo Rigger, personnage principal du livre: "Tout le pessimisme qui transparaît dans ce roman est complètement artificiel. C'est une attitude naïvement littéraire."
 
C'est la même année qu'il se met à militer très activement au Parti Communiste, alors interdit au Brésil. Sa vie, dès lors, n'est qu'une suite d'exils, d'errances et de retours. Emprisonné une douzaine de fois, ses livres brûlés et interdits, contraint de s'exiler en Argentine en 1941, puis de retour à Bahia en 1943 lorsque le Brésil se range aux côtés des Alliés contre l'Axe, élu député communiste en 1945, de nouveau contraint de s'exiler en 1948 lorsque le Parti Communiste est ré-interdit, réfugié en France, expulsé de France et interdit de séjour pendant 16 ans, militant itinérant dans les démocraties populaires durant la guerre froide, revenu au Brésil après avoir reçu le prix Lénine ...
 
Il ne faut donc pas s'étonner que ses premiers livres reflètent son engagement; Cacao, Suor, qui décrivent la misère et l'oppression des classes populaires brésiliennes. Pourtant à partir de Bahia de Tous les Saints (1935) et de Mar Morto (1936), le souffle épique l'emporte sur l'aspect militant, sans pourtant le diminuer mais en échappant au communisme romantique des écrits de jeunesse. 
 
C'est 1954 qui marque le véritable tournant: il décide de s'éloigner du parti pour écrire Gabriela, girofle et cannelle et n'être enfin plus qu'un «anti-docteur par excellence; l'anti-érudit, trouvère populaire, écrivaillon de feuilletons de colportage, intrus dans la cité des lettres, un étranger dans les raouts de l'intelligentsia». Il chantera désormais Bahia, les fêtes chez les amis, les chansons de Vinicius de Moraes, la cuisine afro-bahianaise à l'huile de palme et au lait de coco, la cachaça, la vatapà et les moquecas dont les noms sont déjà des voyages, et les femmes, toutes les femmes; professionnelles, occasionnelles, «dames putes», filles de famille ou patriotes qui se donnent gracieusement aux anti-fascistes et que, dans ses «Navigations de cabotage», il appelle toutes d'un seul nom, Maria: «Maria chacune, toutes, passagères embarquées aux escales, ombres fugaces sur les quais du port, de port en port, ronde du vieux marin».
 
Cet "anti-docteur" a pourtant reçu tous les prix imaginables, sauf le Nobel. Il est le romancier le plus célèbre de et dans son pays, traduit dans plus de quarante langues, et avec quelques footballeurs, le Brésilien le plus connu à l'étranger, sans doute, et c'est le paradoxe, grâce aux dictatures qui l'ont contraint à vivre si longtemps en exil. Immensément populaire au Brésil, symbole du syncrétisme brésilien né de la nécessité où se sont trouvés les Noirs, pour pouvoir conserver leurs dieux, de les faire fusionner avec la religion catholique, véritable légende vivante (pour son quatre-vingtième anniversaire, des foules s'étaient massées place du Pelhourino, à Bahia, pour un concert d'hommage et d'amitié donné par Gilberto Gil, Maria Bethania, Caetana Veloso). Jorge Amado est décédé en 2001.
Extrait
" Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi les bordels sont pleins d'images de saints. Rue du Bourbier, c'était ainsi. L'image de Notre-Seigneur de Bonfim, toutes les maisons la possédaient. Antonieta, avant de se coucher avec un homme, faisait sa prière. Elles croyaient en la sorcellerie et faisaient des promesses. Elles maudissaient la vie qu'elles menaient et en même temps remeciaient tous les jours le Créateur de les avoir mises au monde. Le frère Bento parlait contre elles dans ses sermons du dimanche. Mais le frère Bento, comme me l'expliqua Zéfa, était client de l'épouse du docteur Renato.
Pauvres filles, qui pleuraient, priaient et se soûlaient dans la rue du Bourbier. Pauvres ouvrières du sexe. Quand viendra-t-il, le jour de votre libération ?
Que de trésors de tendresse perdus, combien de bonnes mères et de bonnes travailleuses ! Pauvres malheureuses, à qui les dignes épouses refusent même le droit au royaume du ciel. Mais les riches n'ont pas honte de la prostitution. Ils se contentent de mépriser les infortunées. Ils oublient que ce sont eux qui les ont amenées là.
Je songe au jour où la rue du Bourbier se lèvera, lacèrera les images des saints, s'occupera des cuisines des riches. Ce jour-là, elles pourront même avoir des enfants."
 
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