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11/07/2010

B. TRAVEN : "Le Vaisseau des morts"

Editions La découverte, Poche - 2010

 

Ce roman de l'énigmatique B. Traven fut publié  en Allemagne en 1926. C'est son premier roman dans lequel il dénonce le capitalisme et les inégalités sociales dont il est porteur. Mais ce roman résonne très fort aujourd'hui car il décrit les péripéties d'un marin devenu apatride, refoulé de tous les pays qu'il traverse. Il pose ainsi la question des sans-papiers et de leur destin. Celui du personnage principal, narrateur, Gérard Gale, sera funeste. Embarqué sur la Yorikke, vaisseau fantome qui trafique sur les mers du monde, cercueil flottant voué au nauffrage pour que l'armateur puisse toucher la prime d'assurance, le marin connaîtra l'enfer.

Si le burlesque l'emporte dans les premières pages, le réalisme s'impose dans la seconde partie du roman qui décrit les conditions d'existence de ces hommes, qui, dépouillés de tous leurs droits, car sans papiers, morts vivants, acceptent les conditions de vie les plus dégradantes sans pourtant cesser d'espérer.

 

 

L'auteur

 

B. Traven est un écrivain de langue allemande, surtout connu pour son roman Le Trésor de la Sierra Madre (Der Schatz der Sierra Madre).

Ce livre a été porté à l'écran par John Huston, dans un film du même nom, avec comme acteur principal Humphrey Bogart. On sait que B. Traven aurait participé au tournage de ce film sous le nom de Hal Crove, représentant artistique de Traven.

Parmi ses différents pseudonymes, on relève : Traven Torsvan, Berick Torsvan, Richard Feige, Kraus Linger, Otto Wienecke, Hugo Kronthal... Mais Traven a toujours souhaité brouiller les pistes de son parcours souvent par nécessité (il a longtemps été recherché), par malice (le désir amusé de brouiller les pistes) et surtout par conviction (car pour lui seule l'œuvre compte).

 En fait, celui qui signait B.Traven, est l'acteur Ret Marut. Lorsque la guerre éclate, il n'est pas enrôlé, mais devient journaliste et écrivain. Secondé par Irene Mermet, son amie et collaboratrice, Marut va publier des nouvelles pacifistes et surtout, à partir de 1917 diriger, malgré la  censure, une revue anarchiste, Le Fondeur de Brique (Der Ziegelbrenner) vendu sur abonnement. Le 7 novembre 1917 se crée la République des Conseils de Bavière, à laquelle Marut va participer activement avec Irene. Responsable de la Presse, il est arrêté le 2 mai 1919, mais réussit à s'évader, puis en compagnie d'Irene, il va errer pendant trois ans et demi à travers l'Europe, sous divers pseudonymes. Finalement,  il réussit en avril 1923 à embarquer sur un cargo pour Tampico, port mexicain.

Il arrive au Méxique peu après la mort du dictatuer Porfirio Diaz, en pleine révolution mexicaine.

Sa découverte du Mexique et de l'exploitation des indiens va devenir le moteur premier de ses écrits et de sa vie pendant ces dix annnées prolifiques. Ses ouvrages seront écrits en allemand et publiés par le journal socio démocrate Vorwarth en feuilletons. Inauguré par Les Cueilleurs de Cotton, suivront Le Vaisseau des Morts et Le Trésor de la Sierra Madre. Parallèlement, Traven participe à des expéditions archéologiques et ethnologiques au Chiapas comme photographe, sous le nom de Torsvan, tout en suivant des cours de civilisation et d'histoire indianiste à l'Université de Mexico.

A partir de 1928, il entame le cycle dit de la Jungle, avec des nouvelles et récits comme L'arbuste et Le pays de printemps (illustrés de ses photos) et des romans comme Un Pont dans la Jungle et Rosa Blanca. À partir de 1931, il obtient un permis de séjour et part s'installer près d'Acapulco,  à Parque Cachu. Puis, c'est le cycle de la caboa (caoutchouc), le plus prolifique avec notamment La Charette, Gouvernement, Le général de la Jungle et La révolte des Pendus.

Son dernier livre Le Général de la Jungle ne fut publié qu'en 1939 en Suède. Mais il avait pratiquement cessé d'écrire. En 1951, il s'installe à Mexico. Désormais, il se consacre à la diffusion de ses livres et aux adaptations de ses films (9 de son vivant). Lors de l'épisode du Trésor de la Sierra Madre, le journaliste Louis Spota révèle que Torsvan n'est autre que le célèbre écrivain B Traven. Commence alors la chasse au Traven dont il s'amusera à déjouer tous les pièges avec habileté et amusement, jusqu'à sa mort le 16 mars 1969. Ces cendres furent transportées au Chiapas et dispersées au-dessus du Rio Jataté.

 Extrait

 "Un consul s'occupe des formalités de douane et de police pour des douzaines de bateaux, il doit bien savoir lesquels ont besoin de matelots. Surtout que je n'ai pas un sou.

- Où est votre livret de marin ?

- Je l'ai perdu.

- Avez-vous un passeport ?

- Non.

- Une pièce d'identité ?

- Je n'en ai jamais eu.

- Bon, alors qu'est-ce que vous venez faire ici ?

- Je pensais que vous m'aideriez, vu que vous êtes mon consul.

Il fit la grimace. C'est drôle, les gens font toujours la grimace quand ils ont envie de nous flanquer une raclée.

Avec cette grimace sur les lèvres, il me rétorqua :

- Votre consul ? Prouvez-moi d'abord, mon cher, que je suis votre consul.

- Je suis américain, et vous êtes le consul des Etats-Unis.

C'était la vérité.

Mais apparemment, elle ne lui convenait pas, car il me dit :

- Je suis bien consul des Etats-Unis, quoique pour l'instant encore vice-consul. Mais vous, prouvez-moi d'abord que vous êtes américain. Où sont vos papiers ?

- Je viens de vous dire que je les avais perdus.

- Perdus. Comment peut-on perdre ses papiers ? On les porte toujours sur soi, surtout quand on se trouve dans un pays étranger. Vous n'êtes même pas en mesure de me prouver que vous étiez à bord de la Tuscaloosa. A moins que vous en soyez capable ?

- Non ...

- Vous voyez bien. Que venez-vous faire ici ? "

08/05/2010

Gustave Le Rouge : "Le Mystérieux Docteur Cornélius"

Editions Manucius, Collection Aventures et Mystères. 2006

 

Les Editions Manucius ont édité l'ensemble des épisodes du "Mystèrieux Docteur Cornélius" de Gustave Le Rouge, en format poche. Chaque livre regroupant deux épisodes de la série.

Ecrit en 1912 et publié alors sous forme de feuilleton en 18 épisodes, "Le Mystérieux Docteur Cornélius" est marqué par une croyance sans limite en la science et ses pouvoirs et se caractérise par un mélange des genres : science-fiction, aventure, policier, intrigue, romanesque ...

L'oeuvre de Gustave Le Rouge a été sauvée de l'oubli par Blaise Cendrars, admirateur de l'auteur, qui usa de son autorité littéraire pour faire connaître et reconnaître les qualités littéraires et poétiques de son ami.

Blaise Cendrars disait du "Mystérieux Docteur Cornélius" qu'il sagissait du "roman du monde moderne où, par les tableaux de la nature exotique, son amour des aventures, son goût policier de l'intrigue, sont penchant métaphysique, son don de visionnaire scientifique" , Le Rouge " a fait la somme du roman du XIXe siècle".

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Le premier tome de la collection  regroupe les deux premières aventures : "L'énigme du Creek sanglant" et "Le Manoir aux Diamants". De l'Ouest américain à la Bretagne, nous suivons le maléfique Baruch Jorgell sur les traces de ses crimes sanglants. Deux conceptions du monde s'affrontent : l'une incarnée par le sympathique savant français Prosper Bondonnat dont les travaux de recherches sont orientés dans le seul but d'ajouter une pierre à "l'édifice radieux de la modernité", l'autre, par le maléfique docteur Cornélius Kramm, chirurgien esthétique américain, "sculpteur de chair humaine", inventeur de la "carnoplastie", obsédé par la conquête du pouvoir et de l'argent.

Le mystérieux Dr Cornélius tome 1

 

L'Auteur

 

 Gustave Henri Joseph Lerouge dit Gustave Le Rouge, né à Valognes le 22 juillet 1867 et mort à Paris  le 24 février 1938. Auteur de nombreux ouvrages sur toutes sortes de sujets - un roman de cape et d'épée, des poèmes, une anthologie commentée de  Brillat-Savarin, des Souvenirs, des pièces de théâtre, des scénarios de films policiers, des ciné-romans à épisode, des anthologies, des essais, des ouvrages de critique… - et surtout de romans d'aventure populaires. Suiveur de Jules Verne et de Paul d'Ivoi dans ses premiers essais dans ce genre (La Conspiration des Milliardaires, 1899-1900 ; La Princesse des Airs, 1902 ; Le sous-marin "Jules Verne", 1902), il s'en démarque nettement dans les ouvrages plus aboutis du cycle martien (Le prisonnier de la planète Mars, 1908 ; La guerre des vampires, 1909) et dans Le Mystérieux Docteur Cornélius (1911-1912, 5 vol.), considéré comme son chef-d'œuvre. Le Rouge y récuse tout souci de vraisemblance scientifique au profit d'un style très personnel, caractérisé par une circulation permanente entre le plan du rationalisme et celui de l'occultisme, et par l'imbrication fréquente entre l'aventure et l'intrigue sentimentale (à la différence de Jules Verne).

Ses thématiques personnelles s'appuient sur un antiaméricanisme viscéral, nourri d'un puissant anti-capitalisme (La Conspiration des Milliardaires, Todd Marvel, détective milliardaire), fruit d'une sensibilité politique qui oscille entre anarchisme et socialisme.

La puissance de l'imagination fertile de Gustave Le Rouge, ses pittoresques et attachantes créations, son style parfois délirant, tout cela a fait de lui un auteur reconnu par lessurréalistes.

 

Extrait

"Le brouillard s'étant un peu dissipé, Harry Dorgan crut voir remuer des ombres dans les buissons.

Il attendit, le coeur battant à grands coups.

Il comprenait que le moment où il allait savoir était proche.

Une minute s'écoula, rien encore.

Enfin des pas sonnèrent sur les planches vermoulues du pont.

Un homme s'avançait en titubant légèrement comme pris de boisson. Il portait sous le bras une énorme serviette de maroquin rouge. A la silouhette plutôt qu'à la physionomie qu'il discernait mal, l'ingénieur reconnut un certain Mr. Stewart, inspecteur des syndicats des terrains, un des personnages importants de la nouvelle ville, et qu'il avait eu souvent l'occasion de voir au club du Haricot Noir.

Mr. Stwart franchit le pont non sans peine, il faisait de nombreuses embardées à droite et à gauche et paraissait complètement ivre. Et il fallait qu'il le fût pour avoir choisi un pareil chemin, car Harry Dorgan l'avait souvent entendu exprimer de façon véhémente ses terreurs au sujet des assassins fantômes du Creek Sanglant.

A ce moment tous les globes électriques qui éclairaient l'agglomération ouest de Jorgell-City s'éteignirent. Une moitié de la ville fut plongée dans les ténèbres.

Les yeux hors de leurs orbites, le front mouillé d'une sueur glacée, Harry Dorgan regardait, éperdu d'horreur.

Il eût voulu crier, prévenir le malheureux ivrogne qui s'avançait en chancelant au-devant de la mort, mais sa gorge, contractée par une poignante émotion, ne laissa échapper aucun son.

Il fit effort pour se laisser glisser en bas du cèdre, ses membres étaient paralysés par une épouvante sans nom.

A ce moment, Mr Stewart était parvenu sur l'autre rive du Creek.

Il fit un pas en avant; et, tout à coup, du fond des ténèbres, une ombre bondit.

Mr Stewart avait jeté un cri d'angoisse déchirant. Son visage parut une seconde illuminé d'une auréole bleuâtre, et il roula à terre. L'assassin s'était déjà emparé de sa serviette et explorait ses poches. Tout cela s'était passé avec une telle rapidité qu'Harry Dorgan en demeurait confondu. Un seul geste, et la victime était tombée comme une masse, sans même avoir le temps d'achever son suprême cri d'agonie."

Le spectre mortel

24/04/2010

Pierre Miquel : "LE CHEMIN DES DAMES"

Publié en 1997, Librairie Académique Perrin.

 

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L'un des drames les plus effroyables de la Première Guerre mondiale : l'affaire du Chemin des Dames ! Les Allemands loin d'être surpris comme il était prévu, attendaient l'attaque. C'est ainsi que 100 000 poilus périrent en quelques jours, et cela sans résultat notable. Qui fut responsable ? selon Pierre Miquel, si le général Nivelle, commandant en chef de cette opération, a manqué de discernement, les politiques de l'époque, Poincaré et Briand n'en sont pas moins coupables.

La tragique réputation du Chemin des Dames vient de l'offensive imaginée et dirigée par le général Nivelle durant le printemps 1917. Cette bataille prend des noms différents selon les auteurs : offensive Nivelle, seconde bataille de l'Aisne ou bataille du Chemin des Dames. Cette offensive est un cruel échec pour les armées françaises : alors que Nivelle pensait que l'avancée serait foudroyante, Laon (située à une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau) devant être atteinte en fin de journée, le front allemand est à peine entamé. Pendant de nombreux mois, les armées allemandes et françaises se disputent le plateau.

Le bilan de l'offensive est difficile à établir. Les pertes françaises ont été souvent sous-évaluées en ne s'intéressant qu'aux pertes subies entre le 16 et 29 avril. Or, les combats se poursuivent jusque fin juin (prise de Craonne le 4 mai, prise de la Caverne du Dragonle 25 juin). Il convient alors de regarder les pertes sur les mois d'avril, mai et juin. Lors des comités secrets réunissant les députés du 29 juin au 7 juillet, le député Favre estime les pertes à près de 200 000 hommes côté français au bout de deux mois d'offensives. Quant aux pertes allemandes, elles sont encore plus difficiles à évaluer.

C'est après cette grande tuerie que se développèrent dans l'armée française des mutineries, particulièrement fréquentes après le 16 avril 1917, et concentrées essentiellement sur le Chemin des Dames et le front de Champagne.


Chanson de Craonne
envoyé par Horadrim.

L'auteur

Né la 30 juin 1930, Pierre Miquel fut maître de conférence à L'Institut d'études politiques de Paris, professeur à la Sorbonne, président de l'Institut pratique de journalisme, auteur et animateur de l'émission "Les oubliés de l'histoire" sur France Inter et Administrateur de Radio France Internationale. parmi ses nombreux ouvrages : La Grande Guerre, La Seconde Guerre mondiale, la Guerre d'Algérie, Mourir à Verdun, Clémenceau ...

Extrait

"Le 15 avril 1917, trois armées françaises ont achevé leur mouvement vers les rives de l'Aisne : elles sont en place pour une offensive sur la ligne du Chemin des Dames, prévue le lendemain à 6 heures.

Cette rocade très secondaire prend sur la Nationale 2, celle de Soissons à Laon, entre la ferme de Vaurains et celle de Malmaison, pour gagner, vers l'est, en droite ligne, le village de Craonne, sur la crête d'un éperon rocheux aligné d'ouest en est, qui barre la route de Paris depuis un millénaire. Il tient le front immobile depuis 1914, du nord de Soissons au nord de Reims. Il est bordé au nord par la rivière l'Ailette, au sud par l'Aisne. les pentes d'accès sont rudes et boisées, en raison de cent quatre vingt dix mètres de dénivellation. Il est troué comme un fromage de gruyère de cavernes immenses, les creutes, où des brigades entières peuvent se mettre à l'abri des obus. Le prendre d'assaut est une entreprise meurtrière.

Le plus grand désastre de l'histoire de la Grande Guerre se prépare silencieusement : en un mois l'armée française, déjà saignée à blanc par l'interminable bataille de Verdun, perdra les meilleures de ses unités."

18/04/2010

"LA REVOLTE DES PENDUS" de B. Traven

Editions La Découverte Poche - 2010

 

Dans les années 20 du XXeme siècle, les Indiens Tsotsil du Chiapas se révoltent contre leurs oppresseurs espagnols, les Ladinos. Les indiens , main d'oeuvre servile utilisée pour l'exploitation de la forêt au seul profit des maîtres espagnols tout-puissants, endurent les pires conditions de vie et de travail, pendus par les quatre membres lorsqu'ils ne produisent pas assez, seule la mort est au bout de leur exploitation.

Conduits par une minorité lasse de tout endurer, ils vont se révolter, renverser les oppresseurs et partir à la conquête du pouvoir à travers la forêt, les marécages et sous les trombes de pluie. Mais tout est suportable dans l'espoir de vivre libre.

Ce roman, publié en 1936, vrai chef d'oeuvre de la littérature engagée, sans concession, est une ode à la liberté.

 

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L'auteur : B. Traven.

 

B. Traven est un écrivain de langue allemande, surtout connu pour son roman Le Trésor de la Sierra Madre (Der Schatz der Sierra Madre).

Ce livre a été porté à l'écran par John Huston, dans un film du même nom, avec comme acteur principal Humphrey Bogart. On sait que B. Traven aurait participé au tournage de ce film sous le nom de Hal Crove, représentant artistique de Traven.

Parmi ses différents pseudonymes, on relève : Traven Torsvan, Berick Torsvan, Richard Feige, Kraus Linger, Otto Wienecke, Hugo Kronthal... Mais Traven a toujours souhaité brouiller les pistes de son parcours souvent par nécessité (il a longtemps été recherché), par malice (le désir amusé de brouiller les pistes) et surtout par conviction (car pour lui seule l'œuvre compte).

 En fait, celui qui signait B.Traven, est l'acteur Ret Marut. Lorsque la guerre éclate, il n'est pas enrôlé, mais devient journaliste et écrivain. Secondé par Irene Mermet, son amie et collaboratrice, Marut va publier des nouvelles pacifistes et surtout, à partir de 1917 diriger, malgré la  censure, une revue anarchiste, Le Fondeur de Brique (Der Ziegelbrenner) vendu sur abonnement. Le 7 novembre 1917 se crée la République des Conseils de Bavière, à laquelle Marut va participer activement avec Irene. Responsable de la Presse, il est arrêté le 2 mai 1919, mais réussit à s'évader, puis en compagnie d'Irene, il va errer pendant trois ans et demi à travers l'Europe, sous divers pseudonymes. Finalement,  il réussit en avril 1923 à embarquer sur un cargo pour Tampico, port mexicain.

Il arrive au Méxique peu après la mort du dictatuer Porfirio Diaz, en pleine révolution mexicaine.

Sa découverte du Mexique et de l'exploitation des indiens va devenir le moteur premier de ses écrits et de sa vie pendant ces dix annnées prolifiques. Ses ouvrages seront écrits en allemand et publiés par le journal socio démocrate Vorwarth en feuilletons. Inauguré par Les Cueilleurs de Cotton, suivront Le Vaisseau des Morts et Le Trésor de la Sierra Madre. Parallèlement, Traven participe à des expéditions archéologiques et ethnologiques au Chiapas comme photographe, sous le nom de Torsvan, tout en suivant des cours de civilisation et d'histoire indianiste à l'Université de Mexico.

A partir de 1928, il entame le cycle dit de la Jungle, avec des nouvelles et récits comme L'arbuste et Le pays de printemps (illustrés de ses photos) et des romans comme Un Pont dans la Jungle et Rosa Blanca. À partir de 1931, il obtient un permis de séjour et part s'installer près d'Acapulco,  à Parque Cachu. Puis, c'est le cycle de la caboa (caoutchouc), le plus prolifique avec notamment La Charette, Gouvernement, Le général de la Jungle et La révolte des Pendus.

Son dernier livre Le Général de la Jungle ne fut publié qu'en 1939 en Suède. Mais il avait pratiquement cessé d'écrire. En 1951, il s'installe à Mexico. Désormais, il se consacre à la diffusion de ses livres et aux adaptations de ses films (9 de son vivant). Lors de l'épisode du Trésor de la Sierra Madre, le journaliste Louis Spota révèle que Torsvan n'est autre que le célèbre écrivain B Traven. Commence alors la chasse au Traven dont il s'amusera à déjouer tous les pièges avec habileté et amusement, jusqu'à sa mort le 16 mars 1969. Ces cendres furent transportées au Chiapas et dispersées au-dessus du Rio Jataté.

 

 

Extrait

La nouvelle équipe arriva au campo Sur en pleine nuit. Les hommes étaient littéralement rompus par leur longue et pénible marche à travers la brousse. Ils avaient pataugé pendant des heures dans les marécages épais et gluants. Ils se laissèrent tomber à terre en même temps que leurs bagages. Ce n'est qu'au bout d'une demi-heure qu'ils se décidèrent à se mettre en quête de nourriture, mais le cuisinier leur dit qu'il n'avait rien pour eux, et qu'à moins d'avoir apporté leurs vivres, ils seraient obligés d'attendre jusqu'au lendemain avant de pouvoir manger. Il ajouta qu'il était d'ailleurs lui-même fatigué, qu'il n'avait pas la moindre envie de travailler à cette heure et réclama la cuisinière qu'on lui avait promise en renfort. Le catapaz La Tumba qui avait amené la colonne répondit que la cuisinière serait mise à sa disposition le lendemain, mais que, pour l'instant, elle était avec son frère.

Les arrivants se virent donc forcés d'allumer un feu et de faire réchauffer le peu de haricots qui leur restaient.

Quelques bûcherons qui travaillaient depuis un certain temps dans le camp at qui se tenaient aux alentours de la cuisine s'approchèrent pour voir les nouveaux venus, avec l'espoir de retrouver des figures de connaissance. Ils s'assirent auprès du feu, allumèrent leurs cigarettes et regardèrent les autres préparer leur frugal repas.

- Ce n'est pas avec cela que vous engraisserez, dit l'un des muchachos.

- Nous n'avons rien d'autre, et l'on ne mange que ce que l'on a, fut la réponse.

- Est-ce que don Felix est venu avec vous ?

- Non, il est resté au grand camp, pour vérifier le matériel et préparer les approvisionnements.

- L'un de vous a-t-il jamais été dans une monteria ? demanda un autre.

- Pas moi, répondit un des Indiens d'une voix épuisée de fatigue. Je crois d'ailleurs qu'aucun de notre colonne n'a fait encore connaissance avec une moteria.

Santiago, un des boyeros, s'exclaffa :

- Fait connaissance ! Tu en as de bonnes ! Jeunot, va ! Ici tu feras surtout connaissance avec l'enfer et tous ses diables !

18:09 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : b. traven, roman, mexique, chiapas, indiens | |  Facebook | |

07/02/2010

Marguerite Duras : "L'Amant de la Chine du Nord"

Nombreux sont ceux qui ont découvert Marguerite Duras et son écriture, si particulière, si essentielle, avec son roman "L'Amant", porté à l'écran en son temps. Ce roman, paru en 1984, comptait l'histoire charnelle entre la jeune fille encore adolescente et son amant chinois dans l'Indochine coloniale d'avant guerre ...

En 1990, Marguerite Duras apprend que cet homme, l'amant chinois, est mort depuis des années. Elle éprouve alors le besoin de revenir sur cette histoire d'amour improbable entre le riche fils de famille chinois et elle, jeune adolescente pauvre d'à peine 15 ans.

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"J'ai abandonné le travail que j'étais en train de faire. J'ai écrit l'histoire de l'amant de la Chine du Nord et de l'enfant : Elle n'était pas encore là dans L'Amant, le temps manquait autour d'eux. J'ai écrit ce livre dans le bonheur fou de l'écrire. je suis restée un an dans ce roman, enfermée dans cette année-là de l'amour entre le Chinois et l'enfant".

"L"Amant de la Chine du Nord" est publié en 1991 aux éditions Gallimard.

 

L'auteur

Marguerite Duras, pseudonyme de Marguerite Germaine Marie Donnadieu, est une écrivaine et cinéaste française, née le 4 avril 1914 à Gia Dinh, faubourg au nord de Saïgon alors en Indochine.

Ses parents se sont portés volontaires pour travailler dans les colonies de Cochinchine. Son père, Henri Donnadieu, est directeur de l'école de Gia Dinh, près de Saïgon. Sa mère, Marie, y est institutrice. Ils ont trois enfants : Pierre, Paul et Marguerite. Gravement malade, son père part se faire hospitaliser en métropole où il meurt en 1921.

Bénéficiant d'un congé administratif, son épouse, retourne en métropole avec ses trois enfants. Ils habitent pendant deux ans dans la maison familiale du Platier, dans la commune de Pardaillan, près de Duras, dans le Lot et Garonne. En juin 1924, Marie Donnadieu repart avec ses enfants pour rejoindre sa nouvelle affectation à Phnom Penh, au Cambodge. Elle ne veut pas y rester et est envoyée à Vinh Long, puis à Sadec et à Saïgon. En 1928, elle rompt avec cette vie de nomade en achetant une des terres que l'administration coloniale incite à posséder. Trompée dans son acquisition, elle en sort ruinée et reprend l'enseignement. Cette expérience marquera profondément Marguerite et va lui inspirer nombre d'images fortes de son œuvre (Un barrage contre le Pacifique, L'Amant, L'amant de la Chine du Nord, L'Eden cinéma).

En 1930, Marie Donnadieu trouve une pension et un lycée à Saïgon, pour que sa fille suive des études secondaires au lycée Chasseloup Laubat de Saigon. Son baccalauréat de philosophie acquis, Marguerite quitte l'Indochine en 1932, et poursuit ses études en France

Son œuvre se distingue par sa diversité et sa modernité qui renouvelle le genre romanesque et bouscule les conventions théâtrales et cinématographiques, ce qui fait de Marguerite Duras une créatrice importante, mais parfois contestée, de la seconde moitié du XXe siècle.

En 1950, elle est révélée par un roman d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le pacifique. Associée au mouvement du Nouveau Roman elle publie ensuite régulièrement des romans qui font connaître sa voix particulière avec la déstructuration des phrases, des personnages, de l'action et du temps, et ses thèmes comme l'attente, l'amour, la sensualité féminine ou l'alcool. Par exemple  Le Marin de Gibraltar (1952), Les Petits Chevaux de tarquinia (1953), Moderato Cantabile (1958), le ravissement de Lol V. Stein(1964) ou Le Vice-Consul(1966). Elle rencontre un immense succès public avec L'Amant, Prix Goncourt en 1984, autofiction sur les expériences sexuelles de son adolescence dans l'Indochine des années trente, qu'elle réécrira en 1991 sous le titre de L'Amant de la Chine du Nord.

Elle écrira aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme Le Square paru en 1955 et représenté en 1957, et pour le cinéma : elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film d'Alain Resnais Hiroshima mon amour dont elle publie la transcription en 1960. Elle réalisera elle-même des films originaux comme India Song, en 1975, ou Le Camion en 1977 avec Gérard Depardieu.

Elle décède le 3 mars 1996 à Paris.

 

Extrait

"Ils traversent toute l'étendue de la ville insomniaque, accablée par la chaleur de la nuit. Il n'y a aucun vent.

Elle dort. Le Chinois écoute le chauffeur chanter un chant de la mandchourie, sauvage et doux, hurlant et murmuré.

Il la porte sur le lit.

Il éteint la lumière.

Il fume l'opium dans la pénombre de la chambre.

De la musique arrive comme chaque nuit, des chants chinois, loin. Et puis ensuite tard dans la nuit, très bas, arrivent les trains du Duke Ellington qui traversent la rue, les portes des chambres. Et puis ensuite encore plus tard et plus bas et plus seule, cette Valse Désespérée du commencement de l'histoire d'amour."

 

02/01/2010

Arturo PEREZ-REVERTE : Le Tableau du Maître flamand

Le Livre de Poche, 2005- jean Claude Lattès - 1993 - Edition espagnole 1990.

 

Etrange roman policier que cet ouvrage qui, en 1993, a obtenu le Grand Prix de littérature policière. C'est qu'à proprement parler, il ne s'agit pas vraiment d'un roman policier. Ces derniers n'y ont que peu de place. Plutôt un roman à énigmes. Enigme historique et énigme criminelle. Le tout orchestré par une partie d'échecs commencée au XVeme siècle ... et poursuivie de nos jours. Qui plus est, une partie d'échecs virtuelle, représentée sur un tableau du Maître Flamand Van Huys que Julia, le personnage central, est chargée de rénover.

Sur la toile peinte en 1471, un seigneur et un chevalier jouent aux échecs, observés depuis le fond par une femme en noir. Détail curieux, le peintre a éxécuté ce tableau deux ans après la mort mystérieuse d'un des joueurs et tracé l'inscription en latin "Qui a pris le cavalier ?", également traduisible par "Qui a tué le chevalier ?".

Viennent alors se percuter les passions des collectionneurs, celles des joueurs d'échecs et de la logique mathématique qui finalement permettra d'élucider à la fois le crime commis cinq siècles plus tôts et ceux commis tout au long du roman, comme poursuivant la partie en suspens sur la toile...

Perez-Reverte pousse tant le souci du détail dans la description du tableau qu'il parvient à nous le rendre réel. En fait, il s'est inspiré d'un tableau d'un vrai maître flamand, Van Eyck, "La Vierge au chancelier Rolin".

L'auteur

Né à Cartagène en 1951, issu d'une famille de marins, Arturo PEREZ-REVERTE a toujours été passionné par la mer. Dans sa jeunesse, il sèche les cours pour regarder les bateaux accoster. Licencié en sciences politiques et en journalisme, il travaille d'abord comme matelot, puis devient grand reporter et correspondant de guerre pour le quotidien Pueblo (pendant 12 ans), puis pour la télévision espagnole, notamment pendant la crise du Golfe et en Bosnie. Il a également fondé une revue appelée Defensa. En 1986, Arturo Perez-Reverte débute son travail d'écriture et sa vie d'écrivain. Ses romans sont primés : "Le tableau du Maître Flamand" reçoit le Grand prix de littérature policière en 1993 et "La peau de Tambour" le prix Jean Monnet en 1997. Il publie de nombreux ouvrages, comme "Le Cimetière des bateaux sans nom" ou encore "Le Peintre de bataille" en 2007, qui connaissent tous des succès mondiaux et dont plusieurs ont été portés à l'écran. Il est membre de l'Académie Royale Espagnole depuis 2003.

 

Extrait

"Julia s'était retournée vers Munoz et le regardait avec des yeux incrédules. Jusque-là, les échecs n'avaient été pour elle qu'un jeu aux règles un peu plus compliquées que les dominos, un jeu qui demandait seulement plus de concentration et d'intelligence. C'est pour cela que l'attitude de Munoz en face du Van Huys l'impressionnait tant. Il était évident que cet espace pictural en trois plans - miroir, salle, fenêtre - où prenait place le moment représenté par Pieter Van Huys, espace dans lequel elle s'était sentie prise de vertige à cause de l'effet optique créé par le telent de l'artiste, que cet espace était pour Munoz - lui qui, un instant plus tôt, ignorait presque tout du tableau et de la plupart de ses connotations inquiétantes - un espace familier, en marge du temps et des personnages. Un espace dans lequel il semblait se trouver à l'aise comme si, faisant abstraction de tout le reste, le joueur d'échecs eût été capable d'assimiler sur-le-champ la position des pièces, de s'intégrer au jeu avec un naturel renversant. Et qui plus est, à mesure qu'il se concentrait sur La Partie d'échecs, Munoz se dépouillait de sa perplexité initiale, de la réticence et de la confusion qu'il affichait au bar, pour reprendre l'aspect du joueur impassible et sûr de lui sous lequel elle l'avait vu pour la première fois au club Capablanca. Comme si la présence d'un échiquier suffisait pour que cet homme timide, indécis et terne retrouvât toute son assurance.

- Vous voulez dire qu'il est possible de jouer en arrière, de remonter jusqu'au début de la partie représentée sur le tableau ?

Munoz fit un de ses gestes qui n'engageaient à rien.

- Jusqu'au début, je ne sais pas... Mais je pense que nous pourrons reconstituer quelques coups - il regarda le tableau, comme s'il venait de le voir sous un jour nouveau, puis il s'adressa à César. Je suppose que c'est exactement ce que voulait le peintre.

- A vous de la découvrir, répondit l'antiquaire. La question perverse est de savoir qui a pris un cavalier."

Toutes mes escuses pour l'absence d'illustrations, problème de logiciel...

 
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