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05/12/2009

Paule CONSTANT : "White Spirit"

Editions Gallimard - 1989.

 

 Des personnages improbables : Victor, 20 ans, qui se lance dans l'aventure africaine en espérant un avenir éclatant ; Lola, petite prostituée métisse qui rêve de blondeur et de blancheur ; Alexis, le singe qui ne sait pas qu'il est un singe;  Reine Mab, la commerçante africaine et bien plus que cela ; Frère Emmanuel, religieux éconduit par la religion, prophète malgré tout ... Réunis au fond d'une bananeraie peuplée d' ouvriers exploités, d'infirmes, de putains, ils composent une humanité dénaturée d'où il semble impossible de s'échapper. Jusqu'au jour où ....

Ce roman est tout en fourmillement. Fable féroce et illumiinée, caricature cruelle et ambiguë de l'Afrique post-coloniale, qui se cherche face au néocolonialisme, il trouve sa force dans la multitude de personnages, en quête d'une destinée incertaine, contraints de vivre ensemble pour survivre et ne pas sombrer dans la folie totale.

Cet ouvrage, troisième roman de l'auteur, a reçu le Grand Prix du Roman de l'Académie Française en 1990.

L'auteur : Paule Constant

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Docteur es Lettres et Sciences humaines Paule Constant  enseigne la littérature française à l'Institut d'Etudes Françaises pour étudiants étrangers à l'Université d'Aix-Marseille. Elle préside à Aix en Provence, le Centre des écrivains du Sud- Jean Giono, dont elle est l'initiatrice. Ce centre organise rencontres littéraires et autres conférences. Quatre de ses oeuvres se déroulent sur les continents africain et américain : 'Ouregano' (1980), 'Balta' (1983), "White Spirit" (1989) et 'La Fille du Gobernator' (1994). Régulièrement récompensée pour ses oeuvres, elle obtient en 1998 le Prix Goncourt  pour son roman :"Confidence pour confidence". Paule Constant est traduite dans une vingtaine de pays. "Sucre et Secret",  publié en 2003,  met en scène des femmes américaines confrontées à la peine de mort. L'écrivaine reçoit le Prix Amnesty des droits de l'homme pour cette oeuvre. En 2007 sort son thriller "La Bête à chagrin".

 

Extrait

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"A table, ils n'étaient jamais seuls, toujours des Bananiers en vadrouille qui passaient par là et que César retenait à déjeuner ou à dîner. Ils la reluquaient avec avidité. Ils ne lui parlaient pas et, s'adressant par-dessus sa tête à César, feignaient de l'ignorer. Elle entendait des histoires brutales qui la troublaient. Il était question de revolvers, d'exécutions sommaires, de révoltes matées. La violence flottait autour d'eux. La banane, ils l'arrachaient à la terre mais aussi aux hommes, les coolies, des populations entières que l'on allait chercher comme des bêtes à la transhumance, à qui l'on avait fait franchir les frontières et que l'on avait acclimatées en dehors de tout, dans le no man's land des bananeraies. Ils ne savaient pas combien ils en possédaient, à cent près, à cause des morts et des naissances. Certaines races étaient plus fertiles que d'autres, toutes à peu près aussi soumises. Une révolte, parfois, mais comme mouches dans un troupeau, une fièvre qui se communiquait. Un coup de feu, comme un coup de cravache, un coolie par terre. Gilbert ne plaisantait pas.

Elle désirait les Bananiers, tous en groupe et chacun d'eux, et peut-être plus que tous le dénommé Gilbert parce qu'il était blond et qu'elle avait pour la blondeur et les yeux bleus, une soumission qui lui venait du ventre, un abandon résigné et heureux. Elle désirait ces cuisses velues, ces muscles noueux, leurs effluves qui s'attisaient lorsqu'ils bougeaient, une odeur chaude et dorée qui se mêlait au fumet de la viande rôtie, des langoustes grillées et au parfum des vieux alcools."

 

31/10/2009

Toni Morrison : L'oeil le plus bleu

Christian Bougois Editeur, 1994.

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Premier roman de Toni Morrison, publié en 1970 aux Etats-Unis, L'oeil le plus bleu ( The bluest eye), contient déjà tous les thèmes chers à l'auteur ; le monde noir, la servitude des femmes, l'enfance, etc...

L'histoire est terrible : À Lorain, dans l'Ohio des années 40, Claudia et Frieda, deux fillettes noires, grandissent côte à côte. La première déteste les poupées blondes, modèles imposés de perfection qui lui rappellent combien sa haine est légitime.

L'autre idolâtre Shirley Temple . Mais face à la dure réalité d'une Amérique Blanche, le rêve de beauté d'une petite fille est un leurre qui ne cède le pas qu'au fantasme et à la folie.

Et il y a Pecola, petite fille noire, pas très belle, qui prie toutes les nuits pour avoir des yeux bleus. Elle a onze ans et passe inaperçue. Personne ne la remarque. Selon elle, avec des yeux bleus tout serait différent... Ses parents arrêteraient de se battre, son père ne boirait plus, son frère ne ferait plus de fugues.

Mais quand quelqu'un la regarda vraiment, se fut son père, ivre. Elle faisait la vaisselle et il la viola sur le sol de la cuisine, partagé entre haine et tendresse....

L'auteur

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Fille de fermiers qui émigrèrent de Géorgie et de l'Alabama pour vivre dans l'Ohio, Toni Morrison, de son vrai nom Chloe Anthony Wofford,est née dans une ville sédérurgique de cet état, Lorain.
Editrice chez Random House, elle publie son premier roman en 1970, à l'âge de 39 ans : L'oeil le plus bleu. Elle poursuit son oeuvre romanesque avec La Chanson de Salomon, Tar baby, Sula et Beloved qui reçoit le prix Pulitzer en 1988. Toni Morrison, qui enseigne la littérature à l'université de Princeton, publiera ensuite Playing in the Dark, un essai, et un autre roman Jazz. Elle recevra le Prix Nobel de Littérature en 1993.
Extrait
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"Un samedi après-midi, dans la pauvre lumière du printemps, il est rentré chez lui en titubant et il a vu sa fille dans la cuisine.
Elle faisait la vaisselle. Son dos étroit était penché sur l'évier. Cholly l'a aperçue indistinctement et il était incapable de dire ce qu'il voyait ou ce qu'il sentait. Puis il a eu conscience de son malaise; et ensuite cela s'est dissous en plaisir. Ses émotions se sont enchaînées en passant de la répulsion à la culpabilité, à la pitié puis à l'amour. Sa répulsion a été une réaction devant sa jeunesse, sa faiblesse, son impuissance. Son dos était voûté d'un côté; sa tête penchait de l'autre comme si elle protégeait d'une gifle permanente. Pourquoi avait-elle cet air de chien battu ? C'était une enfant sans problèmes - pourquoi est-ce qu'elle n'était pas heureuse ? L'affirmation claire de ses souffrances était une accusation. Il voulait lui briser le cou - mais tendrement. Le remors et l'impuissance sont montés en lui comme une bile. Que pourrait-il jamais faire pour elle ? Que lui donner ? Que lui dire ? Que peut dire un Noir liquidé au dos voûté de sa fille de onze ans ? S'il regardait son visage il verrait ses yeux hagards et pleins d'amour. Le côté hagard l'irriterait - l'amour le mettrait en fureur. Comment osait-elle l'aimer ?"
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24/10/2009

Slava Liszek : "Marie Guillot, de l'émancipation des femmes à celle du syndicalisme"

Cet ouvrage, a été publié par les Editions L'Harmattan, dans la collection "Chemins de la Mémoire", en 1994.

 

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En 1906, une modeste institutrice de Saône-et-Loire, Marie Guillot, met en place une association de lutte pour le droit de vote des femmes. La même année, elle s'abonne à L'École émancipée, la revue de la Fédération nationale des syndicats d'instituteurs (FNSI), qui est en train d'adhérer à la CGT. En cette époque de bourrage de crâne nationaliste dans les écoles, les institutrices et instituteurs dissidents ne sont pas légion, et la FNSI est une oasis syndicaliste révolutionnaire dans un désert de conformisme. Aussi Marie Guillot met-elle cinq ans avant de réussir, en 1911, à fonder une section syndicale dans le département. Elle anime bientôt une rubrique régulière dans L'École émancipée, la " tribune féministe ", où elle défend avec patience, méthode et pédagogie les revendications du mouvement féministe : le droit de vote des femmes, la réforme du code civil, le droit au travail, l'éducation mixte, le partage des tâches domestiques, l'éducation sexuelle... Elle prend aussi la défense des associations féministes que la CGT regarde avec circonspection car elles sont généralement dirigées par des femmes bourgeoises. Elle veut montrer que, si les bourgeoises s'organisent, les ouvrières doivent le faire aussi parce que l'émancipation des femmes a une portée révolutionnaire.

L'ouvrage retrace le parcours de Marie Guillot, première femme à accéder aux fonctions de secrétaire confédérale d'une grande organisation syndicale, la CGTU, en 1922. Insttutrice, elle avait alors 41 ans.

Cette figure du mouvement ouvrier et féministe est bien oubliée aujourd'hui. Pourtant, "la grande Marie", comme on la surnomait fut une militante de premier plan qui amena la CGT à prendre en considération dès avant 1914, le droit des femmes au travail et à l'organisation syndicale. Pionnière du syndicalisme enseignant, pédagogue d'avant-garde, pacifiste, elle fut, au lendemain de la Première Guerre mondiale, une des chefs de file de la minorité révolutionnaire au sein de la CGT.

Dirigeante de la CGTU, elle se heurta aux nouvelles pratiques militantes et aux orientations introduite à partir de 1923 dans la CGTU, alors sobordonnée au Parti communiste naissant. Elle tenta en vain de s'y opposer. Vaincue par l'épuisement d'une vie militante à une époque où cela représentait bien des sacrifices, victime d'une maladie lui faisant perdre la raison, elle mourut en février 1934, à l'aube de la réunification syndicale.

 

L'auteur.

Slava Liszek, journaliste, déplomée de Lettres, est spécialisée dans les questions sociales et syndicales. Elle fut une collaboratrice du mensuel de la CGT, en direction des femmes, "Antoinette". Auteur de nombreuses enquêtes sur le travail des femmes, elle a également publié plusieurs chroniques historiques regroupées dans l'ouvrage "Femmes, égalité de 1789 à nos jours", aux Editions Messidor, en 1989.

 

Extrait

" Quelques minutes de suspension de séance ... et la CE trouve la solution. Le quatrième secrétaire confédéral sera la camarade Marie Guillot.

"J"accepte, puisqu'il faut accepter", a simplement déclaré Marie. Modestie convenue ? Peut-être pas. Son élection est certes une vistoire. Pour la cause des femmes. Et pour elle-même. Il n'empêche qu'elle signifie surtour de lourdes responsabilités, dans un contexte difficile.

Sans parler du déracinement.

La voila à nouveau obligée de quitter, pour ce Paris qu'elle déteste, ses belles collines de Saône-et-Loire. Et de quitter aussi la chaleureuse ambiance d'un bureau fédéral où régnaient l'harmonie et la ferveur militante.

La congrès de la Fédération qui se tient du 17 au 19 août est comme un témoignage de l'oeuvre accomplie par Marie en un an. Malgré la répression, quarante-sept groupements sont toujours debout. L'action du bureau est approuvée par la plupart d'entre eux. Et si quelques uns la contestent, ils le font calmement, sans animosité, sans violence. Même la presse est impressionnée par "la tenue, la dignité, l'attention sérieuse et passionnée de l'assemblée".

(...)

Au milieu de l'assistance, vue par un tout jeune délégué, voici la secrétaire fédérale : "Marie Guillot, calme, tenace, inébranlable au gouvernail, tel un impassible loup de mer qui a fait ses preuves".

Ses preuves, elle les a faites. c'est une organisation en bon état matériel et moral qu'elle transmet à son successeur. Ou, plus exactement , à son secrétaire adjoint, car ele reste secrétaire fédérale en titre.

Et voilà. il ne lui reste plus qu'à s'atteler à sa nouvelle tâche. A ses deux tâches, l'une plus lourde que l'autre : la trésorerie confédérale et la propagande féminine."

12/09/2009

Jean Vautrin : "Un grand pas vers le Bon Dieu"

"Un Grand pas vers le Bon Dieu" de Jean Vautrin a été publié au Editions Grasset en 1989.

 

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C'est une véritable fresque romanesque que nous offre là Jean Vautrin pour son dixième roman. Elle retrace l'existence de trois générations de cajuns, ces pionniers ayant quitté la  France pour s'installer en Louisiane. Les personnages sont forts, libres, excessifs : Edius Raquin, pionnier opiniâtre, Bazelle sa femme et Azeline sa fille. Puis son futur gendre, Farouche Ferraille Crowley, l'outlaw. Et encore Palestine Northwood, le marin de Nantucket, et beaucoup d'autres, Indiens ou descendants d'esclaves, dont la saga, commencée au fond des bayous, s'achève à La Nouvelle Orléans avec la naissance du jazz. La prose de l'auteur est imitée du créole dans toute la première partie de ce roman tumultueux.

Emblématique du « style Vautrin », dans sa langue chaleureuse et pleine, au service de descriptions et de dialogues venus tout droit du septième art, Un grand pas vers le bon dieu, vaudra à Jean Vautrin le Prix Goncourt 1989.

 

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L'auteur : Jean Vautrin.

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 De son vrai nom Jean Herman, Jean Vautrin  est également réalisateur de cinéma, scénariste et dialoguiste. Après une licence de lettres inachevée, et à sa sortie de l'Institut des Hautes Etudes Cinématographique (IDHEC) en 1955, Jean Vautrin se rend deux ans en Inde, comme lecteur de littérature française à l'université de Bombay. Pendant cette période, il multiplie les expériences, dessine et photographie pour des revues (notamment l'Illustrated Weekly), tourne deux courts métrages ou s'occupe de la version française d'un film de Satyajit Ray... avant de rencontrer Roberto Rosselini et de devenir son assistant.
Quand il revient, en 1957, à Paris, il continue dans la voie du cinéma, réalise d'autres courts métrages (Survie en zone équatoriale en 1961, Le Chemin de la mauvaise route en 1963) et travaille avec Vicente Minelli ou Jacques Rivette. Il peut alors se lancer dans des réalisations plus ambitieuses, et tourne des longs métrages (Adieu l'ami en 1967, l'Oeuf en 1971, Billy-ze-kick en 1974).
Mais Jean Herman mène une double vie, et sous le pseudonyme de Jean Vautrin, écrit avec talent. Auteur prolixe, il crée avec son ami Dan Franck un personnage vite devenu célèbre : le reporter-photographe Boro, armé de son Leica et de son humanité, et dont on peut suivre le pérégrinations le long de six romans (de La Dame de Berlin, en 1987 à Cher Boro en 2005).

 

Extrait

"D'un coup, il a ouvert la couverte enroulée. il s'est baissé pour poser délicatement au sol ce qu'elle contenait dans ses plis.

Et pour les deux Noirs agenouillés qu'auraient seulement espéré voir quelque chose de sanglant comme quêque partie de chien, c'était la tête avec les yeux grands ouverts de mom'zelle Grand-Doigt, il leur montrait, Jody McBrown.

Le visage de la controleuse des esprits était lisse de toute terreur. Il était en l'état où l'avait moissonné Zaquet-Laverdure avec son coupe-coupe. Il défiait la Vigilance.

- Après ça, comment tu crois les choses sont forts ? a demandé Jody McBrown à Jack Lipscomb.

Une tremblure insupportable lui faisait claquer sa paupière gauche comme un volet.

Nèg-métayer pas répond.

- Et toi, United States ? Quel refuge ?

Jeune nèg, simple carbo, pas répond.

Personne pas répond.

Et l'Bon Djeu, tant pis si beaucoup s'en étonnent, le Bon Djeu non plus, pas répond".

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23/08/2009

Charles HOAREAU : "La Ciotat, chronique d'une rébellion"

Editions Messidor - VO Editions - 1992

 

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Voilà bien un livre à la lecture réconfortante. Pour les plus anciens, la lutte des salariés et des chômeurs de la Ciotat contre la fermeture du Chantier naval de la ville ne peut être sans évoquer quelques souvenirs. Alors que depuis octobre 1988, une centaine d'ouvriers licenciés occupent le chantier naval, refusant la fatalité de sa fermeture, alors que la ville semble tourner la page des chantiers après avoir élu un maire de droite sur la base du développement touristique , alors que la population semble las de ce combat pour l'avenir industriel, une poignée de chômeurs se met en tête d'organiser les quelques 5000 chômeurs de la ville et de renverser l'opinion.

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C'est le récit de cette aventure qui va aboutir au regroupement d'un millier de Ciotadens dans le Comité de Chômeurs CGT de la ville pour faire la guerre au chômage, défendre leurs droits, réclamer la réouverture des chantiers. C'est le récit d'une lutte pugnace et inventive, c'est le récit des joies et des peines, des doutes et des victoires de ces femmes et de ces hommes qui ont su quitter la résignation pour emprunter le chemin de la mobilisation, de la fraternité et de la solidarité. C'est le récit d'un retournement de l'opinion qui finalement va se rassembler derrière ces chômeurs, derrière ces salariés qui ont fait le choix de vivre debout...

Ce livre, haut en couleur, n'engendre pas la mélancolie et on est souvent plié de rire en suivant les coups tordus dont élus, responsables politiques locaux et nationaux, banquiers et huissiers,  dirigeants de l'ANPE ou des ASSEDIC ont fait les frais tout au long de ces mois de mobilisation. La lutte n'engendre pas la morosité, c'est une fête permanente !

L'action se déroule entre juin 1988 et février 1992. Il est bien triste de constater, au fil de la lecture, que l'obstacle majeur à la reprise de l'activité du chantier se trouva être le gouvernement de l'époque. Gouvernement socialiste !

 

L'auteur : Charles Hoareau

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L'un des intérêts de ce livre est d'être écrit par un des acteurs de cette "rébellion". Un de ces chômeurs rebelle. Charles Hoareau est une figure emblématique  de l'organisation des chômeurs à la CGT. Après la Ciotat, il a participé activement à la création de comités de chômeurs à Marseille. Souvent poursuivi par la "justice" pour ses faits d'arme aux côtés des plus défavorisés, il l'est encore actuellement et risque la prison pour son engagement.

 

Extrait.

"Vous prenez une grosse ampoule à vis, vous dévissez le culot délicatement, vous remplissez l'ampoule de peinture verte, rouge ou bleue, vous revissez délicatement le culot, vous cachez l'empoule dans votre blouson et avec les cent personnes qui ont fait pareil, vous descendez en sifflotant innocemment l'air de Mandrin - "J'ai pas tué ... et je suis chômage" - jusque sur le cours Pierre-Puget.

Là par hasard, vous vous retrouvez devant la Worms et au top vous lancez l'ampoule et vous partez en courant. Que c'est beau ces tons vifs qui éclatent sur la façade blanche fraîchement remise à neuf ! Ces mélanges de couleurs qui resplendissent sous le soleil... On dirait de l'Impressionnisme !

Evidemment, après ça il faut courir vite, parce que les "garnitures" qui sont sous le tableau et qui n'ont pas voulu se pousser, il leur vient un turbo dans les jambes. Ils ont attrapé Antoine, si nous n'intervenons pas vite, ils vont lui faire payer le dégraissage des blousons et des matraques au prix fort. Nous fonçons sur le fourgon, ils ne sont que vingt. Ils prennent peur. Jo parlemente :

- Libérez-le immédiatement !

- Il faut attendre la réponse du chef.

Cent mètres plus bas on bloque le carrefour : s'ils veulent envoyer des renforts, il faudra qu'ils viennent à pied.

Finalement, ils le relâchent. Les copains s'en vont et quelques-uns d'entre nous attendent devant la banque au cas où nos renforts à nous qu'on a appelés quand ça sentait le roussi continueraient à arriver.

Le directeur de la Worms sort, il engueule les flics :

- Mais vous avez vu le résultat, j'en ai pour des millions ! Vous pouvez pas mettre des barrières jusqu'à l'autre trottoir !

- Mais on ne peut pas mobiliser en permanence une compagnie de CRS devant la banque !

Tout d'un coup il nous aperçoit, il s'étrangle presque en nous montrant du doigt :

- Et ceux-là ... Arrêtez-les, arrêtez-les. C'est des terroristes.

Il nous vient le fou rire..."

Et aujourd'hui ?

En 2007, avec la CGT, nous avons fêté la réouverture du chantier. Ce n'est plus de la construction mais de la réparation. Réparation des grands yatch. Mais le chantier retrouve de l'activité, des emplois sont créés et ceux qui avaient misé l'avenir de la Ciotat sur le tout tourisme en sont pour leurs frais. Il y a un avenir industriel pour ce pays, au bord e la mer aussi !

 

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08/08/2009

René ANDRIEU : "La Guerre d'Algérie n'a pas eu lieu - 8 ans et 600000 morts"

Editions Messidor - 1992

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Le titre, un brin provocateur de cet essai historique de René Andrieu renvoie à la négation par la quasi totalité des responsables politiques de l'époque, par le gouvernement lui-même, de la réalité de la guerre d'Algérie. Simple "opération de police, de maintien de l'ordre" selon les officiels. Pourtant cette "opération" aura duré 8 longues années et couté la vie à 600000 personnes ( soldats français, patriotes, paysans , femmes et enfants algériens...).

Ces dernières années les déclarations d'anciens officiers de l'armée française ont permis de mettre à jour la réalité de cette salle guerre, la réalité des tortures et des massacres des populations civiles, la réalité des meurtres de ceux qui avaient fait le choix de s'engager aux côtés des Algériens, combattants de la justice et de la liberté tels Iveton ou Audin...

Cet ouvrage restitue en 150 pages les évènements, le positionnement de chacun ( ministres, personnalités, partis politiques, etc...) et revient sur l'attitude de De Gaulle, porté au pouvoir en 1958 par un putsch des pro "Algérie française" et qui finira par accorder en 1962, contraint et forcé, l'indépendance à l'Algérie, se mettant à dos ceux qui l'avaient porté au pouvoir 4 ans plus tôt et qui termineront leur triste destin en perpétuant crimes et attentats au sein de l'OAS.

Ecrit 30 ans après les Accords d'Evian mettant fin à la dernière guerre coloniale française, ce livre reste d'une lecture utile pour ne pas oublier, 47 ans après...

 

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L'auteur : René ANDRIEU

Né en 1920, Licencié es Lettres, ancien Résistant, il a mené à la fois une carrière de journaliste reconnu pour  sa plume incisive et d'écrivain. Il débute sa carrière journalistique au quotidien «Le Soir», dirigé par J.-R. Bloch et L. Aragon. Il devient correspondant de ce même journal en Yougoslavie et en Roumanie. En 1956, il rejoint «L'Humanité», dont il devient rédacteur en chef en 1958 et directeur adjoint, aux côtés de Roland Leroy, en 1984. . Auteur de nombreux éssais, il a également écrit une biographie de Stendhal (Stendhal ou le bal masqué). René Andrieu est décédé en 1998. 

 

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 Extrait :

"Selon un mythe répandu par ses fidèles, de Gaulle avait, dès son retour, l'intention de faire la paix en Algérie. En réalité, pendant quatre ans, il fait la guerre. Il veut la victoire sur le terrain, propose "la paix des braves", c'est à dire la capitulation, cherche vainement d'autres interlocuteurs que les dirigeants du FLN, projette la partition de l'Algérie, décrète le Sahara terre française et ce n'est que lorsqu'il voit l'échec de ses tentatives qu'il accepte l'idée de l'indépendance.

Mais il administre alors avec éclat dans la solution du problème algérien la preuve de ses capacités et de son réalisme d'homme d'Etat. Contraint de tenir compte de l'évolution historique, il sait opérer la révision nécessaire, faisant violence à son passé, à sa formation et quelques-fois à ses propres amis. Lui qui avait défendu en 1946, la souveraineté française sur l'Indochine et la légitimité douteuse de Bao Daï, qui avait applaudi à l'expédition de Suez et promis en 1958 de "garder l'Algérie à la France et (de) la garder française", il doit finalement accepter l'indépendance algérienne et surtout la faire accepter, non sans mal, par les siens."

 

 

 

 
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