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19/07/2009

Paul GADENNE : "BALEINE"

Cet ouvrage a été pubilé aux Editions Actes Sud en 1982.

Montpellier, fin juin 2009, une petite place ombragée, quelques bouquinistes installés pour la journée sous une chaleur harassante. Et comme toujours dès qu'il y a des livres, l'envie d'y plonger le nez. Et mon nez, plutôt mon regard, est tombé sur ce petit ouvrage d'un auteur qui m'était totalement inconnu, Paul GADENNE. Ouvrage publié pour la première fois en 1949, dans la revue d'Albert CAMUS,"Empédocle"...

Sur la quatrième de couverture, un mot de l'éditeur, Hubert Nyssen qui se termine ainsi : "Le signe du chef-d'oeuvre, c'est le sens que lui confère le temps. Trente année ont fait de ce récit un miroir ardent, un témoignage éperdu et l'un de ces textes où l'essentiel, en quelques pages, se trouve cristallisé pour jamais". Ce n'est pas un hasard, si ce texte fut le premier texte de littérature française publié par les Editions Actes Sud...

 

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C'est l'histoire improbable d'une baleine échouée sur une côte française et qui se décompose lentement sous le regard d'abord curieux puis indifférent des riverains. Le narrateur, accompagné de son amie, part à sa découverte. Que faire d'elle ? Que faire pour elle ? En 36 pages cette baleine nous conduit à nous interroger sur notre monde, son destin et son devenir, sur la place et le rôle de l'homme dans tout cela... Son engagement. Ecrit, quatre années seulement après le fin du cataclysme que fut la Seconde Guerre Mondiale, ces quelques pages posent la question du sens de la présence de l'Homme dans son monde.

L'auteur : Paul GADENNE.

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 Paul Gadenne est né à Armentière le 4 avril 1907. Licencié es  lettres, il entame une carrière d'enseignant qu'il doit  interrompre très rapidement à cause de la tuvberculose. Il passe alors de longs mois en sanatorium . Sa réclusion le pousse à la réflexion puis à l'écriture. Son œuvre a un remarquable pouvoir de suggestion. Gadenne parvient en effet à créer une atmosphère lourde, tout en utilisant des moyens narratifs très simples, où s'expriment la solitude de l'Homme et la difficulté même de son existence.

Son premier roman, Siloé (1941), traite de ses séjours en sanatorium et de la réflexion qu'ils lui inspirent. Puis il tente de saisir, dans La Rue profonde (1948) et L'Avenue (1949), le mystère de la création artistique à travers un personnage de poète. La rencontre, la séparation et la culpabilité, dans le contexte de la guerre et de la collaboration, sont des thèmes également très importants et récurrents dans son œuvre ; La Plage de Scheveningen (1952) en fournit une parfaite illustration. Avec Les Hauts Quartiers, œuvre posthume publiée seulement en 1973, son talent est enfin reconnu. . Il y décrit  un lent acheminement, dans l'enfer de la ville, vers les ténèbres, et une perte de soi à laquelle l'on ne peut échapper que par la médiation de l'écriture, qui permet d'atteindre un au-delà de la littérature qui est la vie même. Gadenne a écrit des nouvelles, désormais rassemblées sous le titre de Scènes dans le château (posthume, 1986), un recueil de Poèmes posthumes, et des réflexions sur l'art d'écrire et le métier de romancier : À propos du roman.

 Lorsqu'il écrit "Baleine", en 1949, Gadenne vit dans de misérables appartements au pays Basque, tentant de soigner sa maladie au milieu d'une bourgeoise basque qui le regarde plutôt comme un objet curieux sans toutefois en faire l'un des siens.

La maladie l'emporte après une longue agonie à l'âge de 49 ans en 1956.

 

Extrait de "Baleine"

"Nous étions plusieurs à nous être réfugiés là, dans ce petit coin où nous pensions pouvoir être oubliés, et nous restions écroulés sur le velours, dans un luxe bizarre de cristaux et d'appliques, nous protégeant, derrière une tenture à emblèmes, - elle-même détachée de ses embrasses et à peu près effondrée, - d'un excès de fumée et de mauvais disques, espérant l'incident qui nous donnerait la force de nous éloigner, ou attendant, peut-être, qu'on nous annonçât une lueur sur la mer. Car les plus courageux avaient gagné la terrasse, où ils demeuraient étendus, la joue presque couchée contre la pierre, tandis que nous continuions à nous épier mutuellement, entre ces parois feutrées, dans cet état de soumission animale et un peu sournoise d'où l'on descend si volontiers vers le sommeil.

Soudain, comme nous disparaissions de plus en plus dans nos coussins, une personne, que nous avions à peine remarquée jusque-là se rapprocha de notre petit cercle d'endormis, et, imaginant de nous étonner, nous demanda si nous avions entendu parler de la baleine."

13/07/2009

"A la reconquête du travail" de Jean François NATON

Je viens de terminer la lecture d'un petit ( petit par la taille, une centaine de pages mais pas par le contenu !) ouvrage de Jean François NATON, édité aux Editions INDIGENE, intitulé "A la reconquête du Travail". ( 11,5 euro)

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Cet ouvrage, véritable pamphlet contre le mal-travail, la souffrance au travail est d'une lecture urgente. Au slogan " travailler plus pour gagner plus", il oppose la réalité du travail, celle des 10 millions de salariés à relever  de ces catégories : "travailleurs de force", "travailleurs contraints", "obligés du public", "travailleurs les plus exposés", etc...

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L'ouvrage débute par ce constat : "Alors que la France n'est plus la France de "L'Assomoir", on voit de plus en plus de travailleurs se plaindre de souffrir "au" et "du" travail. Une plainte souvent liée aux conditions d'éxecution des taches. Un constat à peine croyable à l'heure de la haute technologie, des codes barres, des ressources humaines, de la participation, du toujours plus... Comment peut-on souffrir au travail, dans un pays où un président se fait élire en prônant la valeur travail?". Dans les cent pages suivantes, J.F. NATON va répondre à la question dans un réquisitoire sans faille contre les politiques gouvernementales successives, contre le comportement patronal, les logiques libérales, etc... Pour arriver à la conclusion : "C'est bien un nouvel âge de la démocratie dont il est question afin que les droits de l'homme s'appliquent enfin au travail"

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Jean François NATON, 49 ans, est conseiller confédéral de la CGT, responsable du secteur Travail/Santé. Il est membre de la CNAM, de la Commission accidents et maladies professionnelles, du Conseil supérieur des risques professionnels. Cuisinier de formation, il est diplômé de l'Université d'Aix en Provence : DESS Analyse pluridisciplinaire des situations de travail.

21/05/2009

Gabriel GARCIA MARQUEZ : Le général dans son labyrinthe

Ce roman de Gabriel GARCIA MARQUEZ a été publié en 1990 au éditions Grasset.

Il retrace les dernières semaines de Simon José Antonio de la Santisima Trinidad Bolivar y Palacios. Plus simplement du Général Simon Bolivar. Celui ci vient de renoncer au pouvoir. Nous sommes le 8 mai 1830 et il quitte Bogota pour une errance mortuaire et mortelle à travers la Colombie, escorté de sa suite.

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Dans ce roman, Garcia Marquez mélange fiction et histoire pour nous conduire sur les trace de Bolivar, descendant le fleuve Magdalena et remontant les méandres de sa mémoire. De villes en villages, de souffrances en rémissions, le général revoit ses succès militaires et ses échecs politiques, les trahisons de ses proches et ses amours libertins pour nous tracer un pan de l'histoire du continent Américain. Histoire qu'il a contribué à écrire.

Chronique et chanson de geste à la fois, roman épique et intime, "Le Général dans son labyrinthe" relève des grands romans sud-américains au souffle puissant.

Qui est Bolivar ?

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Simón Bolívar est né le 24 juillet 1783 à Caracas au Venezuela, et est mort le 17 décembre 1830 à Santa Marta en Colombie.

Général et homme politique sud-américain, il est une figure emblématique de l'émancipation des colonies espagnoles d'Amérique du Sud dès 1813. Il participe de manière décisive à l'indépendance des actuels Bolivie, Colombie, Équateur, Panamá, Pérou et Venezuela. Il a participé à la création de la Grande-Colombie, dont il souhaitait qu'elle devienne une grande confédération politique et militaire regroupant l'ensemble de l'Amérique latine.

Bolívar est aujourd'hui une icône politique et militaire dans de nombreux pays d'Amérique latine et dans le monde.

Après avoir étudié en Espagne et visité la France, l'Italie et les États-Unis, il retourna au Venezuela prendre part à la guerre d'indépendance contre les royalistes espagnols. Il servit d'abord sous les ordres de Francisco de Miranda qu'il fit prisonnier en 1812 pour le livrer aux Espagnols. Sa brillante campagne militaire lui valut le surnom d'« El Libertador » (le Libérateur), mais les Espagnols le contraignirent à l'exil. Il revint en 1817 et s'empara de la Nouvelle-Grenade en 1819 (la Colombie actuelle), et du Venezuela en 1821. La Colombie, le Panamá et le Venezuela formèrent alors la Fédération de Grande Colombie à laquelle se joignit l'Équateur en 1822.

Avec son lieutenant, le général Antonio José de Sucre, il contribua à la libération du Pérou, déjà engagée par l'armée de José de San Martín. Il devint président de la Bolivie, pays nouvellement formé sur le territoire de l'ancienne vice-royauté du Pérou et qui prit le nom de son libérateur, le 11 août 1825 (jusqu'au 1er janvier 1826) alors qu'il était déjà le président de la Grande Colombie depuis 1819. De ce dernier pays, il conserverait la présidence jusqu'à son départ en exil en 1830. On peut considérer que jusqu'en 1826 il ne l'occupait plus que symboliquement étant donné ses campagnes dans les Andes centrales.

Il fut cependant impuissant à unifier les anciennes colonies espagnoles d'Amérique latine. L'idée de Bolívar est qu'un pays indépendant mais seul n'a aucune chance de conserver son autonomie, tandis qu'un continent entier, souverain et solidaire, pourrait devenir une puissance mondiale.
Sa vision politique était trop en avance sur son temps, et il fut accusé de vouloir tout dominer, c'est à dire d'aspirer à l'empire. On tenta même plusieurs fois de l'assassiner. Ainsi, le 30 septembre 1828, il ne dut sa survie qu'à l'intervention décidée de la seconde femme de sa vie, Manuela Saenz, qui y gagna ses galons de « Libératrice du Libérateur » (Libertadora del Libertador). Déçu et malade, il se retira définitivement en 1830 et s'éteignit sur le chemin de l'exil, peu après avoir appris l'assassinat de celui qu'il considérait comme son successeur, le Maréchal de Sucre.

L'auteur : Gabriel Garcia Marquez.

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Gabriel García Márquez est né le 6 Mars 1928 à Aracataca, village de Colombie.
En 1947, étudiant en droit à l’université de Bogota. il publie dans El Espectador sa nouvelle: La troisième résignation, première d’une série écrite de 1947 à 1952. Après l’assassinat du leader politique Jorge Eliécer Gaitan, l’université étant fermée, il rejoint sa famille à Cartagena, où il collabore à El Universal, nouvellement fondé.

Devenu journaliste à El Heraldo de Barranquilla, il écrit Des feuilles dans la bourrasque qui sera publié en 1955. Reporter à Bogotá pour El Espectador (à partir de février 1954), il relate en particulier avec humour les tribulations du marin Luis Alejandro Velasco (1955, réédité en 1970 sous le titre Récit d’un naufragé).

Envoyé en Europe en juillet 1955, il se rend à Genève, puis à Rome, où il s’inscrit au Centre expérimental de cinéma. Quelques mois plus tard la fermeture du journal par le dictateur Rojas Pinilla, le surprend à Paris. Bientôt sans argent, réfugié au dernier étage d’un hôtel du quartier Latin, il travaille à La Mala hora (publié en 1962),
En 1958, il visite l’Allemagne de l’Est, l’Union soviétique, la Hongrie, séjourne de nouveau à Paris puis à Londres et à Caracas, avant de gagner la Colombie.

Peu après le triomphe de la révolution cubaine, il ouvre à Bogota, avec Plinio Mendoza, un bureau de l’agence d’informations Prensa latina, pour laquelle il travaille ensuite à La Havane et à New York. Démissionnaire en juin 1961, il s’installe à Mexico, écrit des scénarii et les nouvelles de Les funérailles de la Grande Mémé (1962). En 1965, il commence la rédaction de Cent ans de solitude dont la publication à Buenos Aires, en avril 1967, lui vaudra aussitôt la célébrité dans toute l’Amérique latine et bientôt en Europe.

À Barcelone où il vit de 1968 à 1974. paraît en 1972 l’Incroyable et Triste Histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique . Sympathisant actif des mouvements révolutionnaires latino-américains, il finance avec un grand prix littéraire (Romulo Gallos 1972) la campagne Électorale du M.A.S. au Venezuela, collabore en Colombie à la fondation de l’hebdomadaire Alternativa (1974) et écrit le roman baroque politique : L‘Automne du Patriarche (1975). En 1978, il crée la fondation Habeas pour la défense des droits de l’homme et des prisonniers politiques en Amérique latine et rencontre dans cette intention le pape et le roi d’Espagne (1979).

Devenu universel et populaire pour l’originalité et la fécondité de son imagination créatrice, il voit, en avril 1981, son roman , Chronique d’une mort annoncée , publié simultanément à Bogota, Barcelone et Buenos Aires, atteindre un premier tirage de deux millions d’exemplaires. Lauréat du prix Nobel 1982, il est aussi l’auteur de L’Amour au temps du choléra (1986) et d’une fiction sur les derniers jours de Bolivar: Le Général dans son labyrinthe (1989).

Un extrait du roman.

"Peu après, une bourrasque de pluie et de coups de tonnerre s'abattit, qui laissa la ville en situation de naufrage. Le général en profita pour se remettre de la réception, savourant l'odeur des goyaves tandis que, tout habillé, il feignait de dormir sur le dos dans la pénombre de la pièce, puis il s'endormit pour de bon dans le silence réparateur d'après le déluge. José Palacios le sut parce qu'il l'entendit parler avec la bonne diction et le timbre net de sa jeunesse qu'il ne retrouvait plus qu'en rêve. Il parla de caracas, une ville en ruine qui n'était plus la sienne, avec ses murs recouverts d'affiches injurieuses à son endroit et ses rues débordantes d'un torrent de merde humaine. José Palacios veilla dans un coin de la chambre, presque invisible dans la bergère, afin de s'assurer que personne d'autre que la suite ne pût entendre les confidences de ses rêves. Par la porte entrebâillée il adressa un signe au colonel Wilson, et celui-ci éloigna le garde qui faisait les cent pas dans le jardin.
"Ici, personne ne nous aime, et à caracas, personne ne nous obéit, dit le général endormi. Nous ommes quittes."
Il poursuivit par un chapelet de lamentations amères, résidus d'une gloire démantelée que le vent de la mort emportait en lambeaux. Au bout d'une heure de délire, il fut réveillé par un bruit de troupe dans le couloir et par une voix métallique et altière. Il émit un ronflement abrupt et dit sans ouvrir les yeux, d'une voix décolorée par le réveil :
"Que se passe-t-il, nom de Dieu ?""


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01/05/2009

Laurent CHALUMEAU : Les arnaqueurs aussi

Un bon polar de temps en temps, ça ne se refuse pas. Celui-ci sort des sentiers battus. Pas vraiment polar : les policiers n'y occupent qu'une place très restreinte. Pas vraiment roman noir : on rigole plutôt aux aventures de ces arnaqueurs... arnaqués. Le roman a été publié en 2007 chez Grasset. Il est disponible en poche dans la collection "Points - Roman noir", n° P2030.

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L'histoire

La "délinquance astucieuse", c'est la spécialité de Jorge GOMEZ. Lorsque la Tortue lui propose un plan génial dans un palace cannois, il accepte aussitôt. Le voici transformé en riche client de l'hôtel où se croisent aristocrates blasés, rock-stars et mafieux ukrainiens. Quand la comtesse Monica débarque, Jorge s'engage dans un combat de coq pour la séduire et le casse vire à la catastrophe.

Derrière cette histoire d'arroseurs arrosés, une seule question, qui est qui ? On prend un réel plaisir à accompagner ces petites mains de l'arnaque se faire eux-même pigeonner. Le tout avec beaucoup d'humour et de tendresse, dans un langage qui n'est pas sans rappeler Audiard. Mais un Audiard du XXIeme siècle... Les références ? "Les Tontons flingueurs" pour le ton, "Amicalement vôtre" pour la distance et "Pulp fiction" pour la Comtesse...

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L'auteur

Laurent Chalumeau entre à Rock & Folk en 1981. En 1983, il part s’installer aux Etats-Unis. En 1990, il rejoint Canal +et, pendant cinq ans, fournit chaque jour le texte du personnage qu'interprète Antoine de Caunes à la fin de Nulle Part Ailleurs.

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Scénariste:
1995 : Hercule et Sherlock
1998 : La Ferme
2000 : Total Western
2001 : Les Morsures de l'aube
2009 : Montespan d'Antoine de Caunes

Dialoguiste :
2000 : Le Prince du Pacifique

Laurent Chalumeau écrit aussi des chansons pour Patrick Bruel, Michel Sardou, Fred Blondin, G-Squad et Julien Clerc, et des livres, parmi lesquels : Fuck (Grasset, 1991) et Neuilly brûle-t-il ?, (Grasset, 1997), etc... Son dernier : "Un mec sympa"

Un extrait

"Jorge dit : "Vous savez quoi ?"
L'autre répondant sans ouvrir les yeux, disant, "Non mais je ne suis pas inquiet : vous allez me dire."
Jorge ne relevant pas, disant, "La femme assise là haut..."
Toujours sans ouvrir les yeux, l'autre dit : "Hmmm?"
Jorge dit, "En fait, c'est une comtesse".
Les yeux toujours fermés, le mec fit une petite moue et dit, "Ah bon."
"Non je disais ça, vu que vous il paraît que vous êtes baron. Vous auriez pu me dire des trucs sur elle."
Le mec n'ouvrant toujours pas les yeux, soupirant avant de dire, "Non. Désolé".
Jorge se remit en position pour regarder la comtesse, toujours en train de lire, entendant alors le mec dire dans son dos : "Jolie femme en tout cas."
Jorge dit, "Jo-lie ! Vous avez dit jolie !"
L'autre dit, toujours sans ouvrir l'oeil, "Oui. Pourquoi ? Vous diriez comment, vous ? Qu'elle est bonne ?"
Jorge se redressa et dit, "Jolie ? Jolie ? Mais faut vous faire télécharger un dictionnaire sur le disque dur de votre Nitendo, là ! Enrichir votre vocabulaire. Jolie ? Moi je vais vous dire, une femme comme ça, c'est pas jolie qu'on dit ! Une femme comme ça, on ressuscite Botticelli à coups de lattes pour qu'il la peigne en pied dans une coquille Saint-Jacques. Une femme comme ça, on lui assure un roulement musical permanent sous ses fenêtres : quatuor à cordes au réveil, mariachis au couchant et mandolines le soir quand elle se brosse les dents. Une femme comme ça, on se traîne les couilles sur des tessons de bouteille pendant un kilomètre jusqu'à une cabine téléphonique, juste pour pouvoir l'écouter faire pipi dans un gobelet métallique à l'autre bout du fil. Vous voyez ce que je veux dire ? Jolie. Pff!"
Il y eut un blanc, comme si l'autre attendait pour être sûr que Jorge ait fini avant de dire, toujours les yeux fermés : "Ah oui. Elle vous a plu, donc."


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22/02/2009

PIMP, Mémoires d'un maquereau

Je suis tombé sur ce livre par hasard, chez un libraire. La curiosité m'a poussé à l'acheter. Classique du roman noir américain, ce livre nous conduit en enfer... sur terre.

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"Pimp, mémoires d'un maquereau" par Iceberg Slim, Editions de l'Olivier - 1998. Le Point Poche 2008

Pour se faire une idée, un extrait de l'avertissement :

"A travers ce livre, je veux emmener le lecteur avec moi dans le monde secret du "pimp", du mac. Je veux mettre à nu la vie et les pensées du proxénète que j'ai été. Le récit de ma brutalité et des artifices que j'ai employé pour arriver à mes fins remplira de dégoût nombre d'entre vous. Mais si j'arrivais à sauver ne serait-ce qu'une seule personne, homme ou femme, de la tentation de plonger dans cette fange destructrice, si je parvenais à convaincre quelqu'un d'employer sa jeunesse et son intelligence d'une manière plus positive pour la société, alors le déplaisir que j'aurais apporté avec ce livre sera largement récompensé".

L'auteur

Iceberg Slim, de son vrai nom Robert lee est né en 1918 à Indianapolis pendant la première Guerre Mondiale, de l’union d’une serveuse et d’un cuisinier afro-américain. Il passa la majeure partie de son enfance à Milwaukee et Rockford (Illinois) avant de retourner à Chicago à l'adolescence ou il commence son apprentissage du rôle de maquereau. Abandonnée par son mari, sa mère travailla comme domestique et tint un salon de beauté.

Au milieu des années trente, Robert Lee s'essaya brièvement à des études universitaires au Tuskegee Institute, un des premiers établissements d'enseignement supérieur destinés aux Noirs. C’est à 18 ans qu’il prend son nom d’Iceberg Slim. Il exercera cette « profession » de 18 à 42 ans de Chicago, à Détroit en passant par Cleveland. Il sera incarcéré plusieurs fois et c'est après avoir passé dix mois seul dans une « cellule de confinement », à la maison de correction de Cook County, qu'il décida de se ranger et de se consacrer à l'écriture, en 1960, sous le nom de Robert Beck.

Le livre
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Robert Lee, jeune vaurien de Milwaukee, n’a qu’un rêve : devenir le plus grand mac des Etats-Unis. De 1940 à 1960, il est Iceberg Slim, patron d’un harem et maître du pavé de Chicago. Impitoyable et accro à la cocaïne, il est toujours à la recherche d’une proie à envoyer sur le trottoir. Plein de sueur, de sexe et de violence, ce document sur les bas-fonds de l’Amérique, est un livre culte.

Un court extrait. Attention, c'est cru !

"L'aube se levait tandis que la grosse Cadillac filait le long des rues. Mes cinq putes bavardaient comme des pies soûles. Je sentais la puanteur typique que dégagent les tapineuses à la fin d'une longue nuit de travail. mes parois nasales étaient à vif. C'est ce qui arrive quand on se bourre de cocaïne.
J'avais le nez en feu. En respirant l'odeur de ces putes mêlée à celle de l'herbe qu'elles fumaient, j'avais l'impression que des lames de couteau invisibles me raclaient la cervelle à la racine. J'étais d'une humeur massacrante, malgré le gros tas de fric qui remplissait la boîte à gants."

07/02/2009

"La Paix des Braves"

Je viens de terminer la lecture de :

"La Paix des Braves" de jean Claude CARRIERE - Edition Le Pré aux Clercs - 1989 - Récit

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Jean Claude Carrière nous raconte dans ce récit fait de courtes séquences sa guerre d'Algérie en ces années 1960-1961 lorsque "les deux adversaires se disent vainqueurs" et qu'on "attend une solution politique" après que De Gaulle ait appelé à "une paix des braves". Pendant vingt-huit mois, de 1958 à 1962, Jean-Claude Carrière sera troufion en Algérie. Il est nommé responsable de missions spéciales, et à ce titre intervient régulièrement dans la vie quotidienne des habitants.

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Pour l’armée française, il s’agit alors, dans le langage officiel, de « pacifier » l’Algérie. Mais comment ne pas voir aussi qu’on torture dans la pièce d’à côté, à l’aide de la sinistre « gégène » (diminutif donné à la génératrice de campagne qui, avec de l’eau et des gourdins, sert à faire parler les Algériens lors d’interrogatoires diversement musclés) ?

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Jean-Claude Carrière rentre « effondré », dira-t-il, de son service militaire.

Le récit s'ouvre sur la promesse fait par l'auteur à un colonel de ne jamais parler de ce quil "pourrait voir ou entendre pendant son séjour réglementaire en Algérie". Promesse qui lui permettra, selon le colonel, d'avoir "une guerre intéressante".

C'est ce serment que 27 ans plus tard, Jean Claude Carrière rompt en écrivant ce récit. Le silence devenant parole... et nous offre une succession de séquences comme autant d'images de cette guerre qui ne voulait pas dire son nom. Images parfois surréalistes !

"La paix des braves" - de tous ses livres celui pour lequel Carrière avoue d’ailleurs une préférence. L’expression « paix des braves » est du général de Gaulle, en 1960, alors qu’il veut croire l’Algérie « pacifiée ». On connaît la suite. « La guerre tue toute curiosité, écrit Carrière trente ans plus tard, dans ce récit, surtout quand on est forcé de la faire, ce qui est presque toujours le cas des soldats. On espère vaguement que de cette vie entre parenthèses, si on en sort un jour, il ne restera strictement rien, pas même une trace. » Pourtant, la trace qu’elle laissera chez Carrière sera très vive. À l’aide de courts chapitres et d’un style tout en ellipses et suggestions, la guerre est montrée au ras du sol (au ras des bottines du simple soldat) dans toute son absurdité.

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Extrait.

"Dimanche.
Notre colonel - brave homme, cinquante-cinq ans, breton, catholique - aime le ski. L'hiver, en Algérie, la neige tombe assez fréquemment. Sur les hauteurs, elle peut tenir plusieurs semaines. Sur le Djudjura, par exemple.
Assez souvent, le dimanche, après la première messe, le colonel part de la ville avec une escorte - une douzaine d'hommes et un sergent. Généralement, ce sont les baroudeurs d'élite, comme on les appelle, le sempiternel coiffeur, maigre et mou, le cuistot, quelques secrétaires, tous les tire-au-cul qui ronchonnent parce qu'on les a tirés du lit. Nous omntons dans un camion, parfois dans deux jepps, et en route.
Arrivés au pied de la montagne, il faut installer deux hommes de garde auprès des véhicules, avec des fusées d'alarme ( c'est le règlement), et continuer à pied jusqu'à la neige. Un soldat porte sur son épaule les skis du colonel, un autre les bâtons. On garde un oeil inquiet sur le paysage. Le colonel s'avance en tête, le pistolet à la ceinture. Des bouffées le précèdent.
Il parvient à l'endroit qu'il a choisi, qu'il commence à connaître. Pendant qu'il attache ses skis, qu'il saisit ses bâtons, je dispose les hommes le long de la piste qui n'existe pas, dans la neige vierge. Placés de cinquante mètres en cinquante mètres, ils tiennent leurs armes braquées sur la montagne silencieuse. Ils ont le dos tourné à la piste. le canon des armes tremble de froid.
Quand tout est prêt, quand toutes les dispositions sont prises ( comme on dit), je fais un signal et le colonel s'élance pour une petite descente tranquille. Il descend correctement, un peu raide, sans se presser, gardé par des soldats postés, immobiles, qui surveillent avec attention les abords au cas où.
Parvenu au bas de la piste, il remonte lentement, puis il redescend. Il recommence encore une fois, ou deux. Quelquefois, quand le souffle lui manque un peu, il ne remonte pas jusqu'en haut.
Une fois, il est tombé. dans ces cas-là, il ne faut pas lui porter secours, sauf blessure. Il est important de ne pas quitter son poste. Le colonel, d'ailleurs, se relève tout seul. Rien de grave. Il repart en douceur.
Ca dure une heure, une heure et demie. Quand il en a assez, je regroupe les hommes, en rappelant d'abord les plus haut postés. Ils ont eu généralement très froid, et moi aussi, tandis que le colonel est tout rouge et transpire presque. Nous rejoignons les véhicules, auprès desquels les hommes de garde nous attendent, toujours transis, et nous rentrons à la caserne, où nous arrivons parfois en retard pour le déjeuner."


Qui est jean Claude CARRIERE ?

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Né dans un petit village du Sud de la France, il a fait des études classiques, qui l'ont conduit à l'ENS de Saint-Cloud. Encore étudiant, il publie son premier roman, "Lézard", et rencontre Jacques Tati et Pierre Étaix. Il écrit, d'après les films de Tati, "Les Vacances de monsieur Hulot", et "Mon Oncle", deux livres illustrés par Pierre Étaix.

Ils réalisent alors, ensemble, deux courts-métrages, "Rupture" et "Heureux Anniversaire". Ce dernier remporte un Oscar à Hollywood. L'année suivante, ils écrivent "Le Soupirant" (prix Louis Delluc), puis "Yoyo", "Tant qu'on a la santé" et "Le Grand Amour". À plusieurs reprises, ils travaillent encore ensemble, pour des films et pour des livres.

En 1963, Jean-Claude Carrière rencontre Luis Buñuel, avec qui il travaille pendant vingt ans ("Belle de Jour", "Le Charme discret de la bourgeoisie", etc). Il collabore aussi avec Milos Forman ("Valmont"), Volker Schlöndorff ("Le Tambour"), Andrej Wajda ("Danton"), Louis Malle ("Viva Maria", "Milou en Mai"), Jacques Deray ("La Piscine", "Borsalino"), Jean-Paul Rappeneau ("Cyrano de Bergerac").

À la télévision, il est l'auteur d'une quinzaine de films, parmi lesquels trois 7 d'Or ( "La Controverse de Valladolid", entre autres).

Au théâtre, après "L'Aide-mémoire", sa première pièce, il a travaillé pendant trente ans avec Peter Brook, écrivant en particulier "Le Mahabharata."

Enfin, il n'a jamais cessé d'écrire et de publier des livres. Parmi les plus récents, on peut citer "Le Dictionnaire amoureux de l'Inde", "Le Vin bourru", et deux essais récents, publiés par Odile Jacob: "Fragilité" et "Tous en scène".

Il a écrit des livrets d'opéra, des chansons. Il a créé et présidé pendant dix ans l'Ecole Nationale de cinéma, la FEMIS. Il est aussi président du Printemps des Comédiens, festival de théâtre de Montpellier et membre du conseil d'administration du musée Guimet. Il est officier de la Légion d'Honneur.


Ciné-Théatre "La Paix des Braves", d'après le livre de Jean-Claude Carrière.
Mise en scène de Laurence hamery avec Régis Florès et réalisé par Sébastien Marque.
Voici la bande-annonce, des extraits et un bout de making of.

 
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