19/04/2009

Le poème de minuit (28)

Bacharach est une ville proche d’une falaise sur la rive droite du Rhin connue depuis l’Antiquité car l’écho s’y répète 7 fois. Loreley vient du moyen allemand lürelei (lüren : épier ; lei : rocher). Ce lieu est mélangé aux histoires fantastiques du Moyen Age. Apollinaire reprend la légende de cette femme qui séduisait les bateliers et leurs bateaux allaient se briser sur les rochers.

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La Loreley
à Jean sève

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie
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Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla
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L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le feuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves
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Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil



Guillaume Apollinaire
- Alcools

18/04/2009

Le poème de minuit (27)

Apollinaire et les femmes...

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1909

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d'or
Était composée de deux panneaux
S'attachant sur l'épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N'entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d'ottoman violine
Et en tunique brodée d'or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d'or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n'aurais pas osé l'aimer

J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau
J'aimais j'aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur


Guillaume Apollinaire - Alcools - 1913

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14/04/2009

Le poème de minuit (23)

Un poème d'Apollinaire rendu célèbre par Léo Ferré


Marizibill

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C'était un juif il sentait l'ail
Et l'avait venant de Formose
Tirée d'un bordel de Changaï

Je connais gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs coeurs bougent comme leurs portes


Guillaumme Apollinaire
- Alcools.

Le poème mis en chanson par Léo ferré, inteprété par Gilles Droulez

13/04/2009

Le poème de minuit (22)

Et si durant toute cette semaine nous partions sur les traces d'Apollinaire ?

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Les colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne
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Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne


Guillaume Apollinaire
- Alcools - 1913

12/04/2009

Le poème de minuit (21)

Après Jean SENAC, un autre poète Algérien de langue française, Kateb YACINE.

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Kateb Yacine considérait la langue française comme le « butin de guerre » des Algériens. « La francophonie est une machine politique néocoloniale, qui ne fait que perpétuer notre aliénation, mais l'usage de la langue française ne signifie pas qu'on soit l'agent d'une puissance étrangère, et j'écris en français pour dire aux français que je ne suis pas français », déclarait-il en 1966.

Ce feu, c'est le secret

Au poing tendu de l'âge tendre
A la frimousse des héroïnes en herbe
A l'école de la belle étoile
A la cinquième année du massacre

La bannière étoilée a retrouvé ses origines
C'est l'Algérie plus libre que jamais
Elle a toujours été libre
Ironiquement souveraine
Armée par l'ennemi
Prisonnier de ses propres pièges

Devant ce peuple matinal
Les abattoirs promènent
Des légions de chiens ivres

Il y aurait de quoi pleurer
N'étaient les yeux qui s'ouvrent
N'était la grève des larmes

Ce n'est pas la lligne Morice
Qui tue
C'est le mortier bien nourri
Les grottes flamboyantes
Les caravanes de la nuit
C'est le sourire au combat
Et la Joconde ignorée

Visages
Quel feu vous créa
Si cruellement confiants !
Ce feu
C'est le secret de tous les sacrifices

Partout déferle
Et se révèle
L'armée inespérée
Des paysans sans terre
Et le vieillard sort de ses ruines
Pour offrir son dernier mouton

Ce soir on danse à la lueur
Des lendemains de combat
Ce feu
C'est le secret de tous les sacrifices

Le jour se lève
Oublier la misère
Les loques
La main tendue
Les souliers qui font mal
Oublier l'âge des cavernes
Et soulever toujours le poing du pauple
Dans le crépitement du brasier souterrain


Kateb Yacine
- L'oeuvre en fragments.

Uu beau petit film avec Kateb Yacine sur la musique algérienne

11/04/2009

Le poème de minuit (20)

Retour en France pour ce poème de Jean Tardieu, publié clandestinement en 1944, sous le pseudo de Daniel Trevoux.

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Les portes de Thèbes

Qui est-ce ? - Non ce n'est pas lui
non ce n'est pas le vent qui se lamente

Qui tremble ? - Non ce ne sont pas
les portes sur leurs gonds rouillés par trop d'absence.

Qui hurle, qui donc souffre, qui donc étouffe ?
- Non ce n'est pas l'arbre dans son écorce.

Qui s'assemble en silence et n'ose pas
encore ? Quel piétinement, quelle résolution
obscure et menaçante, quel orage ?

- Non
ce ne sont pas les troupeaux qui refusent
d'être égorgés, ce ne sont pas les bêtes
qui sur l'autel se révoltent
contre le monstrueux couteau du sacrifice.


Jean Tardieu
- Europe - 1944

10/04/2009

Le poème de minuit (19)

Un tour en Russie, avec ce poème d'espoir d'Alexandre POUCHKINE

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Au fond des mines sibériennes...

Au fond des mines sibériennes
gardez une fière patience
Rien ne sera perdu de vos amers travaux
ni de l'essor de vos nobles pensées.

Fidèle soeur de l'infortune,
l'espérance rallumera
l'allégresse dans vos ténèbres,
vous reverrez poindre le jour.

L'amour, l'amitié parviendront
jusqu'à vous, malgré les verrous,
comme ma libre voix descend
dans vos ténèbres de bagnards.

Tomberont les pesantes chaînes
et les prisons. Alors la liberté
vous attendra, joyeuse, sur le seuil,
vos frères vous rendront vos glaives.


Alexandre Pouchkine
- 1827

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09/04/2009

Le poème de minuit (18)

La poésie africaine est des plus riches. Barthélèmy Kotchy-Nguessan, poète ivoirien, en est un exemple.

Les paysans

Aux paysans africains

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Ils sont paysans ils sont combattants
De leurs mains de pierre ils ont labouré défriché pioché
La terre de l'homme Blanc
Leur corps d'ébène a rougi aux coups de fouets
Ils ont crié des cris de larmes
Ils sont paysans ils sont combattants
Ils ont combattu sans arme avec foi
Ils ont frayé la voie au messie-Noir
Ils ont déversé leur espoir dans son champ
mais le Messie-Noir s'en est allé ivre de joie, seul
Dans la Terre-promise
Les paysons sont figés en haillons
Sur le mont Nebo
Ils sont paysons ils sont combattants.


Barthélémy Kotchy-Nguessan
- L'Olifant noir

08/04/2009

Le poème de minuit (17)

Nous voici parvenus en Algérie avec Jean SENAC, poète algérien de langue française, assassiné en 1973.

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Que furent la terre qui s'ouvre...

Que furent la terre qui s'ouvre,
le typhon qui s'abat sur la maison natale,
à côté de vous, Proconsuls des ténèbres !

Les enfants meurent de soif au milieu des fontaines.
A la porte des camps, avant de disparaître,
les jeunes hommes injurient leurs bourreaux :
"A quoi servirait de mourir
quand la vie est pour eux !"
Une avalanche de projecteurs, de chiens, de barbelés,
dévore leurs pauvres corps.

Vers la ville, nous lançons des phrases.
Qu'une charpente frémisse, la forêt peut renaître.
Pour toute réponse nous parvient
un vol affolé de cigognes.

Nous le jurons, sur ton visage, frère,
la dynastie du saccage
n'aura pas de postérité.


Jean Senac
- Matinale de mon peuple.

07/04/2009

Le poème de minuit ( 16)

Nous voici arrivés en Turquie avec le grand Nazim HIKMET.

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La plus drôle des créatures

Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d'épouvante.
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Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d'un volcan éteint.
Et tu n'es pas un, hélas,
tu n'es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau
quand le bourreau lève son bâton
tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l'abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s'il y a tant de misère sur terre
c'est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu'au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irais-je jusqu'à dire que c'est de ta faute, non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.


Nazim Hikmet - 1948. C'est un dur métier que l'exil.

Nazim Hikmet en prison
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