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03/12/2011

Qiu Xiaolong : Mort d'une héroïne rouge

Editions Liana Levi - 2001 (Edition originale - 2000).

Mort d'une héroïne rouge

Il y a, dans la vie d'un lecteur quelques rencontres rares. Ce livre fait partie de ces surprises que nous réserve la littérature, fut elle policière ... Merci à Isabelle, de Guillestre, qui m'a fait découvrir QIU Xiaolong. Nous sommes à Shangai, au début des années 1990. L'inspecteur Chen Cao, poète et policier, doit enquêter sur la découverte du cadavre d'une jeunne femme, retrouvé dénudé dans un canal aux abords de la ville. Mais pour Chen et son adjoint Yu, l'enquête est loin d'être une simple affaire de moeurs. La morte, jeune communiste exemplaire, semblait en effet cacher une personnalité plus commplexe et un comportement assez éloigné des codes de la société chinoise et du parti communiste chinois. Rapidemment l'enquête se transforme en affaire politique et Chen se retrouve au centre d'une lutte intestine au sein du pouvoir chinois entre les anciens caciques accrochés à l'orthodoxie communiste, à la protection des intérêts primordiaux du parti, et les tenants d'une évolution de la société chinoise. Il devra choisir entre sa carrière prometteuse à l'ombre du parti et sa conscience.

 

Pour qui veut connaître les réalités  de la société chinoise à la fin du XXeme siècle, prise dans ses contradictions entre une évolution voulue vers le capitalisme et le maintien de l'orthodoxie par un parti communiste traversé de violentes luttes d'intérêts, il faut lire ce livre. Mais au-delà de cette analyse fine, c'est un portrait érudit de la vie quotidienne des chinois de Shangaï. Tout y est : le logement, les bars, les restaurants plus ou moins selects, les habitudes alimentaires, la vie nocturne,les citations des poètes anciens et de Confucius, .... Vieux combattants gardiens du dogme, cadres récents corruptibles, anciens lettrés rééduqués sans appuis politiques, prolétaires urbains, hommes d'affaires liés ou non au crime organisé, etc. Tous ces personnages vont servir l'intrigue policière. Avec le suspens comme cerise sur le gateau. Un premier roman passionnant !

Je me prépare avec délectation à retourner dans les pages de QIU Xialong découvrir ces autres romans : "Visa pour Shangai", "Encre de Chine", etc...

 

L'auteur

 

 

Qiu est né à Shanghai en 1953. Lors de la Révolution culturelle, son père, professeur, est la cible des gardes rouges pendant la Révolution culturelle vers 1966 et lui-même est interdit d’école. Il réussit néanmoins à poursuivre des études supérieures et à soutenir une thèse sur T.S. Eliot aux États-Unis. Les événements de Tian’an men le décideront à y rester. Il choisit alors d’écrire en anglais et publie "Mort d’une héroïne rouge" et cinq autres romans policiers,

  • Visa pour Shanghai, Liana Levi  (2002)
  • Encres de Chine, Liana Levi  (2004)
  • Le très corruptible mandarin, Liana Levi  (2006)
  • De Soie et de Sang, Liana Levi  (2007)
  • La Danseuse de Mao, Liana Levi  (2008)

et un recueil de nouvelles : "Cité de la Poussière Rouge". Il est aussi l'auteur de deux livres de traductions poétiques : "Trésors des Poèmes d'amour chinois" (2003) et "Evoking T'ang" (2007). Ses propres poèmes sont édités dans"Lines around China" (2003). Ses livres, écrits en langue anglaise, sont traduits dans une vingtaine de pays.

Parallèlement à ses activités d'auteur, Qiu Xiaolong enseigne également la littérature à la Washington University de Saint-Louis, ville dans laquelle il s'est installé avec sa famille.

 

Extrait

"Lorsqu'il sortit de la poste, l'horloge sonnait 2 heures. Il salua de nouveau la portier toujours immobile à l'entrée. L'homme ne leva même pas les yeux.

Au coin de la rue, un marchand ambulant avec une énorme casserole d'oeufs au thé fumante sur un réchaud à charbon interpella Chen. L'odeur ne le tentait pas : il poursuivit son chemin.

A l'intersection de la rue de Tiantong et de la rue du Sichuan, une tour de verre et d'acier se découpait sur un fond sombre de passages et de maisons siheyuan à cour carrée. Des projecteurs illuminaient le chantier où une procession de camions, d'engins lourds et de charettes à bras apportait du matériel. Comme beaucoup d'autres, la rue de Tiantong avait été coupée suite à l'effort fourni par Shangai pour retrouver son statut de centre industriel et commercial du pays.

Chen essaya de prendre un raccourci en tournant dans le marché de Ninhai. Le marché était désert, à l'exception d'une longue file de paniers - en plastique, en bambou, en rotin - de formes et de tailles variées. La file menait à un comptoir de ciment sous une enseigne en bois où était écrit à la craie MAIGRE JAUNE. Le poisson le plus savoureux de l'avis des ménagères de Shangai. Les paniers représentaient les épouses vertueuses qui arriveraient une ou deux heures plus tard pour les récupérer et prendre leur place dans la file en se frottant les yeux, encore ensommeillées.

Il n'y avait qu'un employé de nuit au fond du marché, son col rembourré relevé jusqu'aux oreilles, entrain de taper sur un bloc gigantesque de poisson gelé devant l'entrepôt frigorifique.

Le raccourci par le marché étaiat finalement une erreur et Chen dut prendre une autre petite rue, ce qui retarda encore davantage son retour.

En y repensant, il reconnut que ses décisions avaient été des erreurs, soir graves soit sans importance. C'était pourtant la combinaison de ces décisions qui l'avait fait tel qu'il était. Dans l'immédiat, un inspecteur principal suspendu - bien que non officiellement -, avec un avenir politique pratiquement condamné. Mais au moins il s'était efforcé de décider honnêtement et consciencieusement.

Il ne savait pas encore s'il avait fait une nouvelle erreur en envoyant la lettre à Pékin. Il se mit à siffler, faux, un air qu'il avait appris dans sa jeunesse :

Le rêve d'hier est emporté par le vent,

Le vent d'hier rêve encore le rêve ...".

Shangai dans les années 1990 ...

15/08/2011

Léonardo PADURA : " Passé parfait"

 

Editions Métailié - 2001 pour la traduction française. Roman publié à la Havane en 1991.

La Havane, Cuba, hiver 1989. Un homme a disparu : Rafael Morin. Un  des pontes de l'industrie cubaine et du régime. Un homme encensé par tous, l'image parfaite du jeune Cubain dévoué à la cause de la Révolution qui a su monter les échelons du régime pour accéder aux plus hautes responsabilités. Homme comblé, ancien camarade de classe de Mario Conde mais aussi ancien rival qui lui a ravi la belle Tamara. Pour Mario Conde, chargé de mener l'enquête pour faire la lumière sur cette disparition, c'est un retour douloureux sur un temps disparu, celui de la jeunesse insouciante. C'est aussi un retour  sur une autre période  de l'histoire cubaine, celle du milieu des années 70, celle du Cuba prospère grâce au soutien du camp socialiste alors, qu'en cette fin de décennie 1980, avec la chute des pays socialiste de l'est européen, c'est le doute qui s'installe à la fois sur les perspectives économiques mais aussi sur l'avenir même du régime castriste.

Tout cela constitue la toile de fond, par petites touches, par de brèves allusions, du roman de Leonardo Padura. Un roman de la nostalgie, du temps qui passe, des occasions ratées et de l'amitié. Cette amitié entre Mario Conde et Carlos le Flaco, cloué sur son fauteuil roulant, entretenue à grandes rasades de rhum et de repas concoctés par Josephina, la mère du Flaco. Repas fantasmés par l'auteur dans un Cuba soumis aux restrictions alimentaires.

Ne cherchons pas dans les romans de Padura une critique lourde du régime castriste. Tout est en nuance. C'est le quotidien de la Havane qui est décrit au fil des pages mais aussi l'état d'esprit de ces Cubains qui survivent dans le souvenir le Révolution, qui ne comprennent pas que certains profitent de leur position au sein du régime pour, non pas s'enrichir car tout est relatif, mais  détourner le bien commun à leur profit et/ou fuire le pays.

On sort des romans de Padura avec regret. On voudrait que cela continue encore même si l'enquête est résolue. On voudrait  suivre Mario Conde lors de ses virées nocturnes dans les bars de la Havane, assister à ses discussions avec la Flaco sur les mérites ou les insuffisances de l'équipe locale de basse-ball, savoir comment va se terminer son histoire avec la belle Tamara. Le style incomparable de Padura nous relève de l'envoûtement. On y est bien et on ne veut pas en sortir. Et ce Mario Conde avec ses interrogations sur la vie, ses contradictions, ses incertitudes est si attachant. Sans nul doute l'un des plus beaux personnages de roman policier jamais créé.

Ce roman a reçu le prix des Amériques insulaires en 2002. C'est le premier volet d'une tétralogie intitulée "Les quatre saisons", constituée, outre Passé Parfait, par Electre à La Havane et L'Automne à Cuba, avant-dernier et dernier roman du projet.

 

L'auteur.

Leonardo Padura Fuentes est  né en 1955 dans le quartier populaire de la Mantilla à la Havane (Cuba) où il vit encore. Journaliste et écrivain, il est auteur de romans policiers dont le héros est le lieutenant Mario Conde. Ses textes sont subtilement profonds. Tous ses livres sont traduits en France aux éditions Métailié. Scénariste pour le cinéma, essayiste, nouvelliste, Leonardo Padura a trouvé avec le roman noir un genre tout indiqué pour distiller une vraie réflexion sur "ce pays si chaud et hétérodoxe où il n'y a jamais rien eu de pur", selon la formule de son impayable Mario Conde - un flic "hétérosexuel macho-stalinien", alcoolo et désabusé, vengeur des petits et des faibles, qui déboule en 1991 dans Passé parfait. "Leonardo nous a ouvert la porte, estime son ami le journaliste et écrivain Amir Valle. Il nous a fait comprendre que nous pouvions écrire sur des questions quotidiennes taboues, avec honnêteté, sans verser dans le racolage. » (Cuba les masques L'EXPRESS 23/02 au 01/03/2011). Leonardo Padura est un enfant rebelle de la révolution castriste. Il en a accepté la discipline, il est parti couper la canne à sucre chaque année et est allé couvrir la guerre en Angola, en 1985, comme journaliste pour Juventud Rebelde. Il a ensuite vu le mur de Berlin tomber, « puis l’Urss, et tout s’est arrêté. Tous nos rêves se sont évanouis, nous avons dû faire l’apprentissage d’une nouvelle survie. La seule chose qui reste des trente ans de présence soviétique, ce sont des prénoms, Vladimiro ou Karina.» Ni dissident, ni complaisant, Leonardo Padura tient un discours courageux, et prend les mêmes risques dans ses livres, où on ne peut guère le prendre en défaut.

Mais comment fait-il pour suivre cette voie étroite sans tomber dans aucun des travers de l’opposition frontale, ni dans la moindre facilité complice ? « Chaque fois que j’écris, je fais attention pour que rien ne puisse être utilisé politiquement, ni en faveur, ni contre le régime cubain. J’essaie de donner une vision sociale qui soit l’expression de ce que les gens sentent, et qu’ils ne sont pas toujours en mesure d’exprimer. C’est pourquoi j’habite ici, loin du centre, loin du Malecon et de la mer, pour être plus proche de mes compatriotes. » Et du cœur de Cuba.

Leonardo Padura Fuentes Sebastian Faulks at the 2008 Festival Della Letteratura, Mantona Italy.

 

Extrait

 

"Une fois satisfaite l'envie pressante d'eau froide qui l'avait sorti di lit, le Conde commença cette matinée du dimanche en évoquant avec plaisir le souvenir de son grand-père. Le dimanche, c'était le jour des combats dans les enceintes les plus fréquentées du public. C'est pour des raisons comme celle-là qu'il aimait le dimanche matin. Pas l'après-midi, interminable et vide après la sieste, quand il se sentait fatigué et encore somnolent jusqu'au soir ; pas non plus le soir, où tout était bondé. La maison du Flaco demeurait son éternel refuge. Mais quelque chose en particulier rendait le dimanche soir dense et ennuyeux : il n'y avait même plus de match de bass-ball et la menace palpable du lundi entravait l'éventualité de s'accrocher à une bouteille de rhum. Ce n'était pas le cas du matin. Le dimanche matin, les gens du quartier flânaient dans les rues en effervescence, comme dans cette nouvelle qu'il avait écrite lorsqu'il était au lycée. On pouvait parler avec tout le monde. les amis et les parents qui vivaient ailleurs venaient toujours voir la famille, et il devenait même possible de monter une équipe de bass-ball à main nue : on finissait les doigts enflés, haletant pour arriver à la première base. On pouvait encore organiser une partie de dominos, ou simplement discuter au coin de la rue, jusqu'à ce que le soleil chasse tout le monde. Mario Conde, mû par un sentiment ancestral qui échappait à la raison, et du fait du nombre de dimanches qu'il avait passé avec son grand-père Rufino ou avec sa bande de vauriens joueurs de bass-ball, jouissait comme aucun de ses amis de cette oisiveté dominicale dans le quartier. Après avoir pris son café, il sortait acheter le pain et le journal ; généralement, il ne rentrait pas avant l'heure tardive du déjeuner. Les femmes de sa vie n'avaient jamais compris ce rituel immuable et contrariant : mais enfin il n'y a pas moyen que tu passes un seul dimanche à la maison ! protestaient-elles. Avec la quantité de choses qu'il y a à faire. Mais le dimanche pour le quartier, leur disait-il sans laisser place à la discussion. C'est la réponse qu'elles reprenaient lorsque, plus tard, un ami demandait : Et Condé, il est sorti ?

Ce dimanche-là, il se leva avec la soif d'un dragon dont le feu viendrait de s'éteindre et le souvenir de son grand-père en tête. Il sortit sous le porche après avoir déposé la cafetière sur le fourneau. Il portait encore son pantalon de pyjama et un vieux manteau molletonné ; il observait les rues, plus tranquilles que certains autres dimanches, à cause du froid. Le ciel s'était dégagé pendant la nuit, mais une brise gênante et coupante soufflait. Il calcula qu'il devait faire moins de seize degrés, et que ce serait peut-être la matinée la plus froide de l'hiver. Comme d'habitude, il regrettait de devoir travailler un dimanche. Il se souvint que ce jour-là il avait prévu de voir le Conejo et ensuite de déjeuner chez sa soeur. De la main il salua Cuco, le boucher : Comment va la vie, mon petit Conde ? lui aussi avait du travail en ce dimanche matin."


30/11/2010

Philip KERR : "Un requiem Allemand"

Troisième et dernier roman de "La trilogie Berlinoise" de Philip KERR, "Un requiem allemand", marque la mort de l'Allemagne nazie. Les troupes des armées de libération ont envahi l'Allemagne et occupent le pays. Berlin, administré par les alliés qui ont découpé la ville en plusieurs zones, est anéantie. Les berlinois vivent de rien au milieu des ruines de la guerre dans un Berlin de cauchemar, écrasé sous les bombes, en proie au marché noir, à la prostitution, aux exactions de la soldatesque ...
Américains et Soviétiques se partagent le pouvoir et intriguent sur les dépouilles du nazisme dont certains survivants vendent leurs services aux uns et aux autres.

C'est dans cette ambiance de 1947 que nous retrouvons Bernie Gunther, le détective berlinois dont l'enquête va nous mener de Berlin à Vienne. Contacté par un colonel de renseignement soviétique, dans le but de sauver de la potence un nommé Becker, accusé du meurtre d'un officier américain. Mais quel rôle jouait au juste ce Becker — que Bernie Gunther a connu quelques années plus tôt ? Trafiquant ? espion ? coupable idéal ?
À Berlin, puis à Vienne, tandis que la dénazification entraîne une valse des identités et des faux certificats, Bernie enquête. Mais qui manipule qui ? Les Soviétiques ou les Américains ?

 

 L'auteur

Philip Kerr, né à Edimbourg, en Ecosse, en 1956 a étudié à l'université de Birmingham et a travaillé en tant que rédacteur pour divers journaux avant de devenir écrivain. Auteur d'une dizaine de romans traduits en 25 langues, il vit maintenant à Londres avec sa femme, Jane Thynne, auteure également, et leurs trois enfants.

En 1989, à 32 ans, il envoie son manuscrit de l'Eté de cristal à quelques éditeurs londoniens. Accepté sans coup férir ! Très vite viendront un deuxième tome, puis un troisième et le succès, bientôt mondial (sa Trilogie a été vendue dans plus de 40 pays). Le petit Gallois au teint mat qui se faisait moqué par ses copains d'école prend sa revanche. "Je me suis fait par moi-même, aime à répéter ce fils de la working class.

 

 

Extrait

 "J'étais à demi tourné lorsque son arme s'abattit sur moi. En tombant, j'eus le temps de distinguer un gros type chauve à la mâchoire tordue. Il me saisit par la peau du cou pour me remettre sur pied et je me demandai pourquoi je n'avais pas piégé tout le pourtour de mon col avec des lames de rasoir. Il me poussa dans un petit sentier menant à une clairière où se trouvaient plusieurs grandes poubelles. Une petite fumée et une odeur écoeurante s'élevaient du toit d'une petite cabane en brique où l'on brûlait des ordures. A côté de quelques sacs de ciment, une plaque de tôle rouillée était posée sur un soubassement de brique. L'homme m'ordonna de la soulever.

Cela me vint tout d'un coup. C'était un Letton. Un gros lard de Letton. S'il travaillait pour Arthur Nebe, il avait dû appartenir à une division SS lettone ayant sévi dans un cmp de la mort polonais. Les endroits comme Auschwitz comportaient de nombreux gardiens lettons. Les lettons étaient déjà des antisémites fervents alors que Moses Mendelssohn était encore l'enfant chéri de l'Allemagne.

Tirant de côté la plaque de tôle, je découvris une sorte de puits de vidange ou de fosse à fumier. En tout cas, ça en avait l'odeur. le chat de tout à l'heure surgit entre deux sacs marqués "oxyde de calcium" posés près de la fosse. Il miaula d'un air méprisant, comme pour me dire : " Je t'avais prévenu qu'il y avait quelqu'un dans la cour, mais tu ne m'as pas écouté." L'âcre odeur de chaux qui s'élevait de la fosse me donna la chair de poule. " Eh oui, miaula le chat comme dans une nouvelle d'Egar Poe, l'oxyde de calcium est un alcali bon marché qui sert à traiter les sols acides. Un produit qu'on s'attend à trouver dans un vignoble. Mais on l'appelle aussi chaux vive, et la chaux vive est très efficace pour accélérer la décomposition des cadavres."

Je compris avec horreur que le Letton avait la ferme intention de me tuer. Et moi, tel un philologue, je m'évertuais à définir son accent et à me remémorer des formules chimiques apprises à l'école."

 

27/11/2010

Philip KERR : "La Pâle figure"

Second opus de "La trilogie Berlinoise" de Philip Kerr, "La Pâle figure" nous conduit sur les pas du détective Bernie Gunther dans l'Allemagne nazie de l'été et de l'automne 1938. Nous l'avions laissé dans le premier opus, "L'Eté de cristal", alors qu'il venait de sortir de Dachau en 1936, à l'heure des Jeux Olympique de Berlin. Deux ans plus tard, nous le retrouvons avec son associé Bruno Stahlecker, toujours pris entre ses convictions anti-nazies, son insolence et sa volonté de survivre fusse au prix de quelques compromis avec le pouvoir en place.

Sommé de réintégrer la police, avec le grade de KriminalKommissar et de quitter son métier de détective, Bernie va fréquenter les milieux interlopes du Berlin nazi pour cette nouvelle enquête qui le conduit à cotoyer les plus hauts dignitaires du régime. Plusieurs jeunes aryennes ont été retrouvées mortes, égorgées. Les coupables désignés par le pouvoir : les Juifs. B. Gunther est chargé  par Heydrich de faire la lumière sur cette affaire. Il continue cependant à mener l'enquête au service d'une riche veuve dont les penchants homosexuel du fils risquent de le conduire dans les camps de concentration. Dans les coulisses du pouvoir, Bernie va fréquenter les milieux de la psychiatrie, les cercles homosexuels ( une certaine homophobie transparait dans les propos du détective, parfois difficilement supportable !), les pratiques occultes, les complots contre Hitler, etc... .

 

L'auteur

P.B. Kerr est né à Edinburgh en 1956, ville où il a suivi sa scolarité avant d'intégrer l'Université de Birmingham en 1974 pour suivre des études de Droit. Titulaire de son diplôme de Droit en 1980, il s'oriente vers des emplois de rédacteurs dans diverses publications. C'est en 1989 qu'il publie sa première nouvelle, "Les violettes de mars" suive du premier roman de la Trilogie Berlinoise, "L'été de cristal". Depuis, il n'a cessé d'écrire , totalisant 13 ouvrages à ce jour.

Il est père de trois enfants et marié à l'auteure Jane Thynne

 

 

 

 Extrait

"Frau Lange était une grande et grasse orchidée. Des bourrelets de graisse tressautaient sous ses bras et sur son visage couleur de pêche, comme chez ces stupides clébards qu'on gave jusqu'à ce que leur robe devienne beaucoup trop grande pour eux. Son stupide clébard était encore plus informe que le flasque shar-pei auquel elle ressemblait.

- C'est très aimable à vous d'être venu si vite, déclara-t-elle.

J'émis quelques grognements déférents, mais elle avait cette sorte d'élégance que l'on ne peut acquérir qu'en habitant un endroit aussi extravagant que Herberstrasse.

Frau Lange s'installa dans une chaise longue verte et étala son chien sur ses larges cuisses comme si sa fourrure était un tricot qu'elle entendait poursuivre tout en m'expliquant son problème. Elle devait avoir dans les 55 ans. Peu importe, à vrai dire. Lorsqu'une femme dépasse la cinquantaine, son âge n'a plus d'intérêt pour personne, sauf pour elle. Alors que pour les hommes, c'est exactement le contraire.

Elle me tendit un étui à cigarettes.

- Ce sont des mentholées, précisa-t-elle comme s'il s'agissait d'une clause conditionnelle."

 

 

 

 

08/05/2010

Gustave Le Rouge : "Le Mystérieux Docteur Cornélius"

Editions Manucius, Collection Aventures et Mystères. 2006

 

Les Editions Manucius ont édité l'ensemble des épisodes du "Mystèrieux Docteur Cornélius" de Gustave Le Rouge, en format poche. Chaque livre regroupant deux épisodes de la série.

Ecrit en 1912 et publié alors sous forme de feuilleton en 18 épisodes, "Le Mystérieux Docteur Cornélius" est marqué par une croyance sans limite en la science et ses pouvoirs et se caractérise par un mélange des genres : science-fiction, aventure, policier, intrigue, romanesque ...

L'oeuvre de Gustave Le Rouge a été sauvée de l'oubli par Blaise Cendrars, admirateur de l'auteur, qui usa de son autorité littéraire pour faire connaître et reconnaître les qualités littéraires et poétiques de son ami.

Blaise Cendrars disait du "Mystérieux Docteur Cornélius" qu'il sagissait du "roman du monde moderne où, par les tableaux de la nature exotique, son amour des aventures, son goût policier de l'intrigue, sont penchant métaphysique, son don de visionnaire scientifique" , Le Rouge " a fait la somme du roman du XIXe siècle".

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Le premier tome de la collection  regroupe les deux premières aventures : "L'énigme du Creek sanglant" et "Le Manoir aux Diamants". De l'Ouest américain à la Bretagne, nous suivons le maléfique Baruch Jorgell sur les traces de ses crimes sanglants. Deux conceptions du monde s'affrontent : l'une incarnée par le sympathique savant français Prosper Bondonnat dont les travaux de recherches sont orientés dans le seul but d'ajouter une pierre à "l'édifice radieux de la modernité", l'autre, par le maléfique docteur Cornélius Kramm, chirurgien esthétique américain, "sculpteur de chair humaine", inventeur de la "carnoplastie", obsédé par la conquête du pouvoir et de l'argent.

Le mystérieux Dr Cornélius tome 1

 

L'Auteur

 

 Gustave Henri Joseph Lerouge dit Gustave Le Rouge, né à Valognes le 22 juillet 1867 et mort à Paris  le 24 février 1938. Auteur de nombreux ouvrages sur toutes sortes de sujets - un roman de cape et d'épée, des poèmes, une anthologie commentée de  Brillat-Savarin, des Souvenirs, des pièces de théâtre, des scénarios de films policiers, des ciné-romans à épisode, des anthologies, des essais, des ouvrages de critique… - et surtout de romans d'aventure populaires. Suiveur de Jules Verne et de Paul d'Ivoi dans ses premiers essais dans ce genre (La Conspiration des Milliardaires, 1899-1900 ; La Princesse des Airs, 1902 ; Le sous-marin "Jules Verne", 1902), il s'en démarque nettement dans les ouvrages plus aboutis du cycle martien (Le prisonnier de la planète Mars, 1908 ; La guerre des vampires, 1909) et dans Le Mystérieux Docteur Cornélius (1911-1912, 5 vol.), considéré comme son chef-d'œuvre. Le Rouge y récuse tout souci de vraisemblance scientifique au profit d'un style très personnel, caractérisé par une circulation permanente entre le plan du rationalisme et celui de l'occultisme, et par l'imbrication fréquente entre l'aventure et l'intrigue sentimentale (à la différence de Jules Verne).

Ses thématiques personnelles s'appuient sur un antiaméricanisme viscéral, nourri d'un puissant anti-capitalisme (La Conspiration des Milliardaires, Todd Marvel, détective milliardaire), fruit d'une sensibilité politique qui oscille entre anarchisme et socialisme.

La puissance de l'imagination fertile de Gustave Le Rouge, ses pittoresques et attachantes créations, son style parfois délirant, tout cela a fait de lui un auteur reconnu par lessurréalistes.

 

Extrait

"Le brouillard s'étant un peu dissipé, Harry Dorgan crut voir remuer des ombres dans les buissons.

Il attendit, le coeur battant à grands coups.

Il comprenait que le moment où il allait savoir était proche.

Une minute s'écoula, rien encore.

Enfin des pas sonnèrent sur les planches vermoulues du pont.

Un homme s'avançait en titubant légèrement comme pris de boisson. Il portait sous le bras une énorme serviette de maroquin rouge. A la silouhette plutôt qu'à la physionomie qu'il discernait mal, l'ingénieur reconnut un certain Mr. Stewart, inspecteur des syndicats des terrains, un des personnages importants de la nouvelle ville, et qu'il avait eu souvent l'occasion de voir au club du Haricot Noir.

Mr. Stwart franchit le pont non sans peine, il faisait de nombreuses embardées à droite et à gauche et paraissait complètement ivre. Et il fallait qu'il le fût pour avoir choisi un pareil chemin, car Harry Dorgan l'avait souvent entendu exprimer de façon véhémente ses terreurs au sujet des assassins fantômes du Creek Sanglant.

A ce moment tous les globes électriques qui éclairaient l'agglomération ouest de Jorgell-City s'éteignirent. Une moitié de la ville fut plongée dans les ténèbres.

Les yeux hors de leurs orbites, le front mouillé d'une sueur glacée, Harry Dorgan regardait, éperdu d'horreur.

Il eût voulu crier, prévenir le malheureux ivrogne qui s'avançait en chancelant au-devant de la mort, mais sa gorge, contractée par une poignante émotion, ne laissa échapper aucun son.

Il fit effort pour se laisser glisser en bas du cèdre, ses membres étaient paralysés par une épouvante sans nom.

A ce moment, Mr Stewart était parvenu sur l'autre rive du Creek.

Il fit un pas en avant; et, tout à coup, du fond des ténèbres, une ombre bondit.

Mr Stewart avait jeté un cri d'angoisse déchirant. Son visage parut une seconde illuminé d'une auréole bleuâtre, et il roula à terre. L'assassin s'était déjà emparé de sa serviette et explorait ses poches. Tout cela s'était passé avec une telle rapidité qu'Harry Dorgan en demeurait confondu. Un seul geste, et la victime était tombée comme une masse, sans même avoir le temps d'achever son suprême cri d'agonie."

Le spectre mortel

10/10/2008

Lire en Fête - J'ai aimé : "Qui a tué Palomino Molero ?" de Mario VARGAS LLOSA

Ce roman a été publié en 1986. Il est disponible en poche dans la collection "Folio" des Editions Gallimard.


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L'histoire

Nous sommes au Pérou, dans une région sèche et aride, léchée par les embruns de l'océan. Un jour, dans la fournaise, le sergent Lituma et le lieutenant Silva sont appelés sur la scène d'un crime: ils se retrouvent devant le cadavre supplicié d'un jeune homme. Il s'appelait Palomino Molero, jouait divinement de la guitare et avait une voix d'ange. Qui l'a tué et pourquoi?

Commence alors une difficile enquête pour les deux gendarmes, représentants de l'ordre civil, en butte au mutisme de l'armée. On murmure que des gros bonnets sont impliqués dans le meurtre et que tout sera fait pour étouffer l'affaire... comme d'habitude. De la gargote tenue par Dona Adriana au bureau du colonel Mindreau, de la misérable maison de la mère de Palomino au bordel du Chinetoque, les deux gendarmes guettent les indiscrétions et les débordements verbaux. Les fils vont les conduire au petit village terrorisé d'Amotape où une vérité romantique et désepérée sera révélée.

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Vargas Llosa dénonce, entre les lignes du récit de l'enquête, les méandres sombres et secrets du pouvoir absolu, ses mécanismes odieux qui brisent les hommes sans aucun état d'âme. La société est divisée en deux: ceux qui détiennent l'économie, l'argent et qui ont le teint clair et ceux qui triment, souffrent sous le soleil, vivent de peu et ont la peau plus foncée. Les personnages hauts en couleurs, pittoresques apportent leur truculence et leurs mesquineries à l'ironie du récit et le rendent délectable (la scène nocturne entre Dona Adriana et Silva est d'anthologie: le machisme en prend un sacré coup!).

L'auteur

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Mario Vargas Llosa, né en 1936 au Péro, est élevé par sa mère et ses grands-parents maternels, à Cochabamba (Bolivie), puis au Pérou. Après des études à l'Académie militaire, il épouse sa tante, Julia Urquidi. Il tirera de ce mariage la matière de 'La tante Julia et le scribouillard'. Étudiant de lettres et de droit à l'université de San Marcos, puis de littérature à l'université de Madrid, il publie son premier recueil de nouvelles, 'Les caïds', en 1959. Il s'installe ensuite à Paris, où il exerce diverses professions : traducteur, professeur d'espagnol, journaliste pour l'agence France-Presse. En 1963 paraît 'La ville et les chiens', son premier succès littéraire, qui sera traduit en une vingtaine de langues. Séduit par Fidel Castro et la révolution cubaine, il se rend à la Havane. Il rentre en Europe avec une nouvelle épouse, Patricia. Au début des années 70, l'auteur exprime pourtant ouvertement sa rupture avec la révolution castriste et les mouvements d'extrême-gauche. De retour au Pérou, il est candidat du Front démocratique à l'élection présidentielle péruvienne. Battu, il abandonne le Pérou, reprend ses activités littéraires et regagne Londres. La nationalité espagnole lui est accordée en 1993. Citoyen du monde, il vit entre Lima, Madrid, Londres et Paris.



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Les premières lignes

"- Bordel de merde de vérole de cul ! balbutia Lituma en sentant qu'il allait vomir. dans quel état ils t'ont mis, petit !
Le gars était à la fois pendu et embroché sur le vieux caroubier, dans une position si absurde qu'il ressemblait davantage à un épouvantail ou à un pantin de carnaval démantibulé qu'à un cadavre. Avant ou après l'avoir tué on l'avait réduit en charpie, avec un acharnement sans bornes : il avait le nez et la bouche tailladés, des caillots de sang séché, des ecchymoses et des plaies, des brûlures de cigarette sur tout le corps et, comme si ce n'était pas assez, Lituma comprit qu'on avait aussi tenté de le châtrer, parce que ses testicules pendaient jusqu'à mi-jambe. Il était nu depuis la taille, avec seulement un tricot de peau tout déchiré. Il était jeune, mince, brun et osseux. A travers le nuage de mouches qui bourdonnaient autour de son visage ses cheveux brillaient, noirs et bouclés."


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Un roman social, policier et politique que l'on dévore avec le sourire aux lèvres, le rire souvent et parfois la chair de poule car sous le soleil implacable, la vie ne fait pas vraiment de cadeau. Au suspense sans faille d'un véritable roman policier, Mario Vargas Llosa greffe une rigoureuse analyse des problèmes sociaux du Pérou et une dénonciation ironique, implicite, des mécanismes du pouvoir.

 
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