logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

05/04/2009

Poème de minuit (14)

Cette semaine, je vous propose un petit tour du monde de poésie résistante.

Commençons, par l'Italie avec Franco FORTINI.

medium_2197.jpg


La Rose ensevelie.

Où rechercherons-nous les couronnes de fleurs
Les musiques des violons et les flambeaux des soirs

Où seront passés l'or brillant des pupilles
les ténèbres, les voix - quand à travers les larmes

Descendront les cavaliers aux manteaux gris
Et leurs signes sur de neutres prairies. Par les vallées

Irrévocables, attachés à leur trot solencieux,
Par les vallées d'exil, nos images les suivront.

Mais au sein des pires décombres le destin est liberté.
Ensevelie, la rose embaume, éternelle.

Là où resplendissait notre joie fidèle
D'autres retrouveront les couronnes de fleurs.


Franco Fortini - Poésies de Résistance - J'ai Lu.

04/04/2009

Poème de minuit (13)

Pour terminer notre semaine "Prévert",

medium_ancienne-usine-bertin-fougeres.jpg


Le temps perdu

Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'oeil
familièrement
medium_20080424CocaGreve.jpg

Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c´est plutot con
de donner une journée pareille
à un patron ?


Jacques Prévert - Paroles

medium_opel_ouvrier_usine_al_9651c.jpg

03/04/2009

Poème de minuit (12)

Complainte à Vincent

À Paul Eluard

medium_vangogh-self-portrait-with_bandaged_ear-244x300.2.jpg

À Arles où roule le Rhône
Dans l’atroce lumière de midi
Un homme de phosphore et de sang
Pousse une obsédante plainte
Comme une femme qui fait son enfant
Et le linge devient rouge
Et l’homme s’enfuit en hurlant
Pourchassé par le soleil
Un soleil d’un jaune strident
Au bordel tout près du Rhône
L’homme arrive comme un roi mage
Avec son absurde présent
Il a le regard bleu et doux
Le vrai regard lucide et fou
De ceux qui donnent tout à la vie
De ceux qui ne sont pas jaloux
Et montre à la pauvre enfant
Son oreille couchée dans le linge
Et elle pleure sans rien comprendre
Songeant à de tristes présages
Et regarde sans oser le prendre
L’affreux et tendre coquillage
Où les plaintes de l’amour mort
Et les voix inhumaines de l’art
Se mêlent aux murmures de la mer
Et vont mourir sur le carrelage
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
De Vincent à demi-mort
medium_vincent-van-gogh.2.jpg

Et sage comme l’image même
De la misère et de l’amour
L’enfant nue toute seule sans âge
Regarde le pauvre Vincent
Foudroyé par son propre orage
Qui s’écroule sur le carreau
Couché dans son plus beau tableau
Et l’orage s’en va calmé indifférent
En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang
L’éblouissant orage du génie de Vincent
Et Vincent reste là dormant rêvant râlant
Et le soleil au-dessus du bordel
Comme une orange folle dans un désert sans nom
Le soleil sur Arles
En hurlant tourne en rond.


Jacques Prévert, PAROLES, Gallimard, 1949

02/04/2009

Poème de minuit (11)

Chanson du geôlier

medium_20081201Prison.jpg


Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang ?
Je vais délivrer celle que j'aime
S'il en est encore temps
Et que j'ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l'avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu'elle soit libre
Et même de m'oublier
Et même de s'en aller
Et même de revenir
Et encore de m'aimer
Ou d'en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu'à la fin des jours
La douceur de ses seins modelés par l'amour


Jacques Prévert - Paroles

medium_prison_francaise_1169491315.jpg

Pour l'écouter mis en musique :

http://www.maxizone.fr/images/stories/audio/paris_mp3/07%20-%20Chanson%20du%20geolier%20-%20Max

01/04/2009

Poème de minuit (10)

Sables mouvants

medium_movingsands.gif

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.




Jacques Prevert - Paroles
medium_12.gif

31/03/2009

Poème de minuit (9)

En 1934, répondant aux violences des surveillants du réfectoire, les enfants du bagne de Belle-Ile se rebellent. Plusieurs réussissent à s'enfuir et l'administration fait appel à toutes les bonnes volontés, notamment aux touristes, pour capturer les fugitifs : une prime leur est offerte — vingt francs par enfant ! « L'incident eut au moins le mérite d'attirer l'attention du public et d'accélérer le passage des Bagnes d'enfants à l'éducation surveillée. À partir de 1936, les surveillants furent remplacés par des éducateurs dégagés des tâches disciplinaires »
Ce lieu d’histoire et de mémoire a inspiré des cinéastes. Et notamment Serge Reggiani qui tourna à Belle-île en 1947 des scènes dans un film de Marcel Carmé. Un film qui ne verra jamais le jour, "L’île des enfants perdus", sur un scénario de Prévert. L’histoire devait raconter la révolte des enfants. On sait que quelque 69 plans ont été tournés de 1936 à 1947, la plupart des autres ayant été abandonnés suite à de nombreux incidents. Un vrai tournage maudit : problèmes de santé d’acteurs, coût trop élevé… On aurait pu y voir, aux côtés de Reggiani, Arletty, Anouk Aimé… Peut-être les rushs sortiront-ils un jour…

Chasse à l'enfant

A Marianne Oswald


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu'est-ce que c'est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Pourchasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous le braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.


Jacques Prévert - Paroles





 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique