logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

27/07/2012

Mahmoud DARWICH : "La Terre nous est étroite et autres poèmes"

Gallimard - Poésie - traduction de l'arabe par Elias Sanbar - 2000

Une fois n'est pas coutume, c'est d'un recueil de poèmes dont il est question ici. Mahmoud Darwich, c'est LE grand poète palestinien contemporain. Il a lui-même opéré la sélection des poèmes qui composent ce recueil et qui propose une belle traversée de l'oeuvre du poète de 1966 à 1999. Sorte d'"anthologie personnelle" que l'auteur a eu bien du mal à produire tant il considère son oeuvre comme une perpétuelle remise en cause, remise en doute, comme il l'exprime lui-même dans la préface : "Chacun de mes nouveaux recueils tend à une certaine rupture dans la contuinité, à une démolition du recueil précédent dans la mesure où, à chacune de mes nouvelles entreprises, j'éprouve invariablement le besoin de développer ce qui jusque-là me semblait decondaire et marginal et de la rapprocher du centre".

La poésie de Darwich épouse l'histoire palestinienne et le positionnement de l'auteur au sein même du combat de son peuple. Si les premiers poèmes contenus dans cette anthologie relèvent d'une approche très patriotique et révolutionnaire, très vite, c'est la recherche d'une certaine esthétique, liée au déracinement qui prend le pas dans la création poétique. La vie de Darwich ne sera qu'exils et sa poésie se fait tour à tour épique et lyrique pour aboutir à une oeuvre plus apaisée, dans les années 1995-1999, où le poète se penche sur son intimité familale et géographique et sur le quotidien des choses. C'est donc un recueil d'une très riche variété qui nous est proposé ici.

La lecture est exigeante mais il me semble que l'essentiel est de se laisser porter par la beauté du verbe, la richesse des images et la force des évocations, par le déferlement de la vague poétique qui nous entraîne à la découverte d'un peuple, de ses souffrances, de ses espoirs au travers de l'expérience unique du poète...

L'auteur

Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée, à 9 kilomètres à l'Est de Saint Jean d'Acre en Palestine sous mandat britannique, aujourd'hui Israël. Il est le deuxième enfant d'une famille musulmane sunnite de propriétaires terriens, avec quatre frères et trois sœurs. Après l'établissement d'Israêl en 1948, le village fut rasé entièrement et la famille Darwich s'enfuit au Liban, où elle resta un an, avant de rentrer clandestinement en Palestine où elle découvre que leur village a été remplacé par un nouveau village juif. La famille s'installe alors à Dair Al-Assad.

Darwish a commencé ses études primaires à Dair Al-Assad, tout en vivant sous la menace constante d'être découvert et exilé par la police israélienne. Plus tard, il finit ses études secondaires à Kufur Yasif, deux kilomètres au Nord de Jdeideh. Enfin, il part pour Haïfa. Son premier recueil de poésie fut publié quand il avait dix-neuf ans (Asafir bila ajnihaOiseaux sans ailes, 1960).

 

À la fin de ses études, Mahmoud Darwich commence à publier des poèmes et des articles dans des journaux et magazines comme Al-Itihad et Al-Jadid, pour lequel il deviendra plus tard rédacteur. En 1961, il rejoint secrètement le Parti Communiste d'Israël, le Maki, et commence à travailler comme rédacteur adjoint de Al-fajr.

Il sera plusieurs fois arrêté et emprisonné pour ses écrits et activités politiques entre 1961 et 1967. Pendant cette période, Darwich rêve de révolution et chante la patrie, la défense de l'identité niée des siens et la solidarité internationaliste. En 1964, il sera reconnu internationalement comme une voix de la résistance palestinienne grâce à son recueil Rameaux d'olivier (Awraq Al-zaytun). Le poème Identité (Inscris : Je suis arabe, en langue arabe Bitaqat huwiyya: Sajel ana arabi), le plus célèbre du recueil, dépasse rapidement les frontières palestiniennes pour devenir un hymne chanté dans tout le monde arabe.

En 1970, assigné à résidence à Haïfa à la suite de la publication d'articles politiques jugés trop virulents par la justice en Israël, il demande un visa d'étudiant pour quitter le pays. Il se rend à Moscou. Il y étudie l'économie politique. Il disparaît en1971. On le retrouve quelque temps plus tard au Caire, où il travaille pour le quotidien Al-Ahram. Puis il part s'installer à Beyrouth, en 1973, il dirige le mensuel Shu'un Filistiniyya (Les affaires palestiniennes) et travaille comme rédacteur en chef au Centre de Recherche Palestinien de l'OLP et rejoint l'organisation. En 1981, il crée et devient rédacteur en chef du journal littéraire Al-Karmel.

Pendant l'été 1982, Beyrouth est l'objet de bombardements du 13 juin au 12 août, l'armée israélienne cherchant à faire fuir l'OLP de la ville. Darwich relatera la résistance palestinienne au siège israélien dans Qasidat Bayrut (1982) et Madih al-xill al'ali(1983). Le poète repart en exil, au Caire, à Tunis puis à Paris. En 1987, il est élu au comité exécutif de l'OLP.

Un an plus tard, en 1988, un de ses poèmes, En traversant les mots passants, est discuté à la Knesset ; il est accusé de souhaiter voir partir les Juifs d'Israêl. Mahmoud Darwich s'en défendra en expliquant qu'il voulait dire qu'ils devaient partir de la Bande de Gaza et de Cisjordanie. Le poète écrivit :

« Alors quittez notre Terre
Nos rivages, notre mer
Notre blé, notre sel, notre blessure. »

Membre du comité exécutif de l'OLP, président de l'Union des écrivains palestiniens, Mahmoud Darwich est le fondateur et le directeur de l'une des principales revues littéraires arabes, Al-Karmel, qui a cessé de paraître en 1993. La même année, après les accrods d'Oslo, Mahmoud Darwish quitte l'OLP, protestant contre l'attitude conciliante de l'Organisation dans les négociations et préférant une paix mais une paix juste.

Il continue à être rédacteur en chef du magazine Al-Karmel, et vit à Paris avant de retourner en palestine en 1995, ayant reçu un visa pour voir sa mère. Il eut ainsi la permission de retourner en Palestine pour les funérailles de son ami l'écrivain Emile Habibi et de visiter la ville où il a vécu mais pour quelques jours seulement. Il reçoit une autorisation de séjour des autorités israéliennes et s'installe dans une ville de Cisjordanie, Ramallah, ville où Yasser Arafat avait ses quartiers.

En mars 2000, Yossi Sarid, ministre israélien de l'Éducation, proposa que certains des poèmes de Mahmoud Darwish soient inclus dans les programmes scolaires israéliens. Mais le premier ministre Ehud Barak refusa, « Israël n'est pas prêt. »

Il est décédé le 9 août 2008 aux États-Unis dans un hôpital de Houston, où il avait subi une intervention chirurgicale et se trouvait dans un état critique suite à des complications liées à l'opération. Il avait déjà subi deux opérations du cœur en 1984 et 1998.

Après avoir reçu les honneurs à Amman en JJordanieoù sa dépouille était arrivée des États-Unis, il a eu des obsèques nationales à Ramallah en présence de nombreux dignitaires palestiniens dont le président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Il est enterré dans un lopin de terre près du palais de la Culture de Ramallah.

 

Extraits

La Qasida de Beyrouth (extrait)

Adieu à ce qui nous attend.

A l'aube qui nous fendra sous peu.

A une cité qui nous ramènera à une autre cité,

Que se prolongent notre périple et notre sagesse.

Adieu aux glaives et aux palmiers,

A une colombe qui s'envolera de coeurs consummés de passé

Vers un toit de tuiles...

Le combattant est-il venu par là,

Tel l'obus dans la guerre ?

Ses éclats ont-ils brisé les tasses au café ?

Je vois des villes en papier armé de rois et d'uniformes kaki.

Je vois des villes qui couronnent leurs conquérants.

Et l'Orient est l'antithèse de l'Occident, parfois.

Il est l'orient de l'Occident, d'autres fois

Et son image et sa marchandise ...

Je vois des villes qui couronnent leurs conquérants

Et exportent les martyrs pour importer le whisky et les dernières nouveautés du sexe et de la torture ...

Le combattant est-il venu par là,

Tel l'obus dans la guerre ?

Et ses éclats ont-ils brisé les tasses de café ?

Je vois des villes qui pendent leurs amants

Aux branches de fer

Et dispersent les noms, à l'aube...

 

1984


L'Art d'aimer

Avec la coupe sertie d'azur

Attends-la

Auprès du bassin, des fleurs du chèvrefeuille et du soir, 

Attends-la

Avec la patience du cheval sellé pour les sentiers de montagne,

Attends-la

Avec le bon goût du prince raffiné et beau,

Attends-la

Avec sept coussins remplis de nuées légères

Attends-la

Avec le feu de  l'encens féminin omniprésent,

Attends-la

Avec le parfum masculin du santal drapant le dos des chevaux,

Attends-la

Et ne t'impatiente pas. Si elle arrivait après son heure,

Attends-la

Et si elle arrivait, avant,

Attends-la

Et n'effraye pas l'oiseau posé sur ses nattes,

Et attends-la

Qu'elle prenne place, apaisée, comme le jardin à sa pleine floraison,

Et attends-la

Qu'elle respire cet air étranger à son coeur,

Et attends-la

Qu'elle soulève sa robe qu'apparaissent ses jambes, nuage après nuage,

Et attends-la

Et mène-là à une fenêtre qu'elle voit une lune noyée dans le lait,

Et attends-la

Et offre-lui l'eau avant le vin et

Ne regarde pas la paire de perdrix sommeillant sur sa poitrine,

Et attends-la

Et comme si tu la délestais du fardeau de la rosée, 

Effleure doucement sa main lorsque

Tu poseras la coupe sur le marbre,

Et attends-la

Et converse avec elle, comme la flûte avec la corde craintive du violon,

Comme si vous étiez les deux témoins de ce que vous réserve un lendemain,

Et attends-la

Et polis sa nuit, bague après bague,

Et attends-la

Jusqu'à ce que la nuit te dise :

Il ne reste plus que vous deux au monde

Alors porte-la avec douceur vers ta mort désirée

Et attends-la !...

 

1999

02/09/2011

Allain Leprest : la poésie en deuil.

Allain Leprest a fait le choix de partir. Il l'a fait à Entraigues, où il était en vacances. Entraigues, le village de Jean Ferrat avec lequel il partageait convictions et amour des mots.

Allain Leprest restera comme l'un des grands paroliers de la chanson française. Un grand poète surtout qui avait beaucoup à dire et qui s'est tu ...

04/12/2010

Nazim Hikmet : "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?"

Publié aux Editions de Minuit - 1980

 

C'est au hasard d'une visite sur un marché de bouquinistes à Grenoble au printemps dernier, que je suis tombé sur ce petit ouvrage de Nazim Hikmet, poète révolutionnaire turc dont j'avais déjà lu "La Joconde et Si-Ya-Ou", un autre de ses textes majeurs.  "Benerdji", dont l'écriture s'est étalée sur 3 ans  fut publié à Istanbul en 1932. Il est l'oeuvre d'un jeune poète de 30 ans qui a déjà publié plusieurs recueils de poésie. Mais il est surtout l'oeuvre d'un poète engagé qui a participé activement à la vie politique de son pays dans les années 20. Le thème : " Ce livre, qui a été écrit contre l'impérialisme et qui (...) parle de tous ceux qui ont sacrifié leur vie afin d'abattre l'impérialisme, ( explique) dans quelles conditions un révolutionnaire aura acquis le droit de se tuer", selon l'auteur lui-même.

Il entreprend l'écriture du texte en 1930, à la sortie de son premier séjour en prison et alors qu'il vient d'être exclu du Parti Communiste Turc suite à des intrigues internes. C'est la même année que le grand poète Vladimir Maïakovski se donne la mort.

Le rapport de l'individu à la Révolution et à sa propre vie est posé en grand ! C'est le sens du texte "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?". Une réflexion poétique sur l'importance de l'engagement dans un contexte général et sur le comportement de l'individu face à cet engagement...

 

Pourquoi Bénerdji s’est-il suicidé ?

 

L'auteur

 

 « Je suis né en 1902
Je ne suis jamais revenu sur le lieu de ma naissance
Je n'aime pas me retourner »

Et le « géant aux yeux bleus » ne revint jamais à Salonique... Nâzim, enfant, est bercé par la poésie de son grand-père Pacha, un haut fonctionnaire ottoman, et par sa mère, Djélilé, artiste férue de culture française.

Révolté par l'occupation d'Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l'indépendance et enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il a tout juste vingt ans quand il part à Moscou, en 1922.

Il retourne en Turquie en 1924, après la guerre d'indépendance, mais, victime de persécutions, car c'est désormais un « rouge », il repart à Moscou en 1926 et multiplie les allers-retours.

Moscou bouillonne alors. Il y fait la rencontre de Maïakovski et des futuristes russes, dont l'influence bouleverse sa poésie, et travaille avec Meyerhold.

Communiste parce qu'il aime tout, passionnément, la liberté, son pays, son peuple et ses femmes, il devient le génie en exil de l'avant-garde turque. De retour en Turquie, il est condamné en 1938 à vingt-huit ans d'emprisonnement, car il a publié, en 1936, un éloge de la révolte, L'Epopée de Sheik Bedrettin, ou le combat d'un paysan contre les forces de l'Empire ottoman. Il est libéré en 1949 grâce à l'action d'un comité international de soutien, formé à Paris par ses camarades Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Paul Robeson.

C'est avec ce dernier et Pablo Neruda qu'il partage en 1950 le Prix mondial de la paix. In absentia, car Hikmet, affaibli par une longue grève de la faim ainsi que de graves problèmes cardiaques, ne peut se déplacer à Varsovie, où la cérémonie a lieu.

Hikmet est constamment surveillé. Il échappe miraculeusement à deux tentatives de meurtre, mais ne parvient pas à être exempté du service militaire, qu'on lui demande d'effectuer à cinquante ans. C'est la guerre froide, et il milite contre la prolifération de l'armement nucléaire. Que faire si ce n'est fuir, se réfugier en Union soviétique, laissant femme et enfants ?

Devenu membre très actif du Conseil mondial de la paix, le poète chante l'Internationale, mais ne tait pas son rejet du stalinisme. Le « communiste romantique » célèbre la lutte, synonyme de vie, une liberté que ronge, selon lui, l'autorité.

Citoyen polonais suite à la perte, immense, de la nationalité turque, il voyage partout, pour tromper l'exil. En Europe, en Afrique et en Amérique du Sud seulement, car les Etats-Unis lui refusent un visa.

Nâzim Hikmet meurt à Moscou en 1963.

 

Extrait

J'ai reçu la lettre que voici de Benerdji. Je la publie telle quelle :

"Quand on te remettra

          cette

             lettre,

depuis longtemps peut-être

             j'aurais dit :

                point,

                    c'est fini.

Et, cette fois-ci,

         ce ne sera pas une pierre

                     lancée par mes amis,

mais une saloperie de balle

                                           que j'aurai reçue à la tête.

Je sais bien,

Nâzim,

il ne faut pas devant la mort

poser pour la galerie,

                idiot comme Hamlet

                      comique comme Werther.

Mais que puis-je faire d'autre,

                Nâzim,

                 comment m'en sortir ?

Prendre une belle pose

         et se tuer,

             c'est bien beau, en vérité...

Tiens,

mon voisin du palier s'est éveillé,

                      l'eau coule dans l'évier,

                                                   il se lave le visage...

Il descend en sifflotant

                 les escaliers,

                       il est sorti...

Et moi...".

 

19/04/2009

Le poème de minuit (28)

Bacharach est une ville proche d’une falaise sur la rive droite du Rhin connue depuis l’Antiquité car l’écho s’y répète 7 fois. Loreley vient du moyen allemand lürelei (lüren : épier ; lei : rocher). Ce lieu est mélangé aux histoires fantastiques du Moyen Age. Apollinaire reprend la légende de cette femme qui séduisait les bateliers et leurs bateaux allaient se briser sur les rochers.

medium_Loreley_LOC.jpg


La Loreley
à Jean sève

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie
medium_jozkv76a.jpg

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla
medium_loreley.jpg

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le feuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves
medium_Loreley_Hoffmann227_500x783_.jpg


Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil



Guillaume Apollinaire
- Alcools

18/04/2009

Le poème de minuit (27)

Apollinaire et les femmes...

medium_1909.jpg


1909

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d'or
Était composée de deux panneaux
S'attachant sur l'épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N'entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d'ottoman violine
Et en tunique brodée d'or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d'or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n'aurais pas osé l'aimer

J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau
J'aimais j'aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur


Guillaume Apollinaire - Alcools - 1913

medium_ida-rubinstein5.1238691843.jpg

00:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Alcools, poésie, Apollinaire, 1909 | |  Facebook | |

14/04/2009

Le poème de minuit (23)

Un poème d'Apollinaire rendu célèbre par Léo Ferré


Marizibill

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C'était un juif il sentait l'ail
Et l'avait venant de Formose
Tirée d'un bordel de Changaï

Je connais gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs coeurs bougent comme leurs portes


Guillaumme Apollinaire
- Alcools.

Le poème mis en chanson par Léo ferré, inteprété par Gilles Droulez

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique